PARCHEMIN DE TRAVERSE / A PROPOS DE… Charlie Hebdo hors-série n°6, Les sectes, Antonio FISCHETTI et TIGNOUS par Anne BERTONI

Il y a des sujets qui forcent la réflexion et pas forcément le sourire ; par exemple la disparité des traitements réservés aux détenus en France, selon qu’ils sont « délinquants lambda » ou leader d’un groupe rock érigé en icône de la tragédie conjugale. Dans le même genre, les conflits israélo-palestiniens, les dérisoires démarches de Solidays et du congrès mondial contre le fléau face au mercantilisme des laboratoires pharmaceutiques, les discours politiques en général, bref à bien y regarder, jusqu’à la météo, tous ces sujets instaurent davantage une morosité latente qu’une bonne grosse envie de se taper sur le ventre. A moins de faire partie de ces niais béats qui considèrent que si le feu prend chez le voisin, « c’est toujours ça en moins chez nous« . Mais ce propos ne peut s’adresser aux lecteurs de ces lignes.

A partir de ce constat, la théorie du verre à moitié rempli impose sa loi ; on peut se lamenter en prétextant que tout part à vau-l’eau, que rien ne sert à rien, qu’il vaut mieux se protéger de tout en espérant vaguement des lendemains d’immortels.

Soit.

Reste l’autre option : lutter quand même, s’investir dans une action, ne pas renoncer et trouver dans ce même combat une forme de beauté à cette chienne de vie.

Au risque de proposer une vision par trop manichéenne de notre société, il n’en demeure pas moins que la plupart des individus se rangent dans l’une ou l’autre catégorie ; ainsi, le métier de journaliste se compose-t-il de réels investigateurs au sens noble du terme, ou de bons écoliers soucieux avant tout de ne pas faire de vagues ni risquer les foudres célestes des pouvoirs en place. Antonio FISCHETTI et TIGNOUS se rangent dans la première catégorie. Participant de manière hebdomadaire au célèbre Charlie Hebdo, ils n’ont de cesse de stigmatiser, si l’on ose, les démarches sectaires, les dérives sclérosantes proposées par notre monde et d’offrir aux lecteurs un recoin du miroir somme toute assez désagréable à observer, puisqu’ il met en exergue la faiblesse humaine et son corollaire : la manipulation.

Dans leur rubrique régulière, les deux compères rendent compte de leurs recherches avec une légèreté et un humour qui masquent mal le sérieux de leurs enquêtes ; en effet pour chacun de leurs papiers, ils s’immergent réellement dans les groupes sectaires qu ‘ils dénoncent, qu’il s’agisse des Krishnas colorés ou des Raéliens immaculés…

Sur le fond, ce qu’ils écrivent n’a rien de drôle et le propos de ces deux hommes est sans doute bien de prévenir du danger contenu dans chacune de ces pseudo-communautés qui dévalisent leurs adeptes sous prétexte d’un état de conscience purifié. On trouve d’ailleurs en page trois de ce hors-série des adresses tout à fait sérieuses de comités de prévention contre ces dérives.

En revanche, la mise en scène – celle de leurs propres personnages- relatée dans ces chroniques est souvent truculente, caustique. En effet, en utilisant l’humour, FISCHETTI et TIGNOUS marquent davantage, si besoin était, la distance qui sépare nos deux citoyens apparemment équilibrés et ces illuminés qui n’hésitent pas à se mettre dans tous leurs états pour atteindre la pureté !

« Ça fuse, les « Hare Krishna ». Une pêche ! Jamais vu ça. Parfois les bras en l’air à la manière de quelqu’un qui se fait braquer dans un hold-up tout en se dandinant (…). Heureusement que les paysans du coin sont habitués, parce que, dans cette paisible campagne berrichonne, le mantra doit résonner à plusieurs kilomètres » (A. FISCHETTI et TIGNOUS, Charlie Hebdo hors-série, Les sectes, p. 57, « Les talibans en robe de chambre »).

Une fois de plus, l’humour et le rire utilisés comme moyens, outils de démonstration atteignent à une réelle efficacité. Le but des deux journalistes est de décortiquer littéralement les principes de fonctionnement de ces sectes afin d’en exprimer le danger.

« Une femme se place un bandeau sur les yeux pour mieux se concentrer sur un melon. Sa copine se fige d’extase, la tête au ciel, après s’être collé les narines à un concombre. Personnellement, j’ai du mal à trouver ça convaincant. D’autant que ça cocotte sérieux dans les assiettes » (Ibid. p. 46, « Les obsédés du tout du cru »).

En outre, les auteurs utilisent le principe de la douche écossaise : au moment où la description de ces scènes hallucinantes pour le coup fait pouffer, on est rattrapé par la gravité des conséquences engendrées par de tels modes de vie. Ainsi, apprend-on un peu plus loin que certains adeptes croyant guérir leur cancer au moyen d’artichauts, sont bien évidemment morts dans des souffrances qui auraient sans doute pu être évitées. Tout comme on frissonne en constatant que politique et sectarisme ne sont pas des domaines si étrangers que cela l’un à l’autre.

On aura compris qu’il ne s’agit pas ici de traiter le problème à la légère et que le travail d’écriture participe d’une vraie démarche d’investigation ; à l’inverse du message des gourous, il faut prouver que le vrai sens de la communauté humaine se situe en dehors de ces préceptes.

J’inciterai donc personnellement le fidèle lecteur de ces lignes à investir les six euros de ce hors-série. Plusieurs avantages à cela ; ce type d’ouvrage ne craint pas d’être plié, coincé dans un sac de voyage (il peut éventuellement servir de séparation entre deux types d’objets dans une valise).

Il se lit très bien lorsqu’on est allongé sur la plage et, enfin, a le mérite de ne pas faire bronzer idiot.

« (…) On s’est dandinés, djellabas blanches et bras en croix, en chantant « Elohim, Elohim » en hommage aux extraterrestres.

On s’est levés à 4 heures du matin pour répéter des milliers de fois « Hare Krisna » (…).

On a fermé les yeux en s’imaginant atterrir su Sirius, dans une maison des Jeunes délabrée, entourés de gens qui y croyaient.

Après ça, la question qu’on nous pose le plus souvent : « Est-ce que vous n’avez pas eu peur d’être convaincus ? » Ah ça, non ! Pas de risque. Au contraire : les zinzins, plus on en voyait, plus ça nous donnait envie de fuir » (Ibid., « Comment on en a bavé »).

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