EDITORIAL / DE L’HARMONIE DES SPHÈRES par Olivier BRIFFAUT

« Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons« 

(P. VALÉRY, Regards sur le monde actuel, « Fluctuations sur la liberté », Gallimard).

 

L’on entend dire de-ci de-là sur fond d’harmonisation européenne que le service public à la française se doit de rester fort, ou, au contraire, que son fonctionnement et l’étendue de son domaine sont surannés…

Dès la Révolution française, il s’est agi de débattre du poids respectif des domaines public et privé : privatiser ou nationaliser ? Alexandre MILLERAND disait à l’aube des années cinquante : « La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle féodalité cosmopolite les forteresses qu’ils lui ont ravies pour la dominer : la Banque de France, les chemins de fer, les mines« . La question est bien de savoir quels sont les biens qui ne sont pas susceptibles d’appropriation privée. Entre domaine privé et donc liberté individuelle et intérêt particulier, et domaine public et donc intérêt collectif, le débat a toujours fait rage et suscité de vifs échanges à l’Assemblée nationale (Jacques TOUBON ira jusqu’à dire en 1981 pendant des débats houleux : « Ça va se terminer mal, par un coup de poing dans la gueule (…) »). Mais les choses ne sont pas si simples. Des biens de l’État ne sont pas affectés à un service public et sont régis par des principes de droit privé : ils relèvent du domaine privé ; des entreprises privées rendent des services publics… Et le temps fait ses œuvres, faisant justement tomber nombre d’entre elles, littéraires, musicales, artistiques, dans le domaine public, expropriant de fait les auteurs et héritiers, les premiers, légitimement avides de public (lire l’excellente analyse sociologique de Jean-Marc RÉMY) !

Jusqu’où doit porter le droit de regard public ? La lecture de l’analyse audiovisuelle sur la censure d’État de Franck CARANETTI est à cet égard éclairante.

Il s’agit de dessiner au sein de toute société la ligne séparant les sphères publique et privée, jusqu’au niveau de chaque individu, à la fois homme privé et homme public… dans quelles proportions ? (Lire la contribution en éducation de Raphaël FRANGIONE).

De l’harmonie des sphères… Un impossible projet politique ?!

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