SOCIOLOGIE / COMMENT « ÇA » TIENT, LA SOCIÉTÉ ? par Jean-Marc REMY

« Depuis la mythologie grecque, nous donnons un nom à l’effondrement soudain de l’ordre social, lorsque les consciences sont frappées de stupeur, les corps se figent sur place ou au contraire, se lancent dans des courses effrénées et incohérentes : la panique » (Jean-Pierre Dupuy, La panique).

Après la désagrégation des formes traditionnelles de lien social – subordination à une communauté, affiliation à la loi divine ou emprise d’un ordre politique – avec l’affirmation de l’individu moderne – sensément libre et autonome – comment la société tient-elle « ensemble » ? Qu’est-ce qui lie les hommes les uns aux autres dans le contexte social d’aujourd’hui ?

New York. 11 septembre 2001. On l’a beaucoup dit : l’objectif visé par les terroristes était hautement symbolique. Symbole de l’arrogance américaine, symbole du capitalisme triomphant… Mais New York – et singulièrement la presqu’île de Manhattan – représente aussi l’élément avancé, l’archétype de la civilisation urbaine contemporaine : une infrastructure d’un raffinement inouï, innervée par d’invisibles réseaux, peuplée d’une « foule solitaire » (pour reprendre l’expression de D. RIESMAN) se pressant chaque matin en provenance de lointaines banlieues. Un lieu hyper-fonctionnalisé où les rapports sociaux sont gouvernés par la froide logique marchande, un lieu-vitrine pour des individus affranchis des pesanteurs communautaires. La vulnérabilité de cette monstrueuse et fascinante efflorescence de verre et de béton apparaît aujourd’hui dans sa stupéfiante évidence : c’est bien une civilisation – un ordre social proposé au monde – qui a été « frappée au cœur ». On a voulu, littéralement, « semer la panique ». Pourtant, contre toute attente – et passées les premières minutes de pur effroi dont l’écho, transmis par les « portables », nous hante encore – la pulvérisation de ces deux tours bien loin d’entraîner avec lui l' »effondrement soudain de l’ordre social » a révélé que cet ensemble d’humains, cette collection d’individus portait en elle des ressources insoupçonnées : la réactivité, la solidarité, la compassion… et même l’esprit de sacrifice. On a beaucoup glosé sur l’opposition entre les sociétés communautaires capables de générer ces comportements « kamikazes » où l’un se donne pour la collectivité et les sociétés modernes marquées par l’individualisme… Régis DEBRAY avait justement souligné que l’incapacité des pays occidentaux à payer le prix du sang pour se défendre portait leur propre condamnation : l’abnégation des pompiers de New York et l’intrépidité de quelques passagers embarqués sur United Air Lines ont suffi à prouver qu’il n’en était rien (et conduit au passage de farouches partisans du libéralisme à rendre l’hommage à l’une des plus belles expressions de l’État-Providence). Est-ce simplement réaction « humaine » comme l’on se « serre les coudes » dans une famille face à l’adversité et au deuil ? Cela prouve au moins que les éléments peuplant ces « monades urbaines » forment bien un ensemble, une collectivité réactive, et ne sont point simple réunion de projets, de destins irréductibles…

Quand J.-P. DUPUY utilisait la métaphore de la panique pour illustrer « en creux » le lien social (« c’est lorsqu’il se défait qu’on a le plus de chances d’en percevoir les effets« ), la catastrophe infligée à la ville de New York(1) a bien plutôt cristallisé ce lien : elle a mis en évidence la réalité – invisible dans le quotidien de nos villes anonymes – d’un « corps social ». C’est cette énigme qu’il s’agit d’élucider : après la désagrégation des formes traditionnelles de lien social – subordination à une communauté, affiliation à la loi divine ou emprise d’un ordre politique – avec l’affirmation de l’individu moderne – sensément libre et autonome – comment la société tient-elle « ensemble » ?

Qu’est-ce qui lie les hommes les uns aux autres dans le contexte social d’aujourd’hui ?

Le constat d’un déclin de l’idée de société(2) n’est plus à faire. En France, DUBET et MARTUCELLI en ont donné la mesure dans un ouvrage récent (Dans quelle société vivons-vous ?) : ce sont bien les trois éléments structurant notre modernité qui se trouvent menacés d’éclatement.

1. L’économie a été depuis MONTESQUIEU ou Adam SMITH considérée comme le pilier d’un ordre social fondé sur l’échange. En créant des liens de dépendance mutuelle, le « doux commerce » est un puissant mécanisme d’intégration. DURKHEIM, en théorisant la « division sociale du travail » génératrice de solidarité organique ou même MARX et son modèle de lutte des classes, tout en partant de points de vue différents, établissent également à leur manière que le procès de production assure une intégration systémique de l’ensemble social (même dans la contradiction pour le dernier nommé). Mais aujourd’hui, les mutations du travail, la précarité, l’exclusion… ou encore les « 35 heures » réduisent la portée de ces mécanismes d’intégration. Les individus se définissent de moins en moins à partir de leur seule identité professionnelle, la marchandisation du monde révèle par ailleurs ses effets délétères sur l’ordre social…

2. L’Etat, de son coté, a perdu son emprise sur la société. Le déclin de l’interventionnisme économique et social s’accompagne d’un affaiblissement de sa charge symbolique. La déritualisation de la vie politique (on sait la contribution d’un Giscard d’ESTAING à cette entreprise de « modernisation » pour la France !) et la décrédibilisation du personnel politique (faut-il les nommer tous ?!) ont ramené cette dimension de la vie collective à des fonctions étroitement utilitaristes… jusqu’à dissuader le plus grand nombre d’y participer même occasionnellement : à quoi ça sert d’aller voter ?… ou d’aller manifester ?

3. Faut-il considérer avec les « communautariens » – tel A. ETZIONI – que cette faillite du couple État / marché justifie que l’on réactive ce qu’il appelle la troisième voie (The third way to a good society, 2000), celle des normes et des valeurs partagées par des ensembles humains construits autour d’une culture ? On sait les risques d’enfermement et de conflits qu’entraînerait la crispation identitaire : les « républicains » – en France en particulier – dénoncent une telle dérive que les récents évènements pourraient accentuer. Et même si les tenants du multiculturalisme se défendent de prôner un nostalgique retour en arrière (ETZIONI : « Les communautés traditionnelles sont mortes et c’est tant mieux : elles disaient que les femmes devaient rester à la maison… » ou Charles TAYLOR évoquant « l’idéal moderne de l’authenticité« ), l’appel à la reconstruction d’une vie morale se heurte à la désarticulation des processus de socialisation : la famille, l’école, les Églises (les média !) ne sont plus des institutions congruentes participant d’une même culture… Elles ne sont d’ailleurs plus des « institutions » à proprement parler mais de simples cadres sociaux dans lesquels les individus construisent leurs propres expériences, souvent éclatées .

Tout cela campe un paysage proche de la définition de l’anomie par DURKHEIM : le contraire d’un ordre social authentique. Et pourtant…

 

DE LA SOCIALITÉ : LE JEU CONTINUE…

 

Et pourtant « ça » tient ! Même en dehors de ces moments d’effervescence collective engendrés par la menace, l’accident… En temps de paix les passants anonymes se pressant sur les trottoirs de nos villes vaquent à leurs occupations et, en dépit de quelques gestes d’agacement, cohabitent voire participent de bonne grâce à ce travail d’évitement, de préservation de la dignité de chacun qui suppose non seulement un respect implicite de la personne d’autrui mais aussi le déploiement de toute une somme de micro-« savoir-faire » qu’un E. GOFFMAN décrivait avec minutie (et facétie !) dans ses premiers ouvrages (La mise en scène de la vie quotidienne). Dans cette société éclatée(3) chacun doit, de surcroît, conjuguer autant de personnalités différentes qu’il y a de contextes relationnels. Une véritable performance communicative qui suppose la maîtrise de multiples codes. Le linguiste LABOV, rapportant certaines insultes rituelles pratiquées par les jeunes noirs américains (« Ta mère…« ) montre ainsi que ce qui passe parfois, aux yeux de l’observateur lointain, pour le comble du « non respect » relève d’un authentique jeu social, destiné à tester la compétence des locuteurs, l’important étant que la parole circule et que le jeu (social…) continue.

Si certains indices témoignent d’un déclin de formes traditionnelles de sociabilité (cf. l’étude américaine de R. PUTNAM, Bowling alone, littéralement : « Aller au bowling tout seul« …), d’autres approches révèlent la permanence voire le développement du capital social de l' »homo urbanicus« . Les nombreuses études contemporaines sur l’importance des « réseaux sociaux » (cf. sous ce titre l’ouvrage de M. FORSÉ) soulignent un renouveau qui prend parfois des formes inédites à la faveur de technologies telles Internet… ou le téléphone portable.

Mais peut-on « faire société » à partir de ces simples interactions quotidiennes ? Faut-il s’accommoder d’une telle « privatisation » du social ? La complexité des enjeux contemporains requiert d’autres ressources, appelle d’autres dimensions pour la vie collective : un espace « public »… que l’on aurait bien tort aujourd’hui de déléguer aux « politiques » ou aux « spécialistes ».

 

DE LA CIVILITÉ : COMMENT APPRIVOISER LA PUISSANCE(4)

 

Car si nos sociétés se sont affranchies – pour un temps – du problème de la rareté c’est par la mise en œuvre de capacités techniques et organisationnelles qui aujourd’hui participent autant de leur vulnérabilité que de leur prospérité. A long terme, on sait désormais que le système productif occidental ne peut constituer un « modèle » puisque sa généralisation dans l’espace et dans le temps serait dévastatrice pour l’écosystème. Mais les « dégâts » de la puissance se font déjà sentir et l’on ne peut plus les imputer seulement à des dérives idéologiques (les grandes catastrophes historiques du XXème siècle) non plus à des malfaçons d’un modèle perfectible : aujourd’hui chacun sent bien que les nuisances, les risques (sociaux ou technologiques) sont l’indissociable revers de ce que l’on n’ose plus appeler (Guy SORMAN peut-être… ?) le « progrès »… A cet égard, l’attentat du 11 septembre a aussi valeur de métaphore : ce sont les moyens de sa propre puissance qui ont été retournés contre l’Amérique, et les rodomontades du président sont apparues – dans les premiers temps du moins – d’autant plus pathétiques.

Ne songeons pas à un retour en arrière : l’homme est ainsi fait qu’il ne peut s’empêcher de saisir les nouveaux moyens d’agir sur le monde qui s’offrent à lui. Après la libération de l’énergie atomique, la conquête de l’espace, il lui faudra mettre en œuvre sa récente intelligence des mécanismes génétiques et les mises en gardes de nos humanistes(5), les tentatives de réglementations de nos politiques, l’expression réprobatrice des opinions publiques n’y changeront rien : tel Judith devant l’ultime « porte » (image du Château de Barbe Bleue proposée par Georges STEINER), l’homme ne saura s’empêcher de pousser plus loin son emprise sur la nature… mais aussi sur d’autres hommes.

N’attendons pas donc que le pouvoir (politique) arrête le pouvoir (scientifique) : craignons plutôt une collusion grosse de formes nouvelles de totalitarisme (une « dictature verte » n’étant pas moins improbable qu’un fascisme technocratique…). Face aux dérives bureaucratiques et aux menaces de la techno-science nous n’avons à opposer que la force de la « civilité ». Denis DUCLOS, dont la réflexion s’est alimentée d’un travail de terrain sur les risques industriels, désigne sous ce concept bien autre chose que le simple « respect des autres » dont on fait aujourd’hui un article d’instruction civique : il est question, dans son ouvrage majeur (De la civilité, paru en 1993), de ce « liant caché » qui permet de brider la puissance des « grandes rationalités ». Dans nos sociétés hypercomplexes la planification la plus sophistiquée ne peut prétendre demeurer un instrument efficient de régulation… mais le « laisser-faire » a lui aussi montré ses limites : il n’y a pas de physique sociale susceptible d’absorber mécaniquement les chocs de l’action humaine (c’est pourtant ainsi que les ultra-libéraux envisagent de confier la régulation des problèmes d’environnement au seul jeu des signaux du marché). De même que – pour GOFFMAN – les trottoirs de nos villes menaceraient sans cesse de connaître la violence sans cette présence attentive aux autres (disons : la sociabilité), « nos grandes machines sociales, qui ont l’air de fonctionner toutes seules se gripperaient dans l’instant sans un consentement caché« . Car la civilité se fait oublier entre les grandes institutions pour mieux opérer ce « silencieux ravaudage après les ouragans de l’argent et de la technique » (on ajoutera : de la politique). Ce miracle permanent, qui s’exprime par des gestes quotidiens dans les interstices du social (l’entraide, le tri des déchets, l’infraction « citoyenne » à des règles imbéciles, la désertion parfois : renoncer à la voiture, à la télévision, à aller voter…) mais aussi par des fulgurances (prolifération de réseaux, manifestations spontanées de boycott, de solidarité ou de protestation, mouvements culturels…) prend appui sur des ressources culturelles que les sciences sociales ont trop longtemps négligées : force du symbolique, prégnance des mythes (par delà les clivages identitaires… que la civilité bien comprise se doit de transgresser). Bien au delà des relations interindividuelles, ces traits se propagent et ont vocation à rejoindre « l’universalité concrète » : l’imitation – parfois par le truchement de figures héroïques – étant l’un des traits du « social » comme Gabriel TARDE l’avait établi il y a plus d’un siècle dans une œuvre sociologique – longtemps éclipsée – que l’on redécouvre aujourd’hui. Mimétisme qui peut se déployer de façon spectaculaire : pour le pire souvent… pour le meilleur aussi.

 

DE LA VISCOSITÉ SOCIALE…

 

René GIRARD a théorisé le phénomène du « désir mimétique » par où chacun veut se fondre dans l’autre pour s’emparer de ce qu’il veut : la violence est là – menace permanente pour l’ordre social -que l’on canalise parfois vers un bouc émissaire dont l' »étrangeté », mise en scène, définit en creux les contours d’un ensemble humain. Les rituels ont été inventés pour réguler cette violence. Leur disparition – avec le « désenchantement » du monde contemporain – programmerait le retour des menaces identitaires. Pour FREUD cette énergie mimétique est l’expression sociale de la libido : l’essence de l’âme des foules n’est autre que le pouvoir d’Éros . Et la « panique » apparaît – parfois sans proportion avec le danger – quand la structure de la foule se relâche : « Que l’essence d’une foule réside dans les liens libidinaux présents en elle, nous en trouvons un indice dans le phénomène de la panique » (Psychanalyse des foules et analyse du moi). Le fondateur de la psychanalyse a pu voir – il a lui-même subi – les effets dévastateurs de ces affects lorsqu’un meneur parvient à les détourner à son profit…

Mais cette énergie peut être également au principe de la « fondation » sociale (on n’ose plus dire « refondation »…). DURKHEIM a magnifiquement établi (Les formes élémentaires de la vie religieuse) en quoi certaines scènes d’effervescence collective (cf. le « corrobori » australien étudié par lui), par l’impression fulgurante qu’elles peuvent déposer en chaque conscience individuelle, la prégnance des liens forgés entre participants au même événement et la mémoire entretenue de ces moments privilégiés participaient véritablement de la (re)construction du lien social. Cette force mystérieuse, jouant le rôle de « principe vital », ce « mana » totémique , MAFFESOLI croit pouvoir l’appréhender dans certaines manifestations contemporaines (L’instant éternel). Annonçant le « retour du tribalisme« , le sociologue (contesté on le sait !) de la « post-modernité » prend acte de la désaffection vis à vis des idéologies progressistes et utilitaristes pour souligner la reprise d’archaïsmes que la modernité avait crus dépassés. Le narcissisme cède à l’attraction passionnée, le déclin de l’individualisme amène un retour de la « viscosité » sociale. Rave-party, gay-prides, manifestations ludiques ou chaînes de solidarité (cf. les « suites » du 11 septembre), les situations paroxystiques sont les plus propices à rendre compte de la réalité de cet « accès » du social.

En même temps, l’accent mis sur « ce que l’on vit » au présent, la méfiance vis à vis de tout projet, l’évidence d’une perte de « maîtrise » du futur de la part des « propriétaires de la société » renforcent le caractère « tragique » (pas nécessairement triste !) de cet inconscient collectif de nouveau à l’œuvre. Le « réenchantement du monde » est à ce prix : en faisant le deuil du « progrès » on retrouve le sens du « destin »… et celui-ci est désormais – d’évidence – collectif. Ce « désir d’un destin intense » prend des formes inédites. Parfois provocatrices (« free-party« , affichages vestimentaires, expressions artistiques), parfois généreuses (manifestations caritatives, « chaînes » électroniques…) elles peuvent même s’exprimer par procuration (identification aux héros sportifs, médiatiques…). Se déploie du même coup toute une nouvelle mythologie (la publicité n’est pas en reste) empruntant aux archétypes anciens avec la même efficacité : ces nouvelles formes de vie collectives, forgées souvent dans des hauts lieux urbains propices à l’effervescence – assurent à long terme la cohésion du social. La théâtralisation de la vie sociale, autour de rituels, de signes de reconnaissance, de pratiques spécifiques, favorise cette « participation magique » (JUNG).

Autant de ciments du lien social, participant d’un authentique désir d’être ensemble, plus forts que les préceptes d’une morale universaliste et lointaine.

« L’individu à lui seul est un être pauvre, un être facilement vaincu, et il a besoin d’un milieu favorable pour développer ses possibilités. Mais la société n’existe que pour l’individu et non pas l’inverse » (P. CLAUDEL, Mémoires improvisées, Gallimard).

Notes :

(1) On aurait pu aussi bien parler de Toulouse…

(2) Cf. Jean-Marc RÉMY, « Entre l’acteur et le système… il y a du « jeu » », Sociologie, Papiers Universitaires n°6, 2ème trimestre 1999 (thème : « Je(u) »).

(3) Cf. Jean-Marc RÉMY, « Pluri-cités », Sociologie, Papiers Universitaires n°7, 3ème trimestre 1999 (thème : « Pluriel »).

(4) On reprend ici le titre – et le sous titre – de l’indispensable ouvrage de Denis DUCLOS paru aux éditions La découverte.

(5) Cf. les récents ouvrages de J.C. GUILLEBAUD ou Axel KAHN en France.

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