HISTOIRE / QUID DE L’HUMOUR ? par Nicolas GODIN, Mélanie LAUZON, Christine MESLIN, Alexandra MUNGER

Bien que la plupart d’entre nous y ont souvent recours, mais parfois inconsciemment, d’autre essai tant bien que mal de la manier. Ces derniers se le demandent encore : qu’est ce que c’est l’humour exactement ? Ce n’est pas seulement un paquet de moyens que l’on utilise pour faire rire les gens, comme on croit le plus souvent. Et ce n’est pas non plus les blagues du beau-frère les dimanches après-midi. Non, non ! C’est un peu plus compliqué que cela. Comme tout ce qui brille n’est pas or, tout ce qui se rattache à l’humour ne fait pas nécessairement rire ; et tout ce qui fait rire n’est pas nécessairement de l’humour. Plusieurs théories ont été faites sur l’humour pour expliquer ce qu’il est. Et certaines d’entre-elles remontent à bien plus loin que nos humoristes d’aujourd’hui. Voyons donc quelques-unes de ces théories.

 

THÉORIE SUR L’HUMOR

 

Il faut tout d’abord savoir que le mot humour est le dérivé de humor qui désignait, dans l’antiquité, quatre principaux fluides corporels : le sang, la bile, la pituite et l’atrabile. Des médecins du premier siècle de notre ère, comme HIPPOCRATE ou GALIEN, croyaient que le corps humain était constitué de ces divers liquides. La santé et l’humeur dépendaient de l’équilibre entre ces quatre fluides. Par exemple, si une personne a beaucoup de sang dans son système, elle aura un caractère sanguin, et sera chaleureux et aimable, tandis qu’une personne qui a beaucoup de bile dans le corps sera flegmatique et angoissée (d’où l’expression « se faire de la bile » qui est resté aujourd’hui). GALIEN croyait que l’humour était un état des humors parmi d’autres et était aussi causé par un de leur mélange bien spécifique. Ce déséquilibre qu’était l’humour était considéré, comme la colère, l’angoisse ou l’excitation, comme un état anormal, une maladie, et devait donc être guérit. Tant pis pour les farceurs de l’époque !

 

VOLET HISTORIQUE

 

L’humour, en tant qu’expression de l’agressivité, possède fièrement une longue tradition. Il est possible de voir une de ses premières apparitions dans la Bible où il est présent avec une connotation agressive. Ensuite, les penseurs grecs se sont également penchés là-dessus. PLATON situait la source principale du rire dans le ridicule des autres et dans l’attaque de leurs faiblesses. ARISTOTE, lui, pensait que le rire donnait le plaisir d’abaisser l’autre : rire de quelqu’un, c’est le rendre ridicule et répugnant. Le rire était si fort dans la Grèce Antique qu’on lui attribuait une force magique. C’est un pouvoir qu’on pouvait retrouver dans plusieurs légendes. Par exemple, celle d’ARCHILOQUE, l’inventeur des vers iambiques et de la satire. ARCHILOQUE était le fils d’un prêtre et d’une esclave et il avait reçu la promesse du père de sa bien-aimée qu’il pouvait la marier. Plus tard, le père découvrit les racines du jeune homme, et donc, il revint sur sa parole qu’il ne consentait plus au mariage. ARCHILOQUE, vexé, composa des vers où il se moquait du père et il décida de les lire en public, ce qui fit d’eux la risée générale. Le père et la fille, ne pouvant plus supporter le ridicule, décidèrent de se suicider.

Par contre, il n’y a pas seulement les anciens Grecs qui utilisaient l’humour comme instrument d’attaque. Au Moyen-Âge, les tribus arabes utilisaient cela dans les combats, encore sous la forme de satire nommée « Hidja« . Un poète quelconque, avant la guerre, composait des satires ridiculisant l’ennemi. Lorsque la tribu partait pour sa bataille, le poète était à la tête des guerriers et déclarait ses vers. À la fin de la bataille, le poète avait les mêmes honneurs que les héros qui combattaient aux sabres. Selon certaines sources, l’origine du rire se trouve dans l’évolution du combat physique, chez l’homme primitif. En effet, lorsque le combat était terminé, le vainqueur relâchait, grâce au rire, la tension que l’effort physique lui avait imposée. Le vaincu devait rééquilibrer sa tension d’une manière très différente ; en pleurant. De plus, suite au combat, le vaincu en sortait généralement avec des ecchymoses qui étaient très visibles. Plus tard, la simple vue de ces déformations engendrait le rire, ce qui augmentait la supériorité du vainqueur. Ce serait de cette manière que le ridicule et aussi la peur de faire rire de nous seraient nés ; donc la peur d’être « perdant ».

Avec le temps, le combat intellectuel a graduellement remplacé le combat physique. C’est en fait le même principe que le combat physique (désir de vaincre, forte compétition, le vainqueur rie ; le perdant est embarrassé) mais avec des mots…

 

THÉORIES SUR L’HUMOUR(1)

 

L’humour possède plusieurs fonctions : il en va de la fonction agressive pour aller jusqu’à la fonction sexuelle tout en passant par les fonctions sociales, défensives et intellectuelles. D’un point de vue d’ensemble, il s’agira de bien expliquer ces fonctions pour mieux comprendre à quoi sert le fait de rire des autres, de soi, ou des sujets tabous. Il faudra commencer par décrire à quel point l’humour peut s’avérer une arme défensive et offensive.

Dans la vie de chacun, il y aura toujours des obstacles qui empêcheront d’arriver à nos fins. Ce qui en résulte un sentiment d’insatisfaction et de « frustration » qui donnent plusieurs sortes de réactions, dont la plus courante est l’agressivité. La plupart du temps, on défoule cette agressivité vers les choses qui ne risquent pas de nous rendre la monnaie de notre pièce ; par exemple, le fameux marteau et son compagnon le clou. Dans les relations humaines, l’agressivité produite par les frustrations se dirige surtout vers l’infériorité. Lorsque nous sommes devant nos égaux ou nos supérieurs, il est plus difficile de disposer de la frustration. Donc, l’humour permet justement un excellent camouflage.

On peut aussi relier la fonction agressive de l’humour à une autre théorie : la compensation d’un sentiment d’infériorité. En effet, on utiliserait parfois l’humour agressif pour compenser le complexe d’infériorité, qui serait un stade normal au développement de l’être humain. Il y a plusieurs exemples historiques qui prouvent cette théorie. Par exemple, NAPOLÉON qui, malgré sa petite taille, a réussit de grandes conquêtes, l’ascension de ROOSEVELT à la présidence en compensation de sa paralysie, etc. Alors, on remarque qu’un des moyens pour arriver à prouver sa propre valeur serait l’humour.

Bref, l’humour permet de dire ou de proposer des idées désagréables, sans avoir à redouter les réactions violentes ou les représailles qui pourraient normalement s’en suivre. Au contraire, si la « victime » de la farce ne rie pas ou ne reconnaît pas les règles du jeu, elle sera accusée de ne pas avoir le sens de l’humour. Ce qui veut dire que pour détenir une bonne défense, l’humour doit être sur le même ton que son adversaire.

Ensuite, on pourrait dire que l’humour a une fonction sexuelle. La plupart des recherches sur le sexe ont été dévoilées par FREUD qui osa percer un de ces sujets les plus tabou. Il explique que la sexualité, comme l’agressivité, se heurte à des interdictions puissantes dans notre société. Donc, son expression est réprimée et une certaine quantité d’énergie psychique doit être utilisé pour l’endiguer. L’humour permet donc de s’exprimer d’une façon socialement acceptable et détournée. C’est ce qui permet de libérer cette énergie psychique qui était utilisée pour bloquer les pulsions. Évidemment, cette théorie s’applique seulement à l’époque de FREUD où, par exemple, une femme aurait pu provoquer des battements de cœur aux hommes seulement en montrant sa cheville. C’est à se demander s’il dirait la même chose en voyant la société d’aujourd’hui (revue, film, et tout autres choses portant sur le sexe). Donc, la conséquence logique de la théorie freudienne pourrait être ceci : plus le tabou de l’expression de la sexualité diminue, moins il devrait se manifester par des voies détournées comme l’humour.

L’humour sexuel peut aussi être utilisé pour rabaisser certaines personnes. Effectivement, le fait d’imaginer un politicien nu à l’apogée de sa carrière fait beaucoup plus rire que d’imaginer un homme nu de cinquante ans et bedonnant. Un autre aspect de l’humour où la sexualité est utilisée pour abaisser autrui se trouve dans le personnage du « cocu ». Ce sujet fut utilisé dans plusieurs comédies comme celle de MOLIÈRE ou de LABICHE. Si nous prenons un personnage politique et nous apprenons qu’il est cocu, et bien son prochain discours sur les forces de l’ordre ne serait aucunement prit au sérieux. Par contre, un fait intéressant, la femme cocue ne sera jamais ridiculisée car on la prendra en pitié puisqu’elle a été trompée.

Évidemment, l’humour permet d’aborder plusieurs sujets comme l’homosexualité, l’impuissance, etc. Quand on les ridiculise, on réussit à les dominer et à réduire leurs effets. Pour ce qui est de la sexualité, FREUD a cherché à comprendre. Selon lui, la population entière est bisexuée. Une tendance homosexuelle reste latente toute notre vie. Cette tendance inconsciente, et parfois préconsciente, nous fait craindre tout ce qui est lié à l’homosexualité ; d’où l’existence d’un vaste répertoire de farce dirigé contre les homosexuels.

L’humour influence aussi les rapports humains. Donc, il est possible de lui attribuer une fonction sociale. Peu ont osé soutenir qu’il était également possible de changer le monde par ce moyen. Une farce placée au bon moment peut très bien détendre l’atmosphère, ou lorsqu’un comportement spécifique est tourné au ridicule, ce comportement ne peut qu’être amélioré. De plus, le rire se vit en société puisqu’il est vrai qu’on ne rit, la plupart du temps, qu’avec un autre individu.

MOLIÈRE a écrit dans sa préface à Tartuffe : « Le but de la comédie est de corriger les vices de l’homme« . Charlie CHAPLIN pensait lui aussi que l’humour pouvait rendre les gens « conscients des injustices de la vie« . Donc, on pourrait voir l’humour comme un instrument de justice qui est utilisé, bizarrement, par certaines sociétés. Par exemple, il y a les Inuits qui l’utilisaient pour cette raison. En effet, deux personnes se faisaient juger et celle qui se faisait le plus ridiculiser perdait sa cause. Cette fonction de « justice sociale » est à la base de l’humour sociopolitique, connue principalement sous la forme de satire.

Lorsque nous retrouvons des nations, des états ou des provinces qui possèdent des endroits institutionnalisés, comme des théâtres de chansonniers où les gens peuvent se laisser emporter, rire et se détendre aux dépends du gouvernement, on voit que ça permet de faire baisser l’hostilité des gens et d’empêcher de manifester la malveillance sous des formes plus dangereuses. Malgré tout, dans certains cas, les chansonniers vont aider leur gouvernement sans même le savoir.

Le sourire est vraiment à la base du rire et apparaît au cours du développement de l’enfant. Avec l’âge, le sourire est plus souvent provoqué par l’humour que par l’amusement. Bref, « l’humour peut être considéré comme une création sociale dont l’objet principal est d’établir des relations entre les personnes« . Plusieurs humoristes confient que dans leur jeunesse, alors qu’ils faisaient rire, ceux-ci devenaient plus sympathiques aux autres. Ainsi, pour s’intégrer, un des meilleurs trucs consiste à se faire humoriste. On peut même aller jusqu’à dire que l’expression humoristique accorde, à son auteur, une position privilégiée dans le groupe.

BERGSON énonce aussi qu’il est parfois possible de rire lorsqu’un comportement est anormal. Par exemple, dans un groupe de hippies, une personne qui s’habille avec un costume et une cravate va sûrement déclencher quelques rires. Alors, il va probablement se présenter avec d’autres vêtements différents la journée suivante. Donc, on peut attribuer à l’humour une petite fonction de communication. L’humour a aussi un rôle important au niveau des amis. Par exemple, si une personne montre à un ami une caricature qu’il trouve particulièrement drôle, mais que l’ami en question ne rit pas, la personne se sentira offensée puisqu’elle croit que son ami juge son humour. D’un autre côté, si une personne réussit à faire rire quelqu’un qu’il vient de rencontrer, il sera porter à vouloir lui reparler et il deviendra peut-être, dans l’idéal, un ami.

L’utilisation du « bouc émissaire », servant de cible pour les blagues et les anecdotes, est utilisée pour renforcer les liens qui existent dans un groupe. Par exemple, les québécois concentrent souvent leurs blagues ironiques sur les français ; ce qui renforce leur lien d’être québécois pur laine. En plus de voir apparaître un sentiment de supériorité, comme on a vu ci-haut, le fait d’avoir un bouc émissaire permet d’atténuer l’agressivité et les frustrations du groupe. Malheureusement, l’utilisation de ce genre de victime n’est pas toujours bien car dans certaines situations, le souffre-douleur est obligé de subir ces farces à son égard, comme par exemple, à l’école ou dans les parcs. On pourrait même comparer cet humour au mercure : quand on le touche, il change de forme, puis se transforme en un nouveau bloc. Il en va de même pour les groupes d’humour. Encore une fois, comme le mercure, l’humour irradie tous les éléments qui créent la dynamique d’un groupe !

Maintenant, il serait intéressant d’explorer la fonction défensive de l’humour. Le rire nous délivre du malaise, de la tension, de même que de l’angoisse. Plus le danger est grand, plus le plaisir du soulagement sera puissant lorsque tout danger sera écarté. Donc, on peut dire que l’humour, principal raison du rire, est un moyen de défense aux situations qui provoquent des sentiments d’angoisse. Dans la perspective psychanalytique, plusieurs conceptions ont été développées pour décrire ces mécanismes de défense comme par exemple, la « rationalisation ». Ce mécanisme consiste à inventer de bonnes raisons pour s’excuser des échecs qui pourraient menacer l’image que l’on a de soi. Un autre moyen de défense pourrait être l’humour noir. En effet, celui-ci permet de nous défendre contre les situations qui provoquent une certaine peur. On peut donc l’utiliser en ridiculisant les menaces qui peuvent être la maladie, la guerre et beaucoup d’autres choses. C’est ce qui nous permet de persuader qu’on n’a aucunement peur. Ce genre d’humour peut aussi transformer des choses horribles en véritables plaisanteries. Bref, au lieu de s’apitoyer sur ses propres malheurs, ce genre d’humour permet d’en rire et de s’en libérer.

L’humour défensif a aussi un tout autre côté qui peut être considéré : l’humour à ses propres dépends. En effet, le fait de se moquer de soi-même est un très bon moyen de défense. L’auto-dérision, dans son terme plus scientifique, montre un degré plus élevé d’acceptation de soi. Donc, un moins grand nombre de remarques peuvent diminuer psychologiquement l’individu car il connaît ses propres défauts mieux que tous. Bref, nous désarmons l’adversaire. Nous pouvons prendre exemple sur Mario JEAN qui parle souvent de sa grosseur lors de ses « sketchs ». On peut aussi remarquer que l’humour noir et l’auto-dérision possèdent un lien : ils permettent de conserver une bonne image de soi et de sauvegarder son équilibre mental.

Dernièrement, on voit aussi une fonction intellectuelle dans l’humour. Un certain chercheur, BERGLER, pensait que « le plaisir intellectuel que nous éprouvons dans l’humour est une expression de vengeance contre nos parents et nos enseignants qui nous prescrivent comment nous devons parler« . En jouant avec le non-sens et en déformant les mots de différentes manières, nous devenons beaucoup plus puissants. Cet humour (intellectuel) reflète nos capacités d’élargir notre intelligence car il nous incite à créer des liens qui, à la base, n’existent pas.

 

MÉCANISMES PLAQUÉS SUR LE VIVANT

 

On ne se pencha pas davantage sur la question de l’humour que vers la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle. Henri BERGSON, un philosophe français, est arrivé à établir une théorie applicable à toutes les formes de l’humour : le geste, le mouvement, l’action ou la parole. Il y est parvenu en se questionnant sur l’opposition entre l’aspect changeant de l’humour et son côté mécanique. On peut en effet remarquer que, ce qui fait rire est non seulement variable et d’apparence irrationnelle mais aussi répétitif et prévisible, comme un mécanisme. D’après BERGSON, l’humour provenait de la représentation d’une machine ou d’un mécanisme, uni à la réalité instable de la vie. BERGSON considérait, comme DESCARTES, que le corps de l’homme était en fait une machine. Et lorsqu’un homme court dans la rue, trébuche et tombe, les gens vont rire parce que son corps apparaît comme une machine rigide qui voudrait convertir la situation à sa propre inertie, mais n’y parvient pas. L’idée que la machine, supposée être infaillible, puisse perdre le contrôle aussi bêtement que par la faute d’une roche provoque les rires.

BERGSON donne aussi l’exemple du domino qui tombe et fait s’effondrer toute une rangée de dominos. Ces dominos alignés représentent, pour l’observateur, un mécanisme quelconque. Le principe d’un mécanisme n’est évidemment pas d’aboutir à une catastrophe, une destruction ou l’écrabouillement d’une rangée. Dans le cas de l’homme qui trébuche ou des dominos qui tombent, comme dans d’autres situations de ce genre, la représentation d’un mécanisme, ou d’une machine a été dérangée par les évènements dans lesquels elle apparaît.

Pour BERGSON, le fait de déloger l’attente qu’on avait d’un mécanisme par une situation inattendue de la vie se résume à être de l’humour. C’est pourquoi BERGSON croit qu’il « est comique tout arrangement d’actes et d’événements qui nous donne, insérés l’un dans l’autre, l’illusion de la vie et la sensation nette d’un agencement mécanique« (2). Il emploie le terme « mécanisme plaqué sur le vivant » pour désigner l’impression de mécanique rigide superposée à du vivant adapté qui est à l’origine de l’humour.

 

THÉORIES BIOLOGIQUES

 

Une récente étude(3) a démontré que lorsque des personnes écoutent de bonnes blagues, une partie très précise de leur cerveau est largement utilisée pour comprendre pourquoi la blague en question est drôle. Évidemment, les chercheurs ont découvert cela en utilisant le Magnetic Resonance Imaging, un appareil médical utilisé pour prendre les images des organes internes comme le cerveau. Cette région serait située à l’arrière des lobes frontaux et les gens qui ont des dommages à cette partie perdent leur sens de l’humour. Cette partie réagit lorsqu’il y a un effet de surprise ; ce qui ressemble à ce qu’une farce peut effectuer. De plus, lorsqu’ils ont comparé le cerveau avant un « punch » et le cerveau après ce « punch« , les chercheurs ont remarqué, à la fin de la blague, qu’il y avait beaucoup d’action dans le cortex préfrontal, partie avant du cerveau. Sans cette partie, l’humain ne pourrait tout simplement pas rire d’une bonne blague.

Il est intéressant de mentionner que le type de blague utilisée va faire réagir différentes parties du cerveau. Par exemple, une blague cognitive, qui se rapporte au raisonnement et à l’apprentissage, va faire réagir la région qui décode le langage. Pour ce qui est des blagues phonétiques, qui sont des jeux de mots ou des calembours, elles stimulent la région qui traite les sons. Donc, chaque farce est rie de différentes façons.

Une autre recherche(4), où est utilisé un électroencéphalogramme pour visionner ce qui se passe dans le cerveau, expose les parties qui sont sollicitées lors du rire. Le lobe frontal, qui implique les réponses émotives, devient très actif, tandis que le côté gauche du cortex cérébral analyse les mots et la structure des blagues. De plus, l’hémisphère droit du cortex met en jeu les capacités intellectuelles pour comprendre la farce et, finalement, la section motrice du cerveau donne l’effet physique du rire.

La grande question est : « Pourquoi rit-on ?« . Certains spécialistes pensent que le rire est une façon pour le cerveau d’évaluer certaines situations qui mettent en jeu nos émotions. Notre réaction est influencée par l’effet de surprise ou plutôt le « punch » mentionné plus haut. Donc, ce serait avec le rire que notre cerveau évalue l’effet de surprise.

L’humour possède plusieurs avantages, dont celui de garder en santé une personne. En effet, le rire s’avère un excellent remède contre l’anxiété et la déprime. Le rire provoque, comme Bernard RAQUIN, spécialiste du bien-être le dit, une gymnastique corporelle qui réussit à masser les organes et stimuler leurs fonctions. Elle réussit aussi à améliorer la circulation de l’oxygène qui déclenche bien-être et euphorie. Le rire, tout comme l’excitation, agit sur la peau et le système sympathique qu’il stimule et accélère. En agissant sur de nombreuses parties du corps, le rire tonifie les organes et stimule les défenses immunitaires.

Évidemment, l’humour apporte d’autres bénéfices : il éveille l’esprit, stimule la mémoire et développe la créativité. Au niveau biologique, lorsque nous rions, le corps produit des endorphines, ce qui provoque un sentiment qui ressemble parfois à de l’extase. Lorsque que le rire est utilisé à titre préventif, il réduit les risques d’accidents cérébraux, cardio-vasculaires et les dépressions.

Le rire peut aussi agir comme une excellente respiration. Sous l’effet du rire, le diaphragme, organe qui sert à séparer les poumons, se détend. Lorsqu’une personne respire mal ou ne rie pas, le dioxyde de carbone qui est dans ses poumons n’est pas évacué car l’organisme ne reçoit pas assez d’oxygène. Quelques activités peuvent remplacer le rire comme les sports intenses (aérobie, jogging, tennis) ou l’acte sexuel passionné.

 

THÉORIES PSYCHOLOGIQUES

 

Pour ce qui est de théories psychanalytiques de l’humour, il sera plus facile de commencer par l’effet : le rire. Beaucoup de théories d’ordre biologiques ont été faites sur le rire mais voyons plutôt comment la psychologie parvient à l’expliquer. Pour plusieurs psychanalystes, dont Sigmund FREUD, Charles MAURON et Sarah KOFMAN, le rire est le résultat d’un phénomène économique de l’énergie psychique(5). D’après eux, lorsqu’on se fait des prévisions ou des représentations mentales du futur, nous faisons une accumulation d’énergie psychique. Mais puisque, bien souvent, l’énergie accumulée n’est pas celle dont nécessitait l’évènement à venir, nous nous retrouvons avec un surplus. Si ce trop plein d’énergie est évacué lentement au cours de la réalisation de l’événement, il en résultera un sentiment de triomphe face à une angoisse quelconque.

Mais si, au contraire, la réalisation de l’événement est brusque, l’évacuation de l’énergie psychique se fait sous la forme d’une sorte d’éclatement, d’une explosion. Charles MAURON prétend qu' »elle se fait physiquement, dans ce petit accès d’épilepsie qu’est le rire« (6). Ce phénomène se nomme l’économie d’affect.

Ce qui fait rire est donc le fait de briser brusquement une attente ou une idée précise que l’on s’était faite du déroulement d’un évènement à venir. Cette théorie peut facilement expliquer pourquoi les procédés humoristiques emploient, la plus part du temps, une chute rapide et inattendue.

Par contre, le triomphe d’une angoisse peut, elle aussi, provoquer l’éclatement d’énergie psychique. Par exemple, pour la psychanalyse, dès son plus jeune âge, un enfant est bien vite assaillit par d’innombrables angoisses. La première qu’il ait provient de la peur d’être dévorée. Ainsi, on peut voir que dès qu’un bébé a compris que les grimaces faites devant lui n’ont rien de menaçant, il éclate de rire, libérant ainsi l’épargne d’énergie accumulée. Et plus tard, c’est le « coucou » bien connu qui fait rire le bébé en détruisant brusquement l’angoisse et la peur d’être abandonné. Au cours de notre développement, les causes du rire vont évoluer parallèlement à l’évolution des angoisses. Voilà ce qui explique pourquoi les mimiques d’un dinosaure mauve ne font plus rire Papy et pourquoi Junior ne trouve pas drôle que les impôts soient si peu élevés cette année.

Comme on l’a compris, l’économie d’affect procure une certaine forme de plaisir. Et en psychanalyse, l’humour intervient lorsque l’on provoque volontairement cette forme de plaisir quand on en ressent le besoin.

 

Notes :

(1) A. ZIV, J.-M. DIEM, Le sens de l’humour, Dunod, Bordas, Paris, 1987.

(2) Laughlab Discovers the Brain’s Funnybone, (page consultée en ligne le 18 avril 2003), adresse URL : http://www.laughlab.co.uk/brainsFunnyBone.html.

(3) BRETON, René, La science du rire, (page consultée en ligne le 18 avril 2003), adresse URL : http://www.lesdebrouillards.qc.ca/AfficheTexte/Journal.asp?DevID=1204.

(4) ZIV Avner, National styles of humor, p.XI.

(5) JARDON, Denise, Du Comique dans le texte littéraire, Belgique, éditions De Boeck-Duculot, 1988, p. 15.

(6) MAURON, Charles, Psychocritique du genre comique, Paris, José Corti, 1970, p. 19.

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