NOUVELLE LITTERAIRE / LES DÉRACINÉS par Emmanuel SABATIE

I

Le camp s’est asséché. Il n’est plus traces de vie. Seules des pierres, vieilles pour la plupart et aussi des bouts de ferrailles, parsèment le sol de cette végétation urbaine. Le vent souffle fort dans ce petit bled du Sud de la France. Il dépasse souvent les quatre vingt kilomètres-heure. Le mal de tête est la conséquence logique de ce vent violent ; un mal qui prend chaque neurone et les broie comme si vous aviez un mixeur à la place du cerveau. Le chibani accuse ce souffle de lui donner des maux. Comme les gens accusent eux aussi la tramontane de déferler sauvagement dans leur tête. Pourtant ce mal est bien présent. Il n’a pas de raison d’être. Il est !… Tout simplement ; et vous fait prisonnier de ses tourments. Vous devenez alors à l’image d’un arbre à demi courbé sur les bords de routes ; un de ces arbres qui ressemblent à tant d’autres et qui souffrent de la brutalité du vent. Le chibani se touche le front, les mains en cône, et plie ses yeux. Par lancement, le mal lui revient. Le soleil est à peine levé et comme tous les matins, le vieux harki va faire un tour au camp – ou tout du moins ce qu’il en reste. Il marche au milieu d’un tas d’ordures et paradoxalement son cœur bat plus fort. Il a derechef vingt ans. Ses bambins jouent près de sa femme. Une femme si belle. Cheveux noirs fins et corps en chair, elle s’habillait toujours de cette robe blanche et noire ; une robe qu’elle enlevait le soir, nettoyait, repassait puis remettait le lendemain. C’était toujours le même haillon. Mais ça lui allait comme le diamant posé au doigt d’une princesse. Quelque chose qui brille au milieu de la fange. Car la merde était partout. On pouvait la renifler, la sentir tout autour. A la fin de l’hiver 62, tout le monde pensait se casser d’ici. Ils allaient trouver du travail et s’en aller loin du camp. Mais la plupart sont restés – pas de travail – ils sont restés au camp en attendant un geste de l’État. L’État ? Quel État ? Le chibani ne l’a jamais vu en face. Ombre menaçante, visage inconnu, l’État est ce diable que tous redoutaient certains soirs de pleine lune. Il venait de la mer. Des bruits de vagues cassées, mêlées à des chaînes, faisaient écho dans le crâne de tous. Chacun fermait ses volets et attendait que le monstre passe. On le voyait jamais. Il passait puis il repartait. L’État ressemble tellement à ce diable des mers. Il déambule et ne t’affronte jamais. Le chibani tire sur sa clope. C’est le mégot. Mais il tire quand même dessus jusqu’à n’apercevoir presque plus rien de la roulée. Des pierres roulent le long d’un coteau cerclé de maisons en ruine. A l’intérieur de l’une d’elles, des jeunes au teint blafard. Leurs yeux sont vides, cerclés de noir et de désuétude. Alors le chibani s’avance vers ce groupe. Il en connaît un parmi eux. C’est son neveu et il lui ressemble étrangement ; à part qu’il est trop maigre pour son âge et que sa peau éructe en des points divers. Sa peau crache le pus. Maladie de seringue !… Il s’en fout plein les bras et comme diraient les voisins : « il n’était bon qu’à ça« .

« Hep » leur lance-t-il comme on lance une pierre d’une fronde.

Eux se retournent et demandent au chibani ce qu’il veut.

– « Vous avez pas le droit de faire ça ici, leur acquiesce-t-il. Vous avez pas le droit de mourir ici !

Comment ça on a pas le droit ? Pas le droit de mourir ici ?« 

Le vieux accélère ses phrases. Les mots s’enchaînent et il postillonne presque, comme par colère.

« Vous n’avez pas le droit bande de bâtards ! Vous m’entendez ! Vous n’avez pas le droit de mourir ici !« .

Sur ce, les jeunes se rapprochent du chibani. L’un d’entre eux tient entre ses mains cette fille de pute de seringue. Il la pointe comme un couteau et menace le vieux de fermer sa gueule. Lui hurle d’une voix aussi forte que le bruit d’un moteur diesel :

« Vous n’avez pas le droit de mourir ici !« .

Puis plus rien. Seulement le silence. Les jeunes zappent et le vieux se barre. Il laisse derrière lui, sous un soleil terne, le camp des harkis – enfin l’ancien camp, puisqu’il n’est plus rien aujourd’hui à part ces amas de pierres le rappelant à son souvenir étrange. Nostalgie à la fois tendre et orageuse. Un peu comme ce temps qui flotte au dessus de son épaule. Des rayons de soleil percent à travers les nuages. On dirait des trous de gruyère. Et le vieux pense que ses souvenirs sont faits aussi de gris et de lumière.

 

II

Sa femme l’attend juste devant la porte en bois remplie d’échardes. Elle est assise sur les marches en béton. Ses jambes sont repliées et elle porte un voile transparent. Le vieux passe à côté d’elle, la bouscule légèrement, puis ouvre son chez-lui. Une fois à l’intérieur, il pose sa veste et songe un instant à elle. Sa femme passe ses journées sur le palier de la maison. Au début, son mari avait voulu la corriger. Elle semblait comme une pute tapinant dans la rue. Mais il a eu beau la redresser, rien n’y a fait. Elle a échoué. Plus bas que sous terre, elle languit sans fin après les vers qui viennent la ronger. Devenue cinglée !… Depuis qu’elle a perdu ses deux enfants dans le camp – et depuis plus d’envie, rien ! Le vieux ne voit qu’une femme aussi ridée qu’elle est folle. Puis il va dans la cuisine se servir un caoua bien noir. Des nerfs, il en est plein les veines qui se gonflent comme par instinct. Mais le café relaxe. Ce truc nerveux relaxe les gens nerveux. Et il en boit trois tasses d’affilée.

« Pourquoi vont-il mourir là-bas ?« . Il se répète cette phrase plusieurs fois. « Ces jeunes vont mourir parce qu’ils touchent à ces saloperies… Y’a mon neveu… Il ne m’a pas reconnu… Il est trop défoncé pour me reconnaître« .

Le chibani repense à son frère. Il n’est plus là pour l’élever. Il s’est foutu une balle dans la tête – de ce fusil de guerre ramené du bled. Il ne restait plus rien de sa face et c’est le chibani, l’aîné de la famille, qui a organisé le décès. Depuis il se sent responsable de ses neveux ; et surtout du dernier.

« Il me ressemble tellement. Pourquoi lui ? Pourquoi va-t-il mourir au camp ? Est-ce donc notre sort que de mourir comme des chiens ? Est-ce qu’Allah a voulu qu’on crève de malheur ?« .

Et il se fait une roulée, puis se ressert un café. Sa femme est toujours devant le palier. Elle s’excite sur place. Remue toujours ses doigts en forme de prières. Même geste toute la journée – elle remue ses doigts en forme de prières.

 

III

Il est cinq heures du soir, le chibani essaye son rocking-chair.

Le vieux l’a acheté aux puces à un de ces marchands sales et à demi-gitan. Le rocking lui a été laissé pour 7 euros. Lorsqu’il a ramené cet objet chez lui, personne ne l’attendait avec un sourire. Un sourire qui lui aurait dit : « Ce que c’est beau… Tu as fait une affaire… On le mettra ici où il servira pour cela etc.…« . Non, rien de tout ça. Seulement le vide et le silence. Et aussi cette folle. Assise comme d’habitude. Sans un mot sortant de sa bouche. Personne pour partager sa joie. Alors la joie devient minime, presque inexistante.

Le vieux est maintenant assis depuis plus de deux heures sur ce bout de bois. Il se balance à une vitesse lente, quasi saccadée. Puis il se balance encore jusqu’à entendre le couinement des articulations du rocking-chair. Il aime écouter cette mélodie fausse. Elle déchire ses oreilles ; elle stride comme une fourchette caressant une assiette en porcelaine. Ce son est sa vie, semblable à ce rocking-chair, usé et strident. Sa tête repose presque en arrière et son regard s’absente vers le plafond. Il remarque des fissures. Plus qu’il en est en fin de compte. Il en imagine des milliers et dans ses fissures, il voit ce jeune soldat au teint mat. Deux larges falaises l’encerclent et il marche en leur creux, à l’affût du moindre signe. Derrière lui, un groupe de combattants le suit à pas lents. En haut, le chibani ne distingue rien ; en haut des falaises, il ne voit que des fusils mais personne qui tient les fusils. Puis d’un coup tout explose. Des grenades sont lancées et tous se jettent à terre. Les éclats de bombes achèvent ces hommes en des milliers de bouts de chair. Et dans chaque fissure, il est une embuscade et un soldat au teint mat marchant entre deux larges falaises. Le chibani inspire l’air comme pour reprendre son souffle. Il est fatigué. Trop vieux pour penser, mais ses souvenirs le harcèlent comme un feu ardent. Ils lui brûlent le thorax – pire que l’alcool. Une bouteille de whisky est livrée tous les matins par l’épicier du village. Il en boit un litre par jour, plus la vinasse qu’il va chercher à la cave du coin. Mais le pire est qu’il n’est jamais saoul. Il a beau boire, le passé revient à la charge. Traître ? Harkis ? Héros ? Qui se souviendra de lui ? Musulman ? Vie ratée ? Alcool ? Et tant d’idées mêlées comme les enfants d’aujourd’hui – au sang mêlé. Ses deux mains traversent ses cheveux. Puis d’un coup brusque, il se lève du rocking-chair. Il va vers cette photo. Elle est dans le couloir prés du téléphone. Et à chaque fois, avant de se coucher, il faut qu’il la voit, la caressant des doigts, effleurant le visage pris en photo – c’est celui de sa femme et elle tient entre ses bras ses deux fils. A ce moment, il n’aurait jamais imaginé que leur vie s’arrêterait aux camps. Parfois la maladie frappe juste là où ça fait mal. Comme une sorte de crampe au bide. Est-ce le diable ? La gorge aussi est resserrée par des doigts invisibles. La mort frappe là où ça fait le plus mal « et mes enfants en ont été les proies« .

 

IV

1964 fut le pire hiver, impitoyable pour tous. Les médicaments ne sont pas arrivés. Et il est tombé plus de douze enfants ; douze enfants morts le temps d’un hiver, pendant que d’autres se dorlotaient dans un lit, sous un toit chaud. Les femmes se griffaient le visage. Leurs fils mourraient le plus souvent dans leur bras. Le toubib était là. Mais ce n’était pas un toubib. Juste un infirmier. Il voyait bien que les basanés étaient en train de crever. Mais que pouvait-il faire d’autre ? Speed, cris et larmes, toute la scène était dressée à l’instar d’une tragédie grecque. La mort devait conclure le final et les acteurs n’étaient que des basanés. Des blancs à demi-nègre. Des bougnoules en quelque sorte. Et la scène se terminait toujours par la mort ; la mort de l’enfant. Combien de mères sont devenues folles dans ces moments ? Même des hommes ont pété les plombs et se sont faits sauter la cervelle. Les enfants mourraient. L’hiver persistait dans son froid meurtrier. Personne ne devait sortir du camp. Et de toute façon pour aller où ? La France est si grande. Cet espace si étrange et les gens qui l’habitent si distant. « Pour aller où donc !? » chantaient d’une voix fausse les jeunes du camp. Et le chibani a fait partie de ses jeunes. Lui aussi se demandait « Où aller ? Quel avenir ? Devions-nous faire toute notre vie dans ce camp ?« . Le chibani songe à ces questions du passé. Il en est bien sorti du camp. Dehors, ce fut pire qu’à l’intérieur. Il savait que dehors c’était l’enfer, mais pas à ce point là. Pas au point de baisser sa tête. Pas au point de ne plus être un homme et de marcher la queue baissée comme ces chiens soumis à un environnement menaçant. Fantôme surgit de nulle part, vert, bleu, rouge et la mort qui déferle comme un tourbillon. Le rêve s’incarne dans la réalité. L’enfer était pour lui dehors, et le dehors devenait ce tourbillon. En 1966, il est donc sorti du camp et a obtenu son premier job. A cette époque la bétonneuse était manuelle. Il faisait du ciment. Alors les avant-bras enflaient un peu comme ceux de Popeye. Jusqu’à ressembler à un monstre, un monstre de force, tout simplement un homme bon à ne faire que du ciment ; tremper ses mains dans cette merde à l’aide d’outil de fer, puis la malaxer pour en faire quelque chose de mou. Ensuite, les autres s’occupaient du reste. Le reste n’était pas gratifiant pour un sou. « Mais conduire les machines… Je conduirai des machines » se disait le harki devenu maçon. « Je conduirai des machines !« . Espoir, le mur s’est-il brisé ? Espoir, pourtant le chibani sait qu’il n’existe pas. L’espoir est déchu mais l’illusion est là. Il croit encore. Il croit à il ne sait quoi. Un jour, on saura ce que j’ai fait. Mais pour le moment, tout le monde se contrefout d’un bougnoule qui trempe ses mains dans le ciment. Comme un kleb – du matin au soir – bougnoule bon à faire du ciment.

 

V

Ça fait une semaine qu’il pleut à Rivesaltes. Le vieux harki en revient. Le camp est plein de boue. Les vers ont repris leur territoire. Ils jonchent le camp comme eux l’ont jonché dans un autre temps. Il n’a pas traîné et sa femme semble dans un bon jour. Elle veut exceptionnellement faire un couscous et a besoin de viande. Il renfile sa veste et sort en acheter au marché. Sur la route, il ne croise personne. Car il ne voit personne depuis longtemps. Il suit sa route ainsi : avec les yeux baissés, jusqu’au marché, là, un marchand l’interpelle.

« Hep, tu veux du mouton papi ?« .

Le chibani tend deux à trois sous et le marchand lui vend colliers, côtelettes et abats de moutons. « C’est pas cher » se dit-il. Et en plus la viande vient d’un animal égorgé. Ce qui rend le couscous meilleur ; non plus seulement au goût, mais à l’esprit, à l’âme, ou meilleur à ces choses invisibles qui ne se nourrissent que de choses invisibles.

Sur le chemin du retour, trois jeunes lui demandent une clope. Le vieux ne lève pas les yeux et trace sa route. Les jeunes le suivent et l’insultent en même temps. Le chibani n’accélère pas le pas pour autant. La peur de mourir lui est partie depuis si longtemps. S’il mourrait maintenant, ce serait même un soulagement à sa vie de chien. La peur de mourir, c’est bon pour ceux qui croient encore à la vie ! Soudain, un de ses poursuivants l’agrippe par la nuque et le fait chuter sur le bord du trottoir. Le vieux a l’impression d’avoir le bras cassé. Il hurle en arabe d’aller se faire foutre. Ça enrogne ses agresseurs qui s’acharnent à coup de pieds sur ses os maigres. C’est alors que le plus âgé sort un couteau et lui taillade le visage en croix. Les autres s’emparent des quelques centimes qui traînent dans sa poche.

« Pourquoi ne m’ont-ils pas tué ? Pourquoi me laissent-ils en vie ?« 

Les jeunes prennent la fuite. Ils sont du village. Le vieux ne cherchera pas à se venger. Ça fait belle lurette qu’il est mort – et qu’une autre mort ne fera qu’accélérer sa marche vers l’enfer.

 

VI

Les poules, les barbelés et les moutons réapparaissent dans sa tête tels de vagues souvenirs. Son corps est absent, couvert de sang, mais il sent encore le vent lui caresser le front. Couché sur le dos, contre le sol froid de la rue, il repart ainsi dans le passé. Il remonte très loin jusqu’au calendrier musulman qui s’impose progressivement aux contraintes administratives du camp. Les fêtes religieuses sont célébrées. La fête de l’Aïd, qui marque la fin du jeûne et du Ramadan, est certainement la plus importante d’entre toutes. Dans un hangar spécialement aménagé par l’armée, les hommes égorgent les moutons sous le regard admiratif des enfants. Les transistors émettent toujours dans chaque foyer Radio Alger. Les femmes reprennent leurs habitudes domestiques et coutumières. Elles ont les mains orangées par le henné. Elles vont chercher l’eau à la fontaine du village. Elles lavent le linge ensemble au lavoir municipal. Elles prient en aparté et éduquent les filles et les garçons « à la musulmane ». Les hommes les plus vieux, vont quotidiennement prier dans un coin du camp. Accompagnés d’un sceau rempli d’eau, ils lavent méticuleusement les extrémités de leurs corps : les mains, les pieds et le contour du visage. Accroupis et orientés vers l’Est, ils prient jusqu’à cinq fois par jour. Jouant aux dominos, fumant leur cigarette et buvant leur café, les anciens accompagnent également les hommes plus jeunes par de longues discussions. Ils parlent alors de l’Islam, de la famille, de leur femme, de leurs enfants, de la chance d’être en vie dans cette terre nouvelle. Les bagarres fréquentes, entre kabyles et arabes, ou entre arabes provenant de régions différentes, ou bien encore, entre des familles ennemies et provenant d’un même village, assurent quant à elles leur rôle de divertissement et de spectacle à l’intérieur du camp. Les enfants jouent pieds nus. Des jeux qui rappellent ceux des enfants pauvres des ghettos latins. Leur ballon de foot est fait à partir de vieux chiffons récupérés, puis mouillés et enlacés les uns sur les autres jusqu’à obtenir une forme ronde. Des objets ou des détritus divers, hérités du passé de cette « terre d’accueil », errent un peu partout entre les dunes artificielles situées juste derrière le camp. Ils se transforment dans l’imagination des enfants, en des jouets qui excitent chez eux la curiosité ou l’envie. Les moutons qui sont laissés en liberté dans le camp quelques jours avant la fête du grand Aïd, deviennent en plus leurs compagnons de jeux occasionnels. Les enfants n’hésitent pas à monter sur leur dos et à organiser des courses. Même l’école devient un espace de jeu et de rire. Ils y vont ensemble et se connaissent tous. Située au centre du camp, elle est dirigée par des françaises aux cheveux courts. Puis le temps se couvre. Le ciel se voile. Le tonnerre gronde. Bruit de balles et de fusils dans tout le camp, les enfants ne jouent plus. Les mères pleurent et se griffent la peau jusqu’au sang. Les hommes se battent entre eux… Le soldat au teint mat est revenu… Et il vient s’asseoir au milieu des bébés morts.

 

VII

Des voitures passent. La rue est éclairée. Personne n’y fait cas. « Un clodo » se disent quelques badauds et c’est tout. Le vieux harki pisse encore plus le sang, laissé pour mort au fond du caniveau. Dernières pensées… Les souvenirs fusent comme des balles tirées par les fellagas ; de ces balles qui vous transpercent l’épaule, la tête ou le reste du corps. Après l’Indochine, il y a eu l’Algérie. Et après l’Algérie, il n’y a plus rien. Plus d’espoir. Plus de croyance. Même pas en Allah. Tout n’est qu’hypocrisie. Il n’est plus rien à part le vide dans lequel se noyer. Car le vide est plein d’eau. Une grande piscine dans laquelle vos pieds ne touchent pas le sol. Et si vous ne savez pas nager, vous sombrez en silence. « Aurais-je dû me foutre une balle dans la tête ? Comme mon frère, en finir avant l’heure ? Après l’Algérie, il n’y a donc plus rien ?« . De toute façon, ce monde est déjà noyé – trempé dans les illusions de toutes sortes, vide de tout – ce monde est déjà noyé ! Le chibani n’est pas le seul à ne pas savoir nager. Qui sait donc nager ? Il repense à la guerre. Et aussi un peu à vous. Il va bientôt clapser sur le bord d’un trottoir – seul comme d’habitude. Et vous l’avez déjà oublié. Utile à vos œuvres, il n’était plus utile à rien. Moins qu’une cloche. Mais son âme vole encore. Dans vos quartiers, au milieu de vos poubelles, entre les pisses de rats et les fientes d’oiseaux gavés, le soldat sera toujours là. Les esprits tourmentés restent avec nous. Le vieux est peut-être déjà mort à l’heure où je raconte son histoire, et il me dit d’arrêter ici… D’arrêter de quoi ?… De croire, d’espérer, de vivre me répond-il… Car c’est la fin… Ne le voyez donc vous pas ?… Que c’est la fin…

 

MÉTHODOLOGIE / CRITIQUE MÉTHODOLOGIQUE SOCIO-LITTÉRAIRE (CONTRIBUTION À UNE RECONNAISSANCE DE LA LITTÉRATURE DANS LE DOMAINE SCIENTIFIQUE)

par Emmanuel SABATIE

« Pour croire en mes pensées, il faut que je cesse de croire en moi » (J. BOUSQUET, Le Médisant par bonté, Gallimard).

Le texte n’est accessible qu’en contactant l’auteur, qui publie au Cherche-Midi Éditeur un roman, fin octobre 2010.

Le 19 Octobre 2003, l’auteur a reçu le Prix Gaston BAISSETTE de la Nouvelle à l’occasion des 61ème Jeux Littéraires Méditerranéens pour son texte « Sursis au Soleil » premier extrait de son recueil Histoires de Cercle. « Les déracinés » forme la dernière nouvelle de ce recueil.

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