AUDIOVISUEL / ÉCHEC ET MAT… LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LES DEUX TOURS par Marc PETIT

Le décevant premier volet de cette adaptation tant attendue souffrait de lourdeurs, partiellement excusables, car inhérentes à la transposition d’une œuvre monumentale. Une fois le décor planté, on pouvait espérer, si ce n’est un grand film, au moins une nette amélioration. Hélas, le style est lourd et les effets spéciaux, même somptueux, ne suffissent toujours pas à faire un bon film. Quel dommage !

BOROMIR est mort, le magicien GANDALF LE GRIS a disparu et les héros, abandonnés il y a un an, sont maintenant dispersés aux quatre coins des territoires de ce curieux monde. Deux Hobbits, FRODON et SAM, errent dans les collines à la recherche de la Porte Noire du Mordor. Ils y rencontrent une bien étrange créature qui leur servira de guide. Deux autres petits bonhommes, MERRY et PIPPIN réussissent à échapper aux Uruk-Hai en pénétrant dans une forêt interdite dont les arbres se déplacent et sont doués de parole : ces nouveaux venus sont les moins excités du lot mais il ne faut pas trop les chercher quand même. Enfin, ARAGORN, l’elfe LEGOLAS et le nain GIMLI rejoignent THEODEN, roi mourant, manipulé par SAROUMANE, via son espion « Langue de Serpent ». Et GANDALF revient, encore plus puissant mais tout blanc. Accrochez-vous et bonne chance !

 

CHRONIQUE D’UN ÉCHEC

 

L’avantage de ce deuxième épisode est sans conteste d’être débarrassé de l’écueil d’une présentation qui nous avait paru si indigeste l’an dernier. D’ailleurs, il faut mieux avoir révisé avant d’entrer dans la salle. Ici, aucun récapitulatif des lieux, personnages ou événements. Une scène de combat ouvre les hostilités de façon abrupte, se terminant par une chute vertigineuse, apparemment sans fin. Elle s’avère n’être qu’un rêve. Un rêve dans ce monde onirique ? Y aurait-il une volonté de mise en abyme ?

On est très vite rassuré à ce sujet : tout est, et restera, au premier degré. La seule réflexion qu’on puisse percevoir est celle offerte par un plan d’eau. Le reflet est celui d’une tête de mort : réfléchir serait-il mortel ? Pour ce film, sûrement. Mais voilà, on ne va pas voir le Seigneur des Anneaux pour devenir intelligent. On y va pour passer un moment « différent », s’évader dans un autre monde, retrouver la nostalgie des lectures d’enfance et le plaisir de s’assoupir avec des paysages grandioses en tête, pour s’identifier une nouvelle fois à ces héros dont les combats homériques nous ont tant fait rêver. Un film pour lecteurs en somme. Un film pour spectateurs endormis aussi. Mais quel plaisir peuvent bien trouver les non-initiés dépourvus de cet éventuel plaisir de reconnaissance ?

En effet, ce n’est pas un hasard si la campagne de promotion que relaie les médias met l’accent sur la qualité des effets spéciaux : il y a peu de choses à dire, mis à part : c’est étonnant, stupéfiant d’un point de vue technique. Et c’est tout. Car, à partir de ce grand classique, Peter JACKSON, à aucun moment, ne nous laisse espérer un grand film.

Toute l’énergie et les talents en œuvre se concentrent sur ces prouesses techniques. Et la patte du grand coordinateur de ce projet est bien discrète. On peut s’en rendre compte de façon flagrante dans l’absence de transition entre les trois récits qui constituent ce nouvel épisode. On passe d’un bloc à l’autre sans qu’à aucun moment, un minimum d’inventivité rende ces passages plus fluides ou simplement naturels. Mêlant sans cohérence flash-back injustifiés qui nuisent à la perception du temps et montages parallèles, il peine à conserver, dans sa narration, une unité de style qui n’aurait guère nuit à la compréhension globale de ce complexe récit. On apprend par exemple que GANDALF doit revenir « à l’aube du 5ème jour« . Or, quand il surgit, on n’a absolument aucune idée du nombre de jours écoulés. Hélas, ce manque de finesse caractérise bien l’ensemble.

Car, si la gestion du temps semble hasardeuse, le traitement de l’espace, lui, est simplement négligé. Ainsi, de nombreux plans, vus du ciel, nous montrent les héros, petits êtres écrasés par l’immensité des lieux, avancer parmi de superbes paysages qui paraissent ne jamais devoir finir. Et, l’instant suivant, les voilà devant une nouvelle montagne, colline ou marais que rien n’annonçait dans la scène précédente !

Il est navrant qu’une telle débauche de moyens ne soient pas mieux utilisée. Elle est uniquement destinée à impressionner, faire dire au spectateur « Je n’ai jamais vu ça, c’est extraordinaire…« . C’est d’autant plus dommage que les prouesses du numérique sont époustouflantes et se justifiaient pleinement dans cet épisode guerrier.

On peut penser que l’unique challenge du réalisateur consistait à créer, et à savoir imposer, un imaginaire à chaque ex-lecteur sans le rebuter ni endommager ses souvenirs. Que son projet soit réussi ou non, n’excuse pas un tel mépris pour toutes les articulations qui auraient pu permettre aux non-initiés de s’intéresser un minimum à ce désolant bout à bout.

 

L’AMI GOLLUM

 

Pas d’amélioration donc, si ce n’est un certain attachement qui pourrait naître envers des protagonistes qui commencent à prendre de l’épaisseur. Encore faut-il préciser que cette bonification ne vient pas d’une quelconque profondeur psychologique, puisque les personnages n’existent ici que par leurs actes, mais d’une fréquentation assidue (déjà six heures ensemble) qui les rends moins virtuels.

S’il n’y avait qu’une chose à sauver, ce serait cette étrange créature nommée GOLLUM. Une vraie réussite qui fait la synthèse de ces univers de Bien et de Mal. Schizophrène, elle apporte une touche d’ambiguïté dans ce monde lourdaud où le manque de distance et d’humour du réalisateur se fait cruellement ressentir. Il y a bien un passage dit « drôle » : il consiste en un lancer de nain ! Grâce soit rendu à Peter JACKSON pour cette superbe parabole qui nous fait définitivement comprendre que personne ne grandira en ingurgitant sa soupe.Et, s’il concocte ses repas de fin d’année comme ses films, gageons qu’il risque de se sentir bien ballonné. A l’instar des innocents spectateurs que nous sommes. Gavés d’images ébouriffantes, de tableaux saisissants, nous aurions préféré un peu moins en quantité et plus de finesse pour relier, et donc relever, ce festin d’images qui finit par abrutir. Mais Peter JACKSON n’est définitivement qu’un élève appliqué, besogneux, qui redouble cette année et triplera l’année prochaine. Ayons, pourtant, l’honnêteté de reconnaître la puissance maléfique de l’Anneau : 178 minutes de pellicule ont, à nouveau, été contaminées.

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