Archives de Catégorie: ETRANGER…

PARCHEMIN DE TRAVERSE / A PROPOS DE… La crise de l’identité américaine, du melting-pot au multiculturalisme, de Denis LACORNE par Aurélio SAVINI

« Le Lacorne » est déjà un classique.

On referme ce livre en tous points remarquable en espérant qu’il atteigne un large public, au-delà des initiés de la science politique. Avec une écriture alerte, jamais pédante, Denis LACORNE analyse à travers l’histoire américaine l’aventure mouvementée de notions trop souvent caricaturées : le melting-pot et le multiculturalisme. Autrement dit : comment peut-on percevoir l’étranger ? Possède-t-il une identité stable ou est-elle en crise, même en Amérique ?

Si notre imaginaire reconnaît les États-Unis d’Amérique comme une nation constituée d’autres nations, c’est bien parce que « A chaque nouvelle vague d’immigration correspond une autre définition du « véritable américain », que traduit un vocabulaire imagé d’une étonnante variété. L’immigrant est tantôt « républicanisé », tantôt « américanisé », tantôt encore « anglo-saxonisé », « assimilé », « acculturé », « régénéré » ou même « fondu » dans un métaphorique chaudron : le melting pot ». « The Melting Pot » est une expression, nous raconte longuement l’auteur, qui vient d' »une pièce de théâtre, introduite aux États-Unis en 1908 par l’écrivain juif anglais Israel Zangwill » et qui développait l’idée d’assimilation. Comme toutes les idées, on peut la détourner à son profit. Il faut lire les pages consacrées aux pratiques des usines Ford qui, pour lutter contre l’absentéisme, ont voulu inculquer la bonne morale industrielle en créant des cours obligatoires, avec comme première phrase à apprendre : « I am a good American« . Le journal de l’entreprise concluait la méthode en évitant de parler de nationalité italo-américaine ou polono-américaine « car les élèves de l’École Ford ont bien appris que le trait d’union est un signe de valeur négative« .

Côté multiculturel, le terme n’est pas moins ambigu. Il a connu ces dernières années un regain d’actualité aux États-Unis avec les tentatives de remise en cause du traitement préférentiel (affirmative action) de certaines catégories de la population, notamment au niveau du recrutement dans les entreprises ou pour l’admission à l’Université. Plus fondamentalement, l’auteur s’interroge sur l’aspect alibi de ce genre de « traitement », qui dispense d’investir globalement et massivement dans l’éducation et le secteur social. Mais Denis LACORNE nous apprend aussi que « le terme « multiculturel » est d’un emploi récent dans la langue anglaise puisqu’il remonte à 1941. Le mot évoquait à l’époque un phénomène nouveau décrit par le romancier Edward Haskell : une société cosmopolite, pluriraciale, multilingue, composée d’individus transnationaux pour qui le vieux nationalisme d’antan n’avait pas la moindre signification. Est multiculturel, selon Haskell, celui qui n’a ni préjugés, ni « attaches patriotiques ». Le sens du mot va se préciser dans la presse anglo-canadienne des années 1960 et 1970. Objet de fiction en 1941, il décrit à partir de 1959 la réalité sociale des grandes métropoles cosmopolites du Canada, comme Montréal et Toronto« . LACORNE décrit ensuite la fortune du mot au moment du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis (avec le problème particulier des « immigrés involontaires » d’origine africaine), et son évolution récente à travers les titres des ouvrages scolaires à la mode, qui font la promotion de méthodes se voulant affranchies de l’eurocentrisme traditionnel.

Évidemment, l’auteur évoque également les excès communautaristes d’un certain multiculturalisme. Mais ce qu’on retient de cet ouvrage, qui comporte de longues reproductions de textes importants et très clairement mis en page, c’est plutôt les origines de ce mouvement, qu’il repère dans « le principe de tolérance » et dans les controverses autour de la devise de l’Amérique, que l’on retrouve sur les billets d’un dollar, « E pluribus unum » (« De plusieurs, un seul« ), ou : comment faire de la pluralité une unité, entre assimilation et pluralisme ? On peut ainsi trouver au multiculturalisme des origines religieuses précises : « La religion au XVIIIème était indissociable de l’ethnicité. Il n’y avait pas de population laïque : les moins religieux étaient déistes, et les « indifférents » étaient en réalité des individus appartenant à plusieurs sectes, qui partageaient pour des raisons pratiques, une Eglise ou une prédication« . De cette situation est né le principe de tolérance, « cette forme particulière de civilité qui rend possible la coexistence de groupes distincts et concurrents« , même si « ce principe ne sera pas d’entrée universel. Certains groupes seront mieux tolérés que d’autres – les Huguenots, par exemple, plus facilement que les Irlandais catholiques, et ces derniers plus aisément que les Chinois ou les Japonais« . Par la suite, là-bas comme ailleurs, c’est le nouvel immigrant qui servira de bouc émissaire. Après avoir insisté sur le fait – déterminant – que ce multiculturalisme n’a pas de fondement territorial, Denis LACORNE termine son livre sur ce qu’il appelle « une singularité américaine : la double allégeance« , cette idée – utopique et réaliste – qui veut que « la tradition civique américaine n’est jamais désincarnée. Sa grande originalité est son syncrétisme : une extraordinaire capacité à réconcilier l’universalisme de la règle de droit avec des manifestations vigoureuses et souvent provocantes des appartenances ethniques« .

Le bi-national que je suis en France ne peut qu’être sensible à ce qui passe ici pour une incongruité, sinon une étrangeté…

 

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...

MUSICOLOGIE / L’ETRANGER DANS LA MUSIQUE BAROQUE par Joëlle-Elmyre DOUSSOT

« Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ?« 

(MONTESQUIEU, Lettres Persanes).

 

« Comment peut-on être Persan ?« , écrivait déjà MONTESQUIEU. L’exotisme, dans l’imaginaire des Lumières, était objet de fantasmes et souvent prétexte à écrits contestataires, afin de tromper la censure…

Mais l’exotisme, un exotisme de pacotille bien souvent, était présent dans tous les arts – peinture, littérature, musique – dès avant l’Ere des Lumières, en réalité depuis les grandes découvertes, quand l’horizon du Monde, brutalement élargi à l’infini, a fait rêver à d’autres univers, a donné le goût du merveilleux, de l’étonnant, de l’étrange…

Ce rêve de l’ailleurs s’est exprimé de manières très différentes, allant de l’évocation éblouie, idéalisée, jusqu’à la caricature la plus grossière, révélant bien souvent la crainte de l’autre, de l’étrange étranger.

Dès l’apparition du Ballet de Cour, au XVIème siècle, l’exotisme en constitue la caractéristique essentielle : il est peuplé d’Espagnols, d’Italiens, de « Turcs » – terme vague à l’époque -, de « sauvages »… Chacun se distingue par son costume – prétexte à débauche de tenues des plus extravagantes – et aussi à son caractère : tous les Espagnols sont orgueilleux, les Italiens, volubiles et extravertis, les Turcs, cruels mais toujours de grands amoureux, les sauvages, naturels évidemment, non encore corrompus par la civilisation…

Tous le montrent par des danses qui se veulent authentiques et évocatrices, mais ne sont que créations de l’imaginaire occidental.

Le Ballet de Cour à la française se trouve ainsi à l’origine d’une certaine stylisation burlesque de l’exotisme, qui va se développer plus tard dans la comédie-ballet, style porté à son apogée par la collaboration MOLIERE-LULLY. Ils ne sont cependant pas les créateurs du genre, mais les héritiers d’une longue tradition, remontant à près d’un siècle, et dont les plus beaux fleurons se nomment Ballet des Maures Nègres, Ballet de Tancrède, Ballet des Bohémiens, Ballet des Princes Indiens, Ballet des Sarrasins

On le voit, les plus « étranges », ce sont les Maures, terme vaste qui recouvre aussi bien les Turcs, que les Sarrasins ou les Égyptiens. Depuis CHARLEMAGNE et ROLAND, ils ont une réputation de cruauté et cela se perpétue à l’époque baroque, puisqu’en 1623, le menaçant Empire Ottoman atteint les portes de Vienne. Ils sont parfois représentés de manière grotesque (rappelons-nous la « Turquerie » du Bourgeois Gentilhomme), mais c’est certainement pour mieux se défendre contre la fascination que représente une civilisation aussi puissante et en pleine expansion. Enfin, ce sont de grands amoureux : n’ont-ils pas inventé cette institution qui fait tellement fantasmer, le harem ?

Comment expliquer la présence de tant de héros orientaux dans les œuvres musicales de l’époque ? Car ils vont peupler deux siècles d’opéra, depuis Le Combat de Tancrède et Clorinde de MONTEVERDI, Tancrède de CAMPRA et de ROSSINI, Le Ballet d’Armide et Armide de LULLY, puis de GLUCK, Rinaldo de HAENDEL et Roland de LULLY, l’Orontea de CESTI, l’Ormindo de CAVALLI, Tamerlano et Ariodante de HAENDEL, Zaïs et Zoroastre de RAMEAU…

A cela, une raison bien simple : tous les compositeurs, tous les auteurs de livrets d’opéra vont trouver une mine d’inspiration presque inépuisable : La Jérusalem Délivrée, oeuvre fleuve du TASSE, à l’origine d’une grande partie de l’imaginaire baroque.

A partir de 1700, le Turc cesse d’être cruel et il n’inspire plus que des opéras à sujet principalement érotique. L’Orient devient sensuel ; c’est celui évoqué par RAMEAU dans La Naissance d’Osiris, Les Boréades, Les Indes Galantes…, ainsi que par GRETRY dans La Caravane du Caire.

A l’opposé, les Indes Occidentales – autrement dit l’Amérique – développe d’autres fantasmes, relève d’un autre imaginaire. Avec le mythe de l’homme naturellement bon, tel qu’il apparaît dans la littérature de ROUSSEAU et de BERNARDIN De SAINT-PIERRE, se développe un nouveau concept : celui d’un monde neuf, vierge, merveilleux, peuplé de « bons sauvages » vivant selon la nature. Les Indiens, avec leurs plumes, peuplent les Ballets de Cour avant d’inspirer des opéras, tels le Montezuma de VIVALDI, avant celui de GRAUN, écrit sur un livret de FREDERIC II de Prusse, le roi musicien. Au XVIIIème siècle, l’Amérique sera toujours associée à la nature, à la liberté et son exaltation est déjà une forme de contestation de la Royauté absolue, presqu’à l’agonie.

Mirage, fascination : l’étranger, à l’Age baroque, est porteur des fantasmes de l’homme occidental, exprime son besoin de dépaysement mais aussi de liberté, tout en lui permettant de jeter un regard nouveau, critique, sur sa propre civilisation.

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...

HISTOIRE / QUAND LA FRANCE ASSIMILAIT SANS COMPLEXE par Renaud BUSENHARDT

« La République est le gouvernement qui nous divise le moins« 

(A. THIERS, Discours à l’Assemblée Législative, 13 février 1850).

Comment la France a-t-elle, au fil du temps, considéré les étrangers sur son sol ? Les remous actuels sur cette question sont-ils la remise en cause d’une attitude devenue « traditionnelle » quant au traitement des « étrangers français » ? Pourquoi le modèle intégrationniste français est-il désormais jugé défaillant et inapte ?

D’emblée, cernons les notions à utiliser. En effet, il faut instaurer ou réinstaller des nuances essentielles à des termes si galvaudés qu’on a pris l’habitude de les confondre. Distinguons d’abord entre assimilation et intégration.

On va considérer que l’assimilation consiste à fondre une minorité dans un groupe numériquement majoritaire. Quant à l’intégration, elle se contente d’établir un lien réciproque, durable et solide entre ces deux groupes (une ou des minorités et la majorité présente) et de les réunir sur des notions et des valeurs communes.

Or, et que les actuels altruistes bien-pensants et naïfs s’en consolent, la France a toujours procédé avec ses étrangers par assimilation. On pourra nous objecter que l’on n’est pas obligé d’agir aujourd’hui comme avant. Certes, mais ces mêmes objecteurs prennent eux-mêmes exemple sur le XIXème siècle pour démontrer que la France a toujours su s’accommoder d’étrangers perçus d’abord comme « inassimilables ». Quel fut-il donc, ce XIXème siècle si riche d’enseignements, semble-t-il, sur la question ?

L’ASSIMILATION RÉPUBLICAINE AU XIXème SIÈCLE

Avant tout, c’est durant cette période que s’est posé pour la première fois le problème d’une immigration massive. En outre, l’État moderne qu’était devenue la France ne pouvait l’ignorer, et se devait d’apporter des solutions concrètes pour gérer ces flux migratoires. Voilà qui suggère déjà une attitude bien claire de la part de la nation française : il n’a pas été question de rejeter ces immigrés, de les cantonner dans des ghettos et des statuts d’éternels étrangers, mais bien d’en faire des Français. Car, qui oserait encore en douter, si le fameux « droit du sol » prévalait partout, on savait déjà que le lieu de naissance simplement attesté de documents administratifs en règle, ne suffisait pas à faire un Français d’un fils d’immigré. Il a donc fallu mettre en place tout un système pour « fabriquer des Français ». On comprendra que la tâche n’était pas aisée. Mais la République du XIXème siècle avait déjà les moyens de faire de chacun de ses habitants un citoyen construit. On a donc purement et simplement appliqué cette méthode à tous les résidents, fils d’étrangers ou non.

Les moyens dont s’était dotée la République étaient aussi peu nombreux qu’incontournables : l’école, le travail, l’armée. Autant de passages obligés, pour tous les citoyens, et qui devaient permettre l’émergence de Français égaux et aux origines nationales ou ethniques indiscernables. En effet, plus que sa naissance, plus que sa religion, son mode de vie, c’est sa visibilité qui fait d’un immigré un individu « étranger » (car visuellement « étrange ») ou un « Français transparent ». La République, il faut en être bien conscient, n’a pas laissé le choix aux étrangers de suivre ou non le chemin du « creuset français ». C’était cela, ou rien. Et ne nous leurrons pas, cette politique était d’une brutalité sans complexe. Qui n’a pas entendu ses grands-parents évoquer l’exemple d’enfants sévèrement punis à l’école pour avoir parlé entre eux polonais, ou italien, ou espagnol ? Pire, la république n’avait pas non plus de complexe à vouloir détruire, au nom d’un égalitarisme forcé, ce que l’on appelle pudiquement désormais les « particularismes locaux », et parler breton ou basque, c’était s’exposer à de rudes sanctions. La brutalité assimilationniste de la France s’exerçait aussi par une obligation laïque : l’école et l’armée ne s’accommodaient ni l’une ni l’autre des croyances des citoyens. Ou du moins, elles refusaient de les prendre en compte, d’en faire des paramètres indispensables au libre épanouissement des futurs citoyens.

Le prix à payer pour devenir français paraît élevé de nos jours. Mais les objectifs visés l’étaient également.

Il s’agissait de créer des Français, au pire contre leur gré, tout en posant comme postulat que tous voulaient le devenir, choix qui avait été fait par défaut en immigrant, et nécessité rendue absolue par la naissance sur le sol français.

 

L’ASSIMILATION IMPOSE LE REJET DU COMMUNAUTARISME

 

Il est vrai que la France n’a jamais considéré être un pays de communautés, a contrario des pays anglo-saxons qui revendiquent et favorisent cette organisation. Se contenter d’intégrer des immigrés, c’était les encourager à se réunir en une ou plusieurs communautés qui accepteraient alors de se ranger aux institutions du pays qui les accueille. On aurait des groupes intégrés, certes, mais pas franchement une seule communauté égalitaire. En France, accepter de telles communautés, c’était prendre le risque de dresser des Français contre d’autres.

Et les Français – leur esprit désespérément gaulois n’étant pas mort – n’ont pas besoin de ça pour s’entre-déchirer.

La République a eu au moins un mérite, celui de forcer les Français à l’union. A la veille de la Révolution Française, MIRABEAU pouvait encore déclarer que la France était « un agrégat inconstitué de peuples désunis« . Mais quelques années plus tard, on proclamait la Nation, une et indivisible.

Cette obligation d’une seule communauté ne s’est pas faite sans heurts.

Vendéens et Chouans ont contesté fermement l’obligation qui leur était faite de servir un pays pour lequel ils ne se sentaient pas d’attachement, et la Levée en Masse de 1793 a grossi les rangs de la contre-révolution plus efficacement que les guerres idéologiques.

 

DU CONSTANT SOUCI FRANÇAIS D’UNIFICATION

 

Historiquement, pourtant, cette volonté d’unifier le territoire et sa population, n’est pas l’apanage exclusif de la République. On a récemment célébré l’anniversaire des Édits de Nantes, en même temps qu’on a fustigé leur révocation en 1685 par LOUIS XIV. Pourtant, on peut comprendre ce que ces Édits dits « de Tolérance » représentaient de dangers pour le Roi Soleil, champion de l’État dans sa conception moderne.

En dehors de l’aspect religieux, les Édits de Nantes disposaient que les Huguenots et partisans de la « Religion Prétendue Réformée » bénéficiaient de places fortes et de troupes d’armes autonomes. Cette situation d’imperium in imperio était parfaitement insupportable dans un état se voulant moderne.

Il en va de même au sujet de l’existence de communautés officiellement reconnues en France. Pas plus qu’elle ne rend possible la reconnaissance d’un « peuple corse, composante du peuple français« , la République ne peut concevoir des communautés plus ou moins indépendantes en son sein. C’est aussi dans cet esprit que fut finalement décidée la séparation de l’Église et de l’État.

En effet, le contrat qui lie la République aux citoyens refuse toute médiation, et réclame avant tout une adhésion à ses principes.

Libre à chacun, par la suite, d’appartenir ou non à une communauté quelconque. Mais il est essentiel que chaque citoyen soit avant toute chose traité sur un plan d’égalité, duquel sont bannies les considérations religieuses, ethniques, et culturelles. La République, toutefois, était capable d’intégrer par la suite les communautés rejointes par ses citoyens. Il n’y avait pas là de paradoxe, mais simplement un enchaînement : pour peu qu’un étranger ait été assimilé, il pouvait s’intégrer, mais l’assimilation devait être préalable. Respecter les lois de la République, en accepter toutes les contraintes, vivre avec elle et pas seulement en elle, en étaient les conditions préalables et sine qua non.

Cette relation forcée, toutefois, n’a pas été en sens unique. Et d’abord parce qu’elle a fait bénéficier des bienfaits de la République à ces nouveaux Français. La frontière était nette entre les Français de quelqu’origine qu’ils fussent, et ceux qui ne l’étaient pas. A ce titre, devenir Français constituait une vraie motivation.

L’accession à ce « statut » signifiait une égalité de traitement, un libre exercice de la démocratie et des libertés garanties par un État de Droit.

Les renoncements imposés ne se sont donc pas faits à perte, mais ont bien permis l’acquisition totale et définitive des avantages et prérogatives inhérents à la nationalité française.

A l’inverse, la République a gagné une réputation légitime, celle d’une réelle capacité d’assimilation. En outre, « l’enrichissement culturel », si bien mis en avant de nos jours, n’a pas été ignoré. Mieux que si elles étaient restées enfermées dans des « communautés », les populations issues de l’immigration ont imprégné la France de coutumes, de savoirs, d’arts qui font désormais partie du « patrimoine national » : qui voit encore une « Pollack » en Marie CURIE, un « Rital » en PLATINI ?

 

L’ÉCHEC ÉVIDENT DE L’INTÉGRATION

 

On a vu que l’assimilation des populations immigrées de la fin du XIXème siècle ne s’était pas faite sans brutalité. De nos jours, on hésite et on considère que les renoncements indispensables sont autant d’atteintes aux droits de l’homme. La France, comme le reste du monde, s’est construite autour de notions nouvelles au XXème siècle : le respect des minorités, l’attention portée à tout ce qui pourrait constituer un phénomène d’acculturation (jugée inadmissible), la précaution maladive et presque craintive sur la question même des populations immigrées et étrangères… Tout ceci, lié à une peur obsédante d’apparaître raciste ou fasciste, fait que l’on ne peut plus espérer traiter le problème comme nos aïeux le pensaient.

Il n’en demeure pas moins qu’au XIXème siècle, le but était clair et avoué sans détour : fabriquer des Français. De nos jours, du fait aussi que la nationalité n’a plus autant d’importance dans un espace européen transnational, on donne souvent l’impression de ne pas savoir quoi faire. C’est probablement ainsi que l’on confond intégration et assimilation. Il est donc logique que le problème se pose en termes nouveaux. Ceux qui pensent que la France n’a pas en ce moment de problème d’intégration des populations étrangères, s’appuyant sur sa capacité d’assimilation du siècle passé, font deux erreurs grossières : d’abord, ils se fourvoient gravement en pensant que cette assimilation s’est faite sans heurt, ensuite ils ont la bêtise de ne pas voir les évidences ; non seulement les populations concernées ne sont pas les mêmes (et encore, est-ce bien un frein ?), mais surtout la France ne peut plus se permettre une telle politique. Jugée par le « concert des nations », elle apparaîtrait violente, irrespectueuse, et sûrement se trouverait-il quelques poignées de chatouilleux pour hurler au racisme !

Agir de la sorte, c’est refuser de voir, en gardant la tête froide, que le problème existe et qu’une politique nouvelle d’assimilation (on a vu pourquoi la France préférait assimiler plutôt que d’intégrer) doit être mise en place. Et refuser de voir le problème, c’est alimenter le lisier où se vautrent les extrémismes les plus inquiétants.

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...

PROSE POETIQUE

IN TABERNA

par Renaud BUSENHARDT

Un soir de pleine lune où j’errais par les rues,

J’ai croisé du regard une vitrine nue,

Cachant parfaitement de fines réjouissances,

Un brouhaha charmant tout vibrant d’arrogance.

Alors comme un vieux clou attiré par l’aimant,

Je me sentis porté vers le seuil si bruyant.

Passant la porte, enfin, entrant dans la taverne,

J’ai vu que tout tenait dans l’étrange caverne.

Un monde vivait là, en un joyeux désordre :

Des âmes ravinées que plus rien ne peut tordre,

Des esprits raffinés tentant de prendre envol ;

Tout cela enfermé à plaisir dans l’alcool.

Il n’y a d’ivrognerie que lorsque l’on s’avilit,

Mais ici il s’agit bien plus de griserie.

Car la nuit appartient, c’est sûr, au noctambule,

Qui sait voir l’univers partir en mille bulles.

Voyez ! Là, dans un coin, on tue quelque jeunesse,

Ici, c’est tout l’inverse, on blâme la vieillesse,

Un peu plus loin, qu’importe, on est sans désespoir,

On a su s’amuser bien avant d’être noir.

Et là, quelle misère, une femme s’ennuie,

Invite qui veut bien partager son lit,

Si toutefois on veut, avant de tant en faire,

S’assoir à côté d’elle et lui offrir un verre.

Au-delà du comptoir, un vieux couple assoupi,

S’imagine en silence une fugue infinie,

La fuite de celui dont on craint les caresses,

Pensant que l’échappée viendra de leur ivresse.

Et celui-ci, risible, a l’air tout hébété,

De se retrouver seul avec la femme aimée,

Qui les yeux clos chuchote un désir érotique ;

Il est question de corps en étreintes magiques.

Un drame, une empoignade, occupe un coin obscur,

Où les cris, c’est probable, ont débuté murmures ;

Pourtant c’est à côté que les yeux enlacés,

Deux êtres ont décidé une aventure osée.

Et moi je suis tout seul, attendant mon amour,

Celle qui tue mes nuits et possède mes jours,

Elle à qui j’appartiens, elle dont je suis l’homme,

Et qui sera ma femme. Celle que j’aime en somme !

 

ÉTRANGE ÉCRITURE PHONÉTIQUE

par Jean-Michel EVRARD

Sous la vie, les mots…

Les mots pour le dire, les maux pour le pire ;

Mais qu’importent les mots, et qu’importe l’âge,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous les mots, l’habit…

L’habit des rudes, amis de l’habitude ;

Mais qu’importe l’habit, et qu’importe le leurre,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous l’habit, la peau…

La peau de couleur, l’appeau des siffleurs ;

Mais qu’importe la peau, et qu’importe l’appel,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous la peau, les os…

Les eaux de l’abondance, les orages d’enfance ;

Mais qu’importent les zoos, et qu’importe la cage,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous les os, la terre…

L’atermoiement des uns, l’alternative des autres ;

Mais qu’importe l’éther, et qu’importe l’ego,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sur la terre, la vie…

La vie éphémère, la vie de toute manière ;

A mon avis la vie a matière à s’en faire…

A quand la prochaine guerre ?

 

RAI

par Olivier BRIFFAUT

Une ruelle obscure

Aux pavés abîmés

Tolérait la caresse

D’un souffle de vent.

Par une porte étroite

Le vent sifflait alors

Au crépuscule.

Un rai de lumière glissait

En travers de trois marches

De pierre usées.

Des talons claquaient

Sous la bruine.

Souvent, une ombre fine

Venait s’étirer.

Une silhouette sombre

Se figeait – étrangère –

Dans le rai de jour mourant.

Des volutes de fumée

S’envolaient de ses lèvres.

Un chien aboyait

Par-delà les pavés.

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...

NOUVELLE LITTERAIRE / HARMONIE par Anne BERTONI

« Cette chose plus compliquée et plus confondante que l’harmonie des sphères : un couple« 

(J. GRACQ, Un Beau Ténébreux, José Corti).

 

A la maison, 11 heures.

 

Jacques,

 

Je m’en vais.

Tu dois être dans le rayon des eaux minérales de Mammouth : c’est bien là la seule fois où tu acceptes d’aller faire des courses. Avant, tu as mis ton short en satin et ton débardeur, et les packs d’eau te permettront de faire admirer les résultats obtenus au club de muscu’. A la caisse, tu vas t’arranger pour que tout le monde te remarque, tu vas sortir une vanne bien lourde à la petite caissière et le fait de la voir rougir en baissant les yeux te fera sans doute bander.

J’emmène les enfants, enfin, les petits êtres que j’ai fabriqués avec toi et qui deviennent adolescents, t’en es-tu seulement aperçu ?

Jérôme a refusé de laver ta voiture, il prétend qu’il n’est pas ton « larbin », je suis totalement d’accord avec lui.

Je suis certaine que tu trouveras quelqu’un pour venir faire le ménage et te consoler, tu as un grand sens de tes besoins personnels. Et puis, l’essentiel est que tu puisses organiser tes soirées « entre mecs », devant un bon vieux match : de ce côté, tu vas te sentir libéré, je ne serai plus là pour te prendre la tête.

Ta fille m’a avoué la semaine dernière qu’elle préférait les femmes, « parce que si c’est pour finir comme toi, avec un abruti qui permet même pas que tu dises ce que tu penses quand y’a du monde à la maison…« .

Tu sauras apprécier.

Garde le chien, ça te fera de la compagnie, et puis j’ai pensé que, comme il est le premier que tu salues en rentrant le soir et à qui tu parles de façon aimable, vous pourrez désormais vivre tranquillement vos relations. En plus, tu n’arrêtes pas de dire que son dressage n’est pas terminé, tu pourras t’en occuper.

L’autre jour, au téléphone, tu t’es vanté de tes prouesses sexuelles avec moi, mais si, souviens-toi, tu parlais avec Michel, ce grand gaillard sympathique qui propose de noyer tous les Arabes !

Je dois t’avouer une chose : cela fait au moins trois ans que je fais semblant, que je simule, parce que je n’osais pas te dire que tu as commencé par ne plus m’attirer, puis, tu m’as dégoûtée, et maintenant, la seule idée de ton short en satin me fait vomir.

Ton désir me révulse, parce qu’une fois encore, tu ne le partages qu’avec toi-même, tu n’es soucieux que de la façon dont tu prendras ton pied, et peut-être du récit que tu en feras à tes potes, quand vous comparerez vos performances.

Je t’ai aimé parce que tu me faisais rire, je sais, ça n’a rien d’original, mais ton côté naturel m’amusait et à l’époque tu disais souvent tout haut ce que les autres pensaient tout bas. Et puis tu faisais attention à moi…

Tu n’es pas entièrement fautif dans ce qui arrive, le quotidien y est sans doute pour beaucoup, mais il ne tenait qu’à toi de ne pas m’enfermer dans le rôle de « bobonne » au foyer, en refusant de partager les tâches matérielles. Plusieurs fois, j’ai essayé de te faire comprendre que j’avais envie d’autre chose, mais, rappelle-toi, tu me répondais toujours : « Ca y est… Madame fait la gueule… Qu’est-ce qu’il y a encore ?« .

Au bout d’un moment, j’ai fini par me taire et quand tu parlais de nous aux copains, tu disais souvent : « harmonie« .

Voilà, je m’en vais. Tu es sorti de la grande surface et tu arpentes fièrement le trottoir avec tes bouteilles d’eau dans les bras. Dans ta tête, il n’y a rien, que la certitude de correspondre enfin à un modèle social et physique où tu as trouvé tes frères, tes semblables.

Je ne dis pas que tu aies tort : mais pour moi, tu t’es fondu dans la masse informe des apparences et quand je regarde ta photo, j’y vois le visage d’un étranger.

 

Catherine.

 

Dans la tête de Jacques, sur le trottoir, 11h35 :

 

Sympa, la petite caissière, c’est pas tous les jours qu’on doit la faire sourire, la pauvre… Décidément, l’abonnement au club de muscu’ vaut vraiment la peine, regarde-moi un peu ces biscottos ! Je n’ai jamais été si bien dans ma peau, quand je me revois à quinze ans avec mes boutons et mon petit ventre rond… Pourvu que Jérôme ne devienne pas comme ça, ce serait bien s’il venait avec moi faire un peu de sport, ça le changerait de ses bouquins, et puis il ne risquerait pas de connaître toutes les vacheries qu’on a pu me dire quand j’avais son âge à cause de mon physique. Mais bon, apparemment, ça ne le tente guère et puis sa frangine et sa mère se sont bien chargées de lui dire que c’était nul comme activité.

Ah, ces deux-là, je ne les capte pas : toujours à ronchonner pour un oui, pour un non, mets-toi en quatre pour leur faire plaisir, elles trouveront toujours la petite bête dans la botte de paille… Ou l’aiguille, enfin, je me comprends. Pourtant, j’en ai fait des sacrifices pour qu’ils soient bien et qu’ils ne manquent de rien : tiens, quand je partais en stage des semaines entières à Chateau-Thierry (non mais, faut voir le bled que c’est !) et que je dormais dans cet hôtel sans voir personne de la soirée (même les putes, elles sont parties de Chateau-Thierry) : à part le fantôme de la Fontaine, que dalle !

Eh ben, au lieu de m’accueillir le week-end gentiment avec un sourire, la Catherine, elle était là, sur le pas de sa porte, à me reprocher de les « abandonner » tous les trois. Quelle grisaille, mes aïeux !

Heureusement, ça a changé : tout change avec le fric, même l’amour. Déjà, je me suis fait des potes extras dans le lotissement et au boulot. Ca aide quand même de pouvoir parler entre mecs, je pense que pour les filles, c’est pareil quand elles se retrouvent. Le hic, c’est quand on se croise, ça colle pas souvent, mais bon, je ne suis pas médecin.

Oui, c’est bien les copains : en plus, avec la Coupe qui approche, on va se faire des soirées sympas et puis comme ça, nos épouses ne nous reprocheront pas d’aller fricoter à droite, à gauche.

De toute façon, quand je rentre le soir, je suis tellement crevé que je serais incapable d’aller batifoler. Des fois, j’aimerais juste être peinard, que tout le monde me laisse tranquille, un quart d’heure, pour décompresser.

Remarque, Catherine a l’air d’avoir pigé : avant elle voulait toujours qu’on « échange » comme elle disait. Maintenant, elle me laisse tranquille, même rudement, comme quoi c’est bien ce que je disais, même l’amour change avec la réussite sociale. On vit dans une sorte d' »harmonie ».

Mon meilleur copain, c’est Michel ; c’est un gars tellement sympa que je peux même lui raconter des trucs pas vrais, il accepte tout et il ne me juge jamais. Les enfants et Catherine pensent qu’il est raciste, mais moi, je trouve que c’est normal : il en a bavé pour arriver là où il en est, il veut se protéger, alors quand je ne sais plus qui à la radio lui parle d’insécurité et d’immigration, il se sent concerné, je crois même qu’il a déjà fait des défilés. Un de ces quatre, faudrait que j’aille voir comment c’est, il m’a dit qu’il y avait une super ambiance. Et puis côté service d’ordre, on craint pas la pagaille, il y a des gars qui protègent les gens au cas où des jeunes abrutis voudraient les empêcher de s’exprimer. En tout cas, Michel m’a dit qu’ils étaient de plus en plus nombreux, c’est qu’ils doivent être forts, non ? Et moi, maintenant, j’aimerais bien être du côté des plus forts, ça me changerait…

Et puis comme ça, Catherine verrait de quoi je suis capable. Vraiment.

Tiens, c’est bizarre, le chien est dans la cour…

Elle n’a pas ouvert les volets des chambres.

C’est quoi, ce que je ressens, cette impression étrange ?

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...

EDITORIAL / ETRANGERES DISCIPLINES par Olivier BRIFFAUT

Le ministre de l’Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie, M. Claude ALLEGRE, avait lancé une consultation dite « lycéenne », encadrée par Philippe MEIRIEU ; il fut théoriquement dégagé des synthèses académiques (que les Conseillers Principaux d’Éducation et les services centraux de l’IUFM de Dijon ont rédigées) une synthèse nationale présentée les 29 et 30 avril 1998 à Lyon concernant les savoirs devant constituer la culture de nos futurs universitaires.

Or, la présidence du conseil scientifique de cette consultation (dont les questionnaires sont un splendide contre-exemple de scientificité, tant au niveau de la collecte d’information que de son impossible traitement statistique !) a été confiée à Edgar MORIN, animateur des récentes journées « relier les connaissances », chantre de la notion de transdisciplinarité, pourfendeur s’il en est de l’empilement des connaissances sans organisation culturelle (cf. Science et Conscience, Le Seuil, 1991, et plus particulièrement Introduction à la Pensée Complexe, ESF, 1990). L’idée d’universalité visant à la compréhension toujours plus fine d’un monde toujours plus complexe a ainsi droit de cité au sein même de l’Education Nationale : « Je pars de la nécessité de relier et d’organiser les savoirs afin de répondre à un défi permanent dans l’Histoire mais aggravé dans le monde actuel : celui de notre capacité à situer nos connaissances dans un contexte, à saisir la complexité de ce qui est tissé ensemble. Or, la façon dont on fragmente le savoir affaiblit cette capacité de l’esprit… » (Edgar MORIN, Interview de Samuel JOHSUA, Le Monde de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, n°258, avril 1998, pp.11-13). L’Université – étymologiquement – ne peut se soustraire à l’universalité !

L’idée est de recomposer les divisions disciplinaires héritées de la structure de pensée de DESCARTES qui consistait à séparer les difficultés, à les traiter séparément et qui aboutit ainsi à la compartimentation actuelle, pour se rapprocher de celle de PASCAL, selon laquelle il faut relier les parties au tout et le tout aux parties. A la lecture de PAPIERS UNIVERSITAIRES, nous nous apercevons qu’effectivement les disciplines universitaires traditionnelles ne sont pas étrangères : au sein de chaque article, de multiples renvois à d’autres domaines de recherche apparaissent, tendant à conférer à l’analyse globale une certaine vérité explicative grâce à la richesse des divers points de vue. Rejeter, par humilité, le cloisonnement disciplinaire en vue d’expliciter un thème-objet d’étude permet ainsi de dégager quelques idées générales concernant une préoccupation contemporaine : « … une des plus grandes conquêtes de notre siècle : la conscience de l’impossibilité d’un savoir total, l’incertitude fondamentale sur les grands problèmes… Bien que la quantité de savoir soit aujourd’hui exponentielle et qu’aucun esprit ne puisse l’embrasser, on ne peut pas se passer d’idées générales… Le tout est d’avoir les idées générales les moins creuses possibles, et il faut donc les relier à une expérience humaine et un savoir non mutilé » (ibid.).

La pluridisciplinarité dont témoignent les présents papiers est une étape nécessaire pour parvenir réellement un jour à une recherche universitaire et un enseignement secondaire et supérieur transdisciplinaires. Le processus est amorcé qui fera renaître, à n’en point douter, la joie d’apprendre et de connaître : « Parce que les disciplines sont des objets artificiels et cloisonnés, elles atrophient cette joie de connaître » (ibid.).

Poster un commentaire

Classé dans ETRANGER...