PSYCHANALYSE / HUMOUR & INDIVIDU par Nicolas GODIN, Mélanie LAUZON, Christine MESLIN, Alexandra MUNGER

Comme à tous les Noëls, oncle Roger utilise l’humour à des fins très spécifiques : « flirter » avec tante Bertha, impressionner sa nièce Amandine ou tenter de se faire remarquer. Malheureusement, oncle Roger ne fait pas très bon usage de l’humour puisqu’il en ignore les vraies vertus. Mis à part ces mauvaises blagues, l’humour contient plusieurs utilités bénéfiques pour l’individu et la société. Ce projet aura donc pour but de vous présenter l’humour sous plusieurs de ses facettes et en connaître son immense importance en tant que phénomène grandissant de société.

 

PHILOSOPHIE

Selon le philosophe André COMTE-SPONVILLE, c’est l’esprit qui contient l’humour puisque c’est l’esprit qui se moque de tout.

Il croit que l’humour est une vertu puisqu’il est un préservatif au sérieux ; le sérieux étant la situation intermédiaire entre le désespoir et la futilité. Une vertu est un sommet entre deux vices et l’humour se situe justement entre ces deux extrêmes. Ici, on ne veut pas dire que le sérieux est négatif dans la conduite de notre propre existence, mais il ne faut pas être satisfait de notre trop grand sérieux. Si on manque d’humour, on manque d’humilité, de légèreté ; on est trop sévère ou trop agressif. Au fond, manquer d’humour, c’est aussi manquer de générosité, de douceur, de miséricorde et de lucidité. La lucidité est importante car elle nous montre que ce qui n’est pas dramatique est dérisoire. Pour COMTE-SPONVILLE, l’humour nous apporte un sourire qui nous réconforte et nous convint qu’une situation n’est pas dramatique.

« La vérité de l’humour : la situation est désespérée, mais pas grave« .

Pour le peu que nous sommes, pourquoi se lamenter et se haïr quand il suffit de rire. Par contre, le rire n’est pas tout ; il n’excuse rien. Lorsque le rire apparaît, il faut faire la distinction entre l’humour et l’ironie ; l’ironie n’étant nullement une vertu. C’est plutôt une arme puisqu’elle attaque les autres, s’en moque, les combat jusqu’à ce que seule la personne ironique sorte gagnante. Elle est gagnante, mais négativement.

« Aucune arme n’est la paix, aucune ironie n’est l’humour« . Au fond, c’est le mauvais rire. On peut comparer cela à nos humoristes. La plupart ne sont que des ironistes mais les meilleurs mêlent ironie et humour. L’ironie, c’est le fait de rire des autres, c’est le fait de garder ce sérieux pour rendre ridicule tout le reste. Par contre, l’humour, de son côté, c’est le fait de rire des autres autant que de soi, de s’inclure toujours dans ce qui est dit. L’humour mène à l’humilité car il atteint l’orgueil en brisant le sérieux. Il n’y a pas d’orgueil s’il n’y a pas de sérieux.

Il faut toutefois faire attention ; tout dépendant de la façon dont une plaisanterie est contée et à qui elle est dite, elle peut s’avérer être de l’humour ou de l’ironie. La personne qui s’exclut de sa plaisanterie pourra devenir l’ironiste et la personne qui s’en inclut pourra provoquer de l’humour. C’est pour cela que la lucidité est importante dans l’humour; c’est elle qui permet de faire rire de tout à condition de rire d’abord de soi-même. Ainsi, on pourrait dire que l’humour est une conduite de deuil tandis que l’ironie est plutôt assassine. L’ironie attaque, l’humour combat ; l’ironie blesse, l’humour guérit ; l’ironie veut dominer, l’humour libère ; l’ironie est humiliante, l’humour est humble. L’humour n’est pas simplement au service des autres vertus, il en est une en lui-même car il transmute la tristesse en joie, la désillusion en comique, le désespoir en gaieté. Il désamorce le sérieux. Il n’y a aucune haine ni hypocrisie dans l’humour car cela n’en serait plus.

 

DÉDRAMATISATION

Une des plus importantes caractéristiques de l’humour est sans doute la dédramatisation d’une situation difficile, afin de la rendre plus supportable ou plus agréable. Comme on l’a vu précédemment, l’humour est un moyen stratégique de libérer les angoisses accumulées, qu’elles soient conscientes ou inconscientes. Prenons l’exemple suivant : durant la Guerre Mondiale, à Londres, un bombardier avait détruit la façade d’un magasin où, le lendemain, était affichée la pancarte « Le magasin est plus ouvert que jamais« . Le propriétaire était probablement très angoissé après la destruction de son magasin. Pour éliminer l’angoisse accumulée, faire une économie d’affect, il a fait de l’humour pour banaliser sa situation. Mais il ne faut pas considérer qu’il a utilisé l’humour pour nier la situation dans laquelle il se trouvait et le comparer a une autruche. Il l’a fait pour se soulager de son excès d’angoisse. Il aurait tout aussi bien pu pleurer à cœur joie ou tomber dans les pommes. Mais en utilisant l’humour, il peut faire partager le plaisir qu’il éprouve à se défaire de son angoisse avec d’autres. Dans ces cas présents, l’humour est un peu comme une arme contre la déprime et l’angoisse. « Mieux vaut rire que pleurer« , dit le proverbe. C’est parce que l’humour réussit à dédramatiser les pires situations en nous laissant sourire le temps de rire un peu.

 

DISTANCIATION

Eh Oui ! Même Sigmund FREUD, notre psychanalyste préféré, a eu son mot a dire sur l’humour. Mais on ne pourrait se permettre de mentionner FREUD sans faire aussi intervenir le Moi, le Ça et le Surmoi. Comme on le sait, le Moi doit constamment s’interposer entre les désirs du Ça et les interdits du Surmoi pour mettre un terme à leurs disputes. Le Ça ne demande qu’à satisfaire les pulsions mais le Surmoi réprimande et interdit. « Non Moi, tu ne t’amusera pas !« . Si bien que le Moi tristounet doit se contrôler et contrôler le Ça. Heureusement, le Surmoi n’est pas un tyran. « [Il] s’efforce par l’humour, à consoler le Moi et à le préserver de la souffrance« (1). Il permet alors au Moi de lui donner son énergie psychique pour le soulager. Le Surmoi a alors plus d’énergie et il lui est plus facile de modifier les réactions du Moi, de le consoler, et tout cela, grâce à l’humour. Toutefois, pour être capable de passer son économie d’affects sur le Surmoi, le Moi doit être mature et avoir ce qu’on appelle le contrôle souple de l’action. Le Moi mature peut alors permettre au Surmoi d’utiliser l’humour comme moyen de le protéger.

Cependant, le Surmoi n’utilise pas l’humour pour que pour consoler le Moi quand ce dernier résiste aux pulsions du Ça. Dans toutes sortes de situations difficiles ou le Moi s’affole et se sent en danger, l’humour est utile pour l’en distancier. Comme on l’a vu, l’humour peut facilement banaliser une situation mais permet aussi, en même temps, de s’en détacher. Vu avec humour, un problème devient beaucoup moins important, et menaçant. Grâce à l’échange d’énergie psychique et à l’économie d’affects, le Surmoi réconforte le Moi en lui offrant une nouvelle vision des choses. « Regarde le monde qui te semble si dangereux. Une vraie blague ! Moque-toi en donc un peu« . L’humour n’est qu’une méthode parmi d’autres de se protéger ainsi de la souffrance mais elle le fait en procurant du plaisir. « L’affirmation du principe de plaisir prend place dans la grande série des méthodes que la psychique de l’homme a édifiée en vue de se soustraire à la contrainte de la douleur, série qui s’ouvre par la névrose et la folie et embrasse également l’ivresse, le reploiement sur soi-même, l’extase« (2).

Mais sans connaître les explications de FREUD sur l’humour, il reste que c’est un bon moyen de distanciation. C’est un peu une façon de se fermer au monde en passant de participant à observateur et critique. On s’y éclipse en l’empêchant de nous atteindre, de nous envahir. Rire d’une situation, c’est la transformer en spectacle. Cela nous permet de triompher de la peur, du désarroi, de l’incompréhension et de l’humiliation. Cependant, la distance à besoin de distance. Il sera plus facile, et plus acceptable, de se moquer d’un événement qui a déjà été éloigné par le temps ou l’espace. Par exemple, à peine commence-t-on à blaguer sur les évènements du 11 septembre 2001 : « Comment appelle t-on celui qui vole par dessus un gratte-ciel ? Superman ! Comment appelle t-on celui qui grimpe sur un gratte-ciel ? Spiderman ! Comment appelle t-on celui qui s’écrase sur un gratte-ciel ? Musulman !« .

 

LE PETIT ANGE, LE PETIT DÉMON ET LE PETIT JUGE

 

Pour FREUD, nous avons tous des pulsions qui nous poussent à satisfaire nos besoins fondamentaux. Ces besoins sont évidemment de manger, de boire, d’évacuer, de dormir, de respirer et les incontournables relations sexuelles. Comme on l’a compris, il ne nous est pas toujours possible d’assouvir tous ces besoins immédiatement lorsqu’ils se présentent. Alors on doit parfois être écartelé entre le désir de se débarrasser de ces besoins, et les circonstances qui nous en empêchent. S’il n’y a pas d’eau, on ne peut pas boire. Si on est dans une épicerie et qu’on a faim, on ne peut pas manger sur le champ. Si on est dans un autobus, on ne peut pas avoir de relations sexuelles. Du moins, cela serait très surprenant. FREUD nous personnifie ce petit phénomène avec trois mignons personnages : le Moi, le Ça et le Surmoi. Le Ça représente toutes les pulsions présentes dans une personne. Un certain professeur de psychologie de niveau collégial le compare à un « super pervers qui ne recherche que le plaisir« (3). C’est lui qui nous pousse à manger trop de gâteaux le dimanche après-midi, ou à pincer la fesse du voisin. Il peut être amusant de se laisser tenter par le Ça mais attention ! Il y a des conséquences (telles que le courroux du voisin). Le Surmoi est là pour nous remettre dans le droit chemin. Il représente toutes les règles, les interdits intériorisés. C’est la police intérieure. C’est lui la raison, celui qui empêche de trop faire le fou. On peut voir que le Ça et le Surmoi sont en constant désaccord. Les petits Disney nous les montrent souvent en tant que petit ange et petit démon. Finalement, il y a le Moi qui est l’instance à l’intérieur de nous. Il est là pour négocier entre le Surmoi et le Ça. C’est le juge qui décide à qui obéir. Bien sûr, c’est aussi lui qui doit endurer celui du Ça ou du Surmoi qui n’a pas été écouté.

 

Notes :

 

(1) FREUD, Sigmund, Le mot d’esprit et son rapport avec l’inconscient, collection « Idées », NRF, Gallimard n°198, p. 376.

(2) FREUD, Sigmund, Le mot d’esprit et son rapport avec l’inconscient, collection « Idées », NRF, Gallimard n°198, p. 403.

(3) DÉROSIER, Philippe, Initiation à la psychologie, quatrième cours, session d’automne 2003.

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