EDITORIAL / FAUT-IL « LAISSER DU TEMPS AU TEMPS » ? par Olivier BRIFFAUT

Notre civilisation de l’immédiateté s’impose de « gagner du temps sur le temps », et de plus en plus vite. Mais la vitesse n’apparaît-elle pas conséquemment comme un catalyseur de fracture sociale, seule une partie de la population bénéficiant de ce monde à grande vitesse, dessinant un véritable « fossé numérique » ? En sus, la vitesse implique l’existence d’un « fossé temporel » dont témoignent les rythmes de développement différents d’une société à une autre, les plus rapides drainant à leur seul profit des ressources financières, humaines, énergétiques et informationnelles qui pourraient profiter au développement de sociétés émergentes. Les biologistes parleraient d’un phénomène d’autocatalyse pour expliquer le fonctionnement de systèmes qui s’accélèrent d’eux-mêmes. S’agit-il là d’une accélération du temps ou d’une accélération de l’évolution par rapport au temps ? Notons que trois formes d’évolution semblent s’emboîter : 1. L’évolution biologique, extrêmement lente, celle qui conduit à la diversité des êtres vivants sur la planète, s’est réalisée par mutation, sélection naturelle, adaptation, élimination d’espèces vivantes. 2. L’évolution imaginaire, extrapolant la première (ancrée dans le monde réel), a conduit à l’émergence de la conscience réfléchie et se caractérise par l’accélération de l’évolution technologique, celle-ci s’amplifiant de manière exponentielle avec l’essor de l’informatique, des télécommunications et de l’Internet. 3. Dans le « cyberespace », on peut créer et manipuler des objets qui n’existent pas dans la nature ! Et cette intrusion du monde virtuel produit à son tour une nouvelle accélération… que nos structures socio-politiques n’intègrent pas forcément en « temps réel », comme en témoignent par exemple certaines inadaptations administratives ou législatives, notamment en Europe où prévaut la mise en perspective culturelle, philosophique, économique, éthique et humaine des technologies.

Serait-ce salvateur ? L’Agora chez les Grecs, la place du village, ont constitué des espaces d’échange qu’incarne peut-être aujourd’hui le(début du) cyberespace, démontrant que le temps réel est sans doute nécessaire au respect de la démocratie, à la prise en compte du rôle de chaque citoyen dans le fonctionnement global de la société… N’oublions pas toutefois que (re)donner du sens à toute existence impose des respirations et des silences… des lenteurs !

Les analyses pluridisciplinaires ici proposées (en complément du numéro 2 : « Le temps ») le montrent bien : processus lents et rapides se succèdent… toujours plus vite ?

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