SOCIOLOGIE / ON ARRÊTE TOUT ! ON RÉFLÉCHIT… (autour d’Ivan ILLICH) par Jean-Marc REMY

« Une société sans école« , « Le chômage créateur » : il a fallu l’annonce de la disparition récente d’Ivan ILLICH pour que l’on redécouvre aujourd’hui la radicalité d’une pensée, critique frontale du productivisme, qui a marqué les années 70. Parcourant aujourd’hui ces ouvrages aux titres provocateurs on prend la mesure de la formidable régression du débat politique intervenue depuis lors : qui, parmi nos « révolutionnaires » attitrés, oserait aujourd’hui lancer ce fameux « Halte à la croissance ! » que les vénérables experts du Club de Rome ont commis dès 1972 ?! Et, dans le désarroi actuel, on se surprend à penser que se trouvaient posés là, dans ces pages pourtant jaunies(1), les fondements de cette authentique (et joyeuse !) « alternative » dont notre temps a besoin.

 

LE DÉBAT INTERDIT

 

Car, depuis, la « pensée unique » a exercé ses ravages, que l’on ne saurait ramener au seul camp libéral, et qui fait communier nos plus véhéments « alternatifs » (y compris chez les Verts !) dans la religion d’un « progrès » de plus en plus frelaté. En ce mois de mai 2003, par exemple, tandis que (sous la présidence du très libéral Michel DIDIER) des économistes se réunissent à Paris en un Colloque titré « 3 % de croissance, c’est possible ! »(2), un mouvement social  d’envergure réclame le maintien, contre la logique « libérale », d’un régime de retraite dont le financement requiert tout pareillement une « relance » de la croissance… Cette ligne de fuite où s’abolissent – pour un temps – nos oppositions, nos contradictions collectives et que l’on s’obstine, contre toute évidence, à assimiler au « progrès ». Le voilà bien aujourd’hui le « débat interdit », non point celui qui conduisit un J.-P. FITOUSSI, au nom du keynésianisme, à remettre en cause dans les années 90 le dogme des politiques de « rigueur »… mais celui qu’initiaient il y a 30 ans les critiques du « productivisme ». Un débat qu’il est urgent de… relancer, avec Ivan ILLICH !

Car « toujours plus » de richesse implique, si l’on ne veut pas travailler plus longtemps, de faire tourner toujours plus vite la « machine » économique afin d’obtenir les gains de productivité attendus. Avec les conséquences que l’on sait sur les conditions de travail (flexibilité, intensification pour les secteurs exposés à la concurrence). Et des prélèvements accrus sur nos écosystèmes… comme sur ceux des pays « fournisseurs » d’espace et de matières premières ! Au moment où le réchauffement de la planète se confirme, où l’on voit le pays le plus « riche » du monde s’engager dans une guerre pour le pétrole destinée à conforter son modèle de production, il apparaît de plus en plus que ce « progrès »-là est condamné… Condamné car, dévorateur de ressources rares, on imagine mal qu’il puisse durer encore plus d’un demi-siècle. Et donc, dés aujourd’hui, condamnable, car ce « modèle » n’en est pas un, qui ne saurait être généralisé à tous les autres pays (imagine-t-on six milliards d’hommes prenant l’avion plusieurs fois par an ?!) ni, surtout, qu’il puisse être reconduit par les générations futures. Il faut donc le considérer pour ce qu’il est : une aberration historique qui aura permis à une frange de la population de faire l’expérience d’une libération des forces productives et de son corollaire, la société de consommation, saturant en quelques générations la niche écologique dévolue à l’espèce humaine… Ceci posé, nous devons dire ce qui compte vraiment pour nous : nos principes de solidarité, d’universalité… ou bien la préservation de notre mode de vie. Voici de véritables « choix de société » qui renvoient aux principes de civilisation.

 

LA BONNE NOUVELLE(3)

 

Le temps du renoncement (de la contrition ?!) est-il venu ? Jean-Pierre DUPUY (pourtant expert en « catastrophes » annoncées(4)) suggère, avec ILLICH, que cette crise pourrait bien être une « bonne nouvelle« … Elle peut signifier en effet « l’instant du choix, ce moment merveilleux où les gens deviennent brusquement conscients de la cage où ils se sont enfermés eux-mêmes, et de la possibilité de vivre autrement » (Le chômage créateur). Il ne s’agit pas, en effet, de renoncer à l’idée de progrès… mais d’en retrouver le sens ! Ici la définition d’Amartya SEN est bienvenue qui assimile le progrès à « l’extension des possibles » pour chaque individu.

Une évidence d’abord, qui n’avait pas échappé à cet autre dissident visionnaire qu’était ORWELL. Considérant la vie d’un village berbère en 1940 il observe : « (…) nous sommes à l’évidence moins heureux qu’eux. Nous sommes simplement parvenus à un point où il serait possible d’opérer une réelle amélioration de la vie humaine mais nous y arriverons pas sans reconnaître la nécessité des valeurs morales de l’homme ordinaire« (5). Si la remise en cause du « productivisme » implique certains renoncements (changer de voiture tous les 3 ans par exemple), nos vies ne seront pas nécessairement moins belles ! Il y a longtemps que l’on a compris que le P.N.B. ne se confondait pas avec un impossible « Bonheur National Brut » ! Pas de « retour en arrière » donc mais une véritable actualisation des potentialités ouvertes par notre meilleure connaissance de la nature… et de nous-mêmes !

Chacun, depuis son expérience, peut constater le paradoxe : la croissance, que chacun appelle de ses vœux et nourrit de ses espoirs, ne génère souvent que frustrations(6). C’est pourquoi le statisticien a peine à convaincre l’homme de la rue que son niveau de vie a bien augmenté, oui, même pendant la « crise » ! Le sociologue expliquera – avec TOCQUEVILLE – que la frustration, toujours « relative », se nourrit de l’écart entre les attentes et les moyens disponibles. Or notre société excite les désirs au moins autant quelle accroît les moyens de les satisfaire… et mai 68, plutôt que de mettre à mal la société de consommation, annonçait les noces à venir de l’hédonisme « libertaire » et de la société libérale marchande(7). La question devient : comment s’affranchir de cette nouvelle forme d’aliénation consumériste ? A considérer l’efficacité du dispositif auprès de notre belle jeunesse, de plus en plus asservie à la dictature des marques, l’affaire est mal engagée. Reprenant un qualificatif que l’on trouve tant chez FREUD que chez MARX, ILLICH dénonçait cette « réification » qui formate nos désirs pour les convertir en demande de produits marchands, « résultat de la manipulation des besoins humains par de vastes organisations qui sont parvenues à dominer l’imagination des consommateurs en puissance« (8).

Au-delà de cette dénonciation, ILLICH avance une lecture plus complexe mais qui se révèlera aussi (c’est la bonne nouvelle !) plus opérationnelle. Elle repose sur le concept de « contre-productivité« . Ainsi le recours aux marchandises, censé satisfaire des besoins, ne fait qu’entraîner une demande encore plus grande de marchandises !(9) Tout comme dans un système écologique (quand un apport trop grand de matière organique détruit la flore aquatique au lieu de la nourrir) il existe en matière de développement des « seuils » au delà desquels un produit ou une institution deviennent des obstacles à la réalisation des objectifs mêmes qu’ils sont censés servir. Plus n’est pas synonyme de mieux ! Ainsi, plus de voitures, plus puissantes, diffusées dans un pays contribuent à générer encombrements, éloignements (zones spécialisées entre lesquelles on doit circuler) qui augmentent le temps nécessairement passé au volant tout en générant des frais considérables lesquels, convertis en temps de travail, conduisent à ce résultat étonnant : si l’on rapporte la somme de ces durées aux kilomètres parcourus on arrive à une vitesse moyenne de 6 km/h (moins bien que le vélo mais avec des nuisances supplémentaires !). Beaucoup de temps « perdu » donc ! Mais ce qui vaut pour l’automobile vaut également pour la télévision (qui enferme bien plus qu’elle n’ouvre aux autres), la médecine (abus d’antibiotiques qui rendent les organismes plus vulnérables… entraînant de nouvelles dépendances médicamenteuses !), des marchés financiers (la globalisation financière a contribué à la spéculation et aux crises boursières bien plus qu’elle n’a mobilisé efficacement le capital) ou… des services publics (l’école qui peut asservir autant qu’elle édifie) ! Et notre « croissance » se nourrit de tous ces effets pervers qui rendent toujours plus difficile une satisfaction autonome de ses besoins (impossible de circuler à vélo dans certaines villes, de se passer de sèche-linge dans des appartements confinés, d’échapper à la mode dans une société où l’apparence est un capital…). Elle ne serait, à la limite, que la mesure de notre toujours plus grande dépendance (« hétéronomie« , en langage illichien).

On retrouve ici une notion chère à la sociologie contemporaine, celle d’effets émergents… par où les sciences sociales peuvent se révéler utiles qui déjouent ainsi de pseudo-évidences . Ainsi de l’idée qui semble « aller de soi » que des moyens supplémentaires affectés à l’allongement de la scolarité ne peuvent que favoriser la réussite des plus déshérités : R. BOUDON a montré que cela n’était pas toujours vrai… et Stéphane BEAUD a pointé dans un ouvrage récent les effets délétères de l’objectif, pourtant consensuel, des « 80 % » au baccalauréat… On comprend ici que ce n’est pas seulement la logique marchande (disons libérale) qui fait ici l’objet de la critique mais l’idée que l’accumulation de « moyens » dans le cadre d’institutions qui dominent l’individu n’est pas toujours libératrice. En voulant faire le bonheur des gens ces institutions contribuent bien souvent à produire une société invivable.

Dénonçant les transferts de technologie opérés par des institutions « charitables » dans les pays du Sud, ILLICH montre ainsi l’intérêt de technologies alternatives (« intermédiaires ») qui permettent de renforcer l’autonomie des gens. Il ne s’agit pas, en effet, de revenir en arrière ! S’il recommande la production maîtrisée de valeurs d’usage par les individus ou les communautés de base, le recours à des techniques sophistiquées ou à des institutions extérieures peut venir vivifier ces capacités autonomes. Mais cette synergie positive entre les deux modes de production suppose que les « seuils critiques » de développement ne soient pas franchis. Faute de quoi la réorganisation du milieu physique et social, l’appauvrissement des liens qui unissent les hommes entre eux, et à la nature, incitent au recours croissant de demande de substituts hétéronomes conduisant à une aliénation croissante. Par où nous sommes souvent attachés à ce qui nous détruit…

 

LA STRATÉGIE DU GRAIN DE SABLE

 

Au fond c’est d’un bon usage des « limites » dont il est question, et pour chacun d’entre nous, d’un appel à la désertion. Quand des salariés préfèrent la richesse du temps libre, quand des millions d’employés tels les « freeters » japonais(10) (de l’anglais free et de l’allemand arbeiter) vagabondent délibérément de job en job, quand la tyrannie de l’automobile est remise en cause par de plus en plus de citadins ou quand des consommateurs se rebellent contre la dictature des marques(11) et leur prétention à régir l’existence humaine, c’est un peu plus de « civilité »(12) que l’on oppose à la religion marchande. Car désertion ne signifie pas ici « renversement » (pour remplacer par quoi ?) : il s’agit-là de stratégies de freinage. Introduire des « grains de sable » dans nos institutions (et en premier lieu dans le « marché ») pour signifier notre intolérance à ces débordements. Cela peut procéder d’une inflexion des comportements autant que de dispositions proprement politiques (la taxe TOBIN en offre une bonne illustration, mais aussi la défense de certains « statuts » s’ils préservent de l’emprise de la logique productiviste / marchande(13) et ne sont pas prétextes à la défense d’authentiques privilèges). Cela passe nécessairement par une critique de la religion de la « croissance » et de son corollaire : la productivité.

Car s’il est une perversion de l’économie c’est bien celle-là : alors qu’on pouvait espérer (à la façon marxiste) du développement de la capacité productive du travail qu’il nous affranchisse de la rareté et de la peine, aujourd’hui l’intensification des tâches, par les dégâts et les frustrations occasionnés chez les travailleurs, devient le principe de nouveaux « besoins » que nos marchands s’empressent de satisfaire (santé, équipements de la maison, loisirs… en attendant la maison de retraite). Le tout appelant, dans une course sans fin, l’augmentation des revenus et donc la « croissance »…

Ne peut-on analyser ainsi, avec les catégories illichiennes, les effets pervers d’institutions que l’on a pu légitimement jusqu’ici considérer comme des conquêtes sociales mais qui de révèlent désormais de plus en plus « contre-productives » ? La fameuse R.T.T. qui devait libérer du temps pour vivre… mais qui se traduit d’abord par une épuisante chasse au « temps mort » sur les lieux de travail (pouvait-il en être autrement puisque le passage aux 35 heures a été obtenu sans réduction de « pouvoir d’achat »… qui – c’est le B A BA de l’économie – est d’abord un « devoir de produire » !)… Et notre système de retraite qui permettait hier (et encore aujourd’hui pour beaucoup d’entre eux ) à des travailleurs fatigués de se retirer pour vivre dignement leurs dernières années mais qui, revendiquées, en l’état, comme un droit inaliénable par les générations du baby-boom, expose les suivantes aux tourments d’une perpétuelle « modernisation »(14) concoctée par le patronat le plus éclairé. Dans ce concert, ILLICH aurait probablement fait entendre sa différence en proposant l' »abolition de la retraite » (titre annoncé : « Une société sans retraités » !) en écho à l’espoir d' »abolition du salariat » que partageaient les socialistes… d’avant (bien avant !) le Congrès de Dijon. Non point – faut-il le préciser ? – pour forcer les salariés à travailler jusqu’à épuisement, mais pour en finir avec le clivage schizophrénique et pervers qui fait de chacun tour à tour un travailleur pressuré par l’impératif de la « productivité » et un consommateur exposé aux tentations, compensatrices et symétriques, de la consommation marchande. Si une « réforme » est nécessaire, c’est bien plutôt une réorganisation radicale des « cycles de vie » qui doit être revendiquée qui implique une autre façon de penser la vie active… laquelle ne saurait se ramener à « produire des richesses ».

A moins de redéfinir, avec Dominique MEDA, « Qu’est ce que la richesse ?« (15) ! Critiquant nos pauvres instruments de mesure (le P.I.B.), elle revient, elle aussi, aux utopies du XIXème siècle (peut être plus « réalistes » désormais que notre actuel mode de développement !) et en premier lieu à MARX : « Supposons que nous produisions comme des êtres humains… nos productions seraient comme autant de miroirs où nos êtres rayonneraient l’un vers l’autre« … pour conclure sur la nécessité d' »imposer collectivement les limites à cette extension sans fin de la production, reconnaître la valeur d’autres activités, d’autres temps, d’autres espaces, non productifs ; et, par conséquent, rééquilibrer les temps sociaux… redistribuer le travail sur l’ensemble de la population active pour libérer de la place – du temps et de l’espace – pour l’exercice d’autres activités« .

On se souviendra que KEYNES, instrumentalisé aujourd’hui par tous les partisans de la « relance » (de Jean-Paul FITOUSSI à notre Marc BLONDEL !), entendait d’abord remettre l’économie à sa place (et en premier lieu la science économique, cette discipline lugubre !) pour permettre à chacun de se consacrer à l’essentiel : le culte de l’amitié et la fréquentation des choses belles… Et de défendre les divertissements culturels qui « répondent au besoin de solidarité qui est irrépressible chez l’homme » et dont il faut éviter la « prostitution en faveur des profits financiers, l’un des pires crimes du capitalisme aujourd’hui« … plus loin il prophétise : « Je vois venir l’âge de l’abondance et de l’oisiveté sans crainte« (16). Mais pour convaincre chacun (et en premier lieu les plus déshérités) d’adhérer à cet idéal d’aristocrate il fallait au préalable, et KEYNES n’y manque pas, contester radicalement les inégalités… et dénoncer « le caractère arbitraire et inéquitable de la fortune » (d’où sa proposition – oubliée aujourd’hui ! – de supprimer l’héritage). Ce KEYNES(17) utopiste employait pour sa part merveilleusement cette liberté qu’il entendait « arracher aux contraintes économiques« . Entre autres il partagea avec DESCARTES et PROUST une passion pour un lieu de méditation et de découverte exceptionnel : il adorait son lit.

Ce « droit à la paresse » (à ne pas confondre avec le droit-à-la-retraite-à-taux-plein-après-37-ans-et-demi-de-cotisation), ILLICH ne l’aurait pas désavoué : il est temps de l’opposer à tous les thuriféraires de la « productivité ».

 

Notes :

(1) En attendant une réédition annoncée dans quelques mois chez Fayard de ses œuvres complètes en français.

(2) Slogan pathétique qui révèle la prégnance du fétichisme du taux de croissance dénoncé par J. AUSTRUY, déjà, en 1970 !

(3) Cf. « Ivan Illich ou la bonne nouvelle », article de Jean-Pierre DUPUY paru dans Le Monde en décembre 2002.

(4) Cf. J.-P. DUPUY, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil.

(5) Cité par J.-C. MICHÉA, Impasse Adam Smith, Climats.

(6) Quand ce n’est pas le sentiment d’un « cauchemar climatisé » (H. MILLER).

(7) Sur la récupération marchande de la critique « artiste » voir BOLTANSKI, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard.

(8) In Libérer l’avenir, collection Points Seuil.

(9) C’est la « filière inversée » de l’économiste GALBRAITH.

(10) Exemple cité par P. BRÜCKNER dans Misère de la prospérité paru chez Grasset.

(11) Cf. No logo de N. KLEIN.

(12) Au sens ou l’entend D. DUCLOS, De la civilité, La Découverte.

(13) Thèse de BOLTANSKI dans Le Nouvel esprit du capitalisme, Gallimard.

(14) Cf. Ph. MESSINE, Liberté, égalité, modernisation, La découverte.

(15) Titre du beau livre de Dominique MEDA paru chez Aubier.

(16) Essais sur la monnaie et l’économie.

(17) Campé par exemple par B. MARRIS dans son Keynes ou l’économiste citoyen, Presses de Sciences Po.

Poster un commentaire

Classé dans TOUJOURS PLUS VITE ?!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s