EDUCATION / NOUVEAU PLAN ANTI-VIOLENCE À L’ÉCOLE : AUCUNE INTERVENTION ALÉATOIRE par Raphaël FRANGIONE

Le récent rapport du Sénat sur la délinquance des mineurs (n° 340, Journal Officiel du 27 juin 2002) a souligné aussi bien nettement que dramatiquement la gravité du phénomène de la violence juvénile et a mis en relation étroite l’échec scolaire avec le développement des violences dans le cadre scolaire, d’où un sentiment de préoccupation et d’inquiétude très fort de la France républicaine.

Côté éducation cette enquête a eu le mérite de mener une recherche-action sur la violence à l’école passant en revue dispositifs, stratégies et statistiques afin de mieux comprendre la complexité et l’extension du phénomène. Le point II du rapport, titré « L’école, une digue fissurée », est entièrement consacré au cadre scolaire : une vingtaine de pages pour remarquer les profondes transformations, les ajustements et adaptations que l’école française a expérimentés au fil des derniers vingt ans, caractérisés par le passage d’une école comme « lieu de transmission du savoir et véhicule des valeurs démocratiques » à une école comme « lieu d’expression de la délinquance« … par hasard ?

Même les réponses traditionnelles de l’Institution sont sévèrement critiquées. Le « Collège unique » (1975) est devenu « coproducteur »  de délinquance, la politique des ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire, 1981) tâtonne à cause de l’absence d’une formation adéquate des enseignants à opérer dans les zones défavorisées, et les « Classes-relais » (Réseau éducatif local pour les apprentissages et l’insertion sociale, 1998) s’avèrent insuffisantes pour que l’élève revienne à une scolarité normale.

Un autre facteur de déstabilisation indiqué dans le rapport est l’absentéisme scolaire régulier qui, dans la plupart des cas, est mis en relation avec les comportements délinquants.

Juste à propos, l’initiative de M. SARKOZY, Ministre de l’Intérieur, de sanctionner les parents d’élèves qui font l’école buissonnière a ouvert un débat intéressant dans la société provoquant une grande polémique auprès des familles qui ont considéré l’idée « inefficace et démagogique ». Du même avis sont les enseignants pour qui la décision du Ministre risque d’amplifier le problème. Ce qui est inacceptable, c’est le ton répressif du texte ministériel qui, d’après eux, n’aurait que peu d’effets considérables.

Le rapport porte, enfin, l’attention sur la difficulté de l’institution à faire face à la délinquance scolaire. On parle de « coupable inertie » des acteurs de terrain, les chefs d’établissement et les enseignants, tant dans la phase de la prévention que dans celle de la répression des comportements déviants à l’intérieur de la communauté éducative, tout en reconnaissant que les conditions de travail dans et hors la salle de classe se sont dégradées !

De surcroît, le Ministre délégué à l’enseignement scolaire, M. Xavier DARCOS, a parlé de renforcer l’autorité du chef d’établissement comme « arme de dissuasion efficace » contre la dégradation de l’ambiance scolaire, ce qui a provoqué des réactions aussi violentes que résolues de la part des fédérations des parents d’élèves et de la catégorie enseignante. Ils ont dénoncé unanimement le risque que le cadre organisationnel se renforce au détriment du négociable et du « vivre ensemble ».

Il serait donc irresponsable de nier que le système éducatif français traverse une situation de grande instabilité au niveau institutionnel et propositionnel, incapable d’assurer ce que le rapport définit comme « les missions de l’école ». De plus, « cette immense machine… » (S. CHASTANG, 2002), qui évolue lentement – disons « lourdement » – à cause de ses mécanismes internes de fonctionnement trop fragiles et parfois aléatoires, est de plus en plus exposée à la violence.

Par ailleurs, Luc FERRY parle de  « fracture scolaire » et Philippe MEIRIEU estime justement que la question de la « ghettoïsation scolaire » est une priorité absolue si l’on veut sortir définitivement de la marginalité culturelle qui, avant d’être sociale, est une affaire de culture, de compétences. C’est pourquoi des mesures nouvelles sont invoquées avec urgence. On souhaite des solutions globales et à long terme pour rendre l’école un lieu de paix et de liberté où l’on apprend autrement et l’on innove, capable de garantir à tous l’accès à la connaissance. Pour le moment, il me paraît indispensable que l’on s’occupe des élèves en rupture totale avec la vie scolaire, de ceux pour qui la salle de classe est devenue un tremplin d’où s’élancer pour faire montre d’arrogance ! La rupture du lien de confiance et de crédibilité accordé à l’institution scolaire est une catastrophe qui porte en elle-même une idée de dévalorisation et renforce la considération que l’école n’est pas un lieu de participation à la vie associative. Pis, elle est considérée comme un facteur d’exclusion.

Il est évident que les jeunes vivent actuellement dans un climat de fortes tensions. Dénués de perspectives, ils sont dans un rapport conflictuel avec l’autorité, dans la famille comme à l’école (le succès de l’extrême droite à la Présidentielle 2002 est un signe inquiétant) ; le problème concerne souvent le domaine des relations.

Il s’agit bien évidemment de recréer un réseau où faire converger les énergies qui s’expriment de façon aléatoire, qu’elles soient intellectuelles, pragmatiques et inventives, afin de remettre la machine éducative en route qui sera acceptée si l’on prend en charge les difficultés subjectives et cognitives des élèves. D’où la nécessité d’un nouveau Plan qui, répondant à la demande forte et légitime de sécurité des familles, donne une plus forte impulsion aux idées et aux pratiques éducatives et s’adonne à promouvoir actions et dispositifs visant la socialisation des élèves, entendue comme condition première de l’apprentissage. Une telle finalité va de pair avec la valorisation de la « pédagogie du travail » (L. FERRY, Le Monde du 23 mai 2002) qui, privilégiant les méthodes actives, renforce le sentiment d’appartenance à une même communauté éducative. Éduquer au travail, c’est mettre en valeur la prise de responsabilité et c’est faire œuvre d’éducation à la citoyenneté.

Il va sans dire que c’est une opération de modifications radicales qu’on réclame pour rendre l’école plus dynamique, plus efficace et plus égale. Il est dommage de constater que l ‘école ne permet encore que fugacement aux élèves de découvrir le grand village planétaire. Cela reste le mérite de peu d’établissements alors que cela devrait faire partie de la mission institutionnelle elle-même. C’est aux chefs d’établissement de mettre en œuvre une plus forte action de rassemblement (les textes leur reconnaissent cette fonction) sous la poussée de l’innovation et des nouvelles technologies de la communication, de plus en plus prégnantes dans tout ce qui a trait aux réalisations humaines. L’entrée dans l’école de ces nouveaux outils est une affaire d’éducation et aussi de compétences.

Les chefs d’établissement se retrouvent avec les enseignants, donc en première ligne, à jouer un rôle essentiel en matière de prévention et de lutte contre la discrimination et la marginalité d’un côté, et à valoriser les connaissances et les expériences individuelles acquises sur le terrain, de l’autre. On souhaite aussi la collaboration avec les associations d’éducation populaire, étant persuadé qu’elles peuvent apporter une utile contribution en termes de sensibilisation au problème et de coordination à l’intérieur du Plan. Une grande mobilisation de toutes les composantes scolaires et extra-scolaires, me semble être une idée féconde destinée à améliorer l’efficacité du service public scolaire.

Or, c’est bien la défense des valeurs de la légalité et de la démocratie à l’intérieur de l’école pour garantir le respect de la diversité et des différents points de vue,(tout ce qui peut être mieux géré au niveau de l’organisation et de la planification des activités didactiques intérieures doit l’être), mais nous pensons, cependant, que pour créer des conditions de réel apprentissage il faut nécessairement une école qui s’interroge sérieusement pour comprendre les motivations des malaises et des ressentiments qui touchent fortement au rapport avec l’institution scolaire dans sa complexité.

« Savoir les écouter, les accueillir, les aider, les guider dans leur démarche« , voilà ce qu’est pour Luc FERRY, le 23 mai 2002, dans sa conférence de presse, la seule réponse concrète venant de l’Institution qui puisse gérer les situations de conflits.

Autrement dit, valoriser la présence de l’élève par une sorte de « détournement » (TREBBI, 2000), des modalités par lesquelles il participe aux pratiques journalières, en associant davantage les parents d’élèves à une présence plus continue et suivie de la vie de leurs enfants. C’est un moment de partage car les parents ont besoin de parler et d’être écoutés, évitant tout processus de culpabilisation des échecs scolaires. Et partant de cette optique faire en sorte que l’institution suscite en lui de l’enthousiasme et l’amour du savoir ;c’est bien là l’enjeu, ne l’oublions pas…

Voilà un type d’approche plus souple, plus ouvert sur le plan éducatif, social et pédagogique qui considère l’élève dans sa globalité et pour lequel la réussite scolaire n’est pas son seul objectif.

L’école de l’autonomie, c’est bien si on travaille sur la valorisation de l’élève, qui reste quand même son principal investissement.

Poster un commentaire

Classé dans PAR HASARD ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s