MacroECONOMIE / DU SAVOIR AU SAVOIR : DES SAVOIRS « GIGOGNES » ! par Olivier BRIFFAUT

Attention ! Tout travail de recherche peut conduire la réflexion toujours plus loin dans les méandres du savoir ! Chercher à savoir implique de savoir a priori… Commencer à savoir implique d’accéder à d’autres savoirs « gigognes »… infiniment ?

Intéressons-nous par exemple au problème du chômage (comme nous l’avons fait dans notre Thèse de Doctorat) : n’est-il pas inhérent à l’organisation économique (capitaliste et monétaire, bien que la juxtaposition de ces deux termes forme une redondance) ? Générons, si possible, une analyse cohérente et exhaustive du fonctionnement spontané – ordonné mais connaissant des dysfonctionnements – de l’économie. Or, deux points fondamentaux paraissent – assez tôt dans le travail de recherche – conduire les analyses économiques courantes dans l’impasse : la séparation dichotomique des grandeurs réelles et monétaires, et, en sus, celle de l’offre et de la demande globales (infirmant l’identité de Jean-Baptiste SAY)…

Le travail de recherche englobe ainsi logiquement plusieurs thèmes – exposés dans nombre de « papiers » macroéconomiques publiés dans ces pages – à commencer sans doute par l’analyse des émissions monétaires, c’est-à-dire la façon dont est introduite la monnaie dans l’économie : tous les revenus, salariaux et non salariaux, ne seraient-ils pas créés, transmis et détruits par les émissions (monétaires et réelles) des salaires ? On peut ainsi montrer l’inexistence d’une juxtaposition des sphères réelle et monétaire.

Mais cela ne peut suffire. Le mode de production capitaliste se caractérise, en effet, dans le cadre nécessairement monétaire, par la présence au sein de toute activité productive du capital et de son accumulation : le cœur de l’explication de la Crise se situe ainsi dans l’analyse de la nature et de la structure du capital, concept qui, pour être bien saisi, peut être confronté à la définition de la notion de travail humain.

Allons plus avant dans l’exposé de la démarche scientifique envisagée, constituée de recherche de savoirs imbriqués.

Il paraît nécessaire d’analyser et de définir le concept d' »économie monétaire de production » pour parvenir à l’analyse de la nature et de la structure du capital : pourquoi ? L’examen des théories du capital implique sans doute une profonde révision de la construction théorique macroéconomique même. Il s’agit dès lors de poser progressivement les fondements de l’analyse de la nature et de la structure du capital en procédant par étapes. On peut ainsi montrer que le concept de capital ne peut être saisi qu’au sein de l’économie monétaire de production bien définie. Ce faisant, peuvent être relevées les erreurs théoriques commises jusqu’alors. Peut dès lors être envisagé l’enchaînement des idées en huit points, huit « poupées russes » du savoir :

(1) Les théories de la valeur dégagées de l’histoire de l’analyse et des théories économiques induisent des théories du capital que l’on peut rejeter, sauf à parvenir à synthétiser les apports respectifs des théories de la « valeur-utilité » – développée essentiellement par les auteurs néo-classiques – comme de la « valeur-travail » – dont Karl MARX fit le socle de toute son analyse du capitalisme -. Doit être ainsi inévitablement abordé le problème – préalable à toute étude du capital – d’une mesure objective des biens. Or, les théories de la valeur jusqu’alors développées, soit introduisent la monnaie par le biais des salaires, certes, mais ne parviennent pas à briser le carcan analytique d’une mesure dichotomique – ce qui est particulièrement apparent chez HICKS -, soit tentent d’homogénéiser les biens, avec plus ou moins de succès, par le travail, source de toute valeur (cette idée ayant été conceptualisée par MARX). Retenons cependant la définition de la notion de « quantum de travail », temps de travail nécessaire à la production de quelque bien ou service. Mais le travail humain ne peut en aucun cas être considéré comme une substance incorporée dans les biens. RICARDO, en dépit de sa définition de quantités relatives de travail incorporé, n’a pu infirmer la notion de « travail-marchandise »(1). MARX a tenté, lui aussi, d’écarter le travail de l’ensemble des marchandises en ayant recours au concept de « force de travail », le travail demeurant malgré cela un facteur matériel (la force de travail est définie comme la mise en oeuvre de capacités matérielles, intellectuelles et physiques(2)). Louable est toutefois l’effort de l’auteur lorsqu’il se refuse à identifier les salaires au prix du travail, effort non poursuivi (on peut le signaler au passage !) par les théoriciens contemporains dits « de la régulation »(3). S’il paraît par conséquent difficile d’éviter le problème d’une conception substantielle du travail, donc de la valeur (d’usage) – alors que la valeur d’usage, lien purement « économique » entre l’objet et l’homme, permet de passer des objets (physiques) aux biens (économiques) – l’analyse menée par MARX quant à la valeur d’échange et la notion même d' »échange entre (pouvoirs) équivalents » nous permet d’entrevoir deux sphères à bien distinguer au sein de l’économie : la production et la circulation.

(2) Approfondir la notion de travail s’impose alors comme une chose incontournable pour parvenir à comprendre ce qu’est la production d’une part, mais aussi pour dégager progressivement – par confrontation analytique des deux notions – la nature profonde du capital. Il s’agit dès lors de montrer que la production aboutit à un pouvoir d’appropriation économique sur les biens, qu’exprime la valeur bien définie, c’est-à-dire émanant exclusivement du travail humain. La distinction établie dès le XIXème siècle entre la valeur et la richesse(4) se trouve ici affinée : la richesse – non produite mais appropriée – fait l’objet de transformations physiques(5), sous-entendant implicitement la notion d’utilité, alors que la valeur – constituée de droits de propriété produits – fait l’objet d’une création purement économique. Bien que nécessitant synthétiquement les notions d' »utilité » et de « travail », la valeur n’est induite que du seul travail humain. Ce dernier constitue l’unique coût de production et génère, seul, la valeur d’échange de tout bien, ce que révèle l’analyse du cadre spatio-temporel de la production. D’un point de vue strictement économique, retenons, à cet égard, que la production n’est pas une simple transformation, ni un simple déplacement dans l’espace : la production est, ce que nous pourrions appeler, un « mouvement productif d’espace » : elle crée son espace, le produit, dans son mouvement même (le lien entre la production et son produit étant indépendant du temps). Retenons également corollairement la notion de « quantum de temps » : toute production n’existe qu’un instant au sens strict, un point indivisible du temps continu ; il ne peut exister corollairement qu’une et une seule production par période temporelle indivisible. La production est donc une action dont l’inertie dans le continuum est nulle : la production quantise le temps (elle saisit d’un seul coup un morceau de temps continu)(6). Le temps quantique fait écho au « temps du projet » que d’aucuns ont défini(7)… Soulignons que l’étude de la conception du temps en (macro)économie est primordiale, tant il est vrai qu’elle constitue un point d’achoppement de nombre de théories… Mais il est un autre point d’achoppement à circonscrire : la monnaie…

(3) Dès lors, pouvons-nous montrer qu’il est possible de parvenir à une définition synthétique des deux concepts nécessaires à une cohérente compréhension de la nature du capital, à savoir la production et la monnaie. Se pose ainsi le cadre d’analyse du capital : l’économie monétaire de production, notion pré-définie par KEYNES. Sachant que nous ne pouvons corroborer les théories du capital tant autrichienne que marxienne parce que, d’une part, la monnaie n’est conçue que matériellement(8) (c’est ce qu’implique notamment l' »échange entre équivalents »), et, d’autre part, parce que les théories n’ont pu – malgré les efforts notoires de BÖHM-BAWERK – correctement intégrer le temps (nous faisons ici allusion aux théories fondées sur les « détours de production »), l’analyse de la macroéconomie peut se poursuivre en prenant appui sur les deux notions de « quantum de travail » et de « quantum de temps » précédemment dégagées. L’étude affinée de l’introduction du temps au sein de l’analyse économique appelle logiquement une conception quantique de la production. On peut montrer ainsi que la production est à la fois ondulatoire et corpusculaire : le produit est, d’un point de vue purement physique, le résultat d’une transformation matérielle que l’on situe de toute évidence dans le temps continu ; il n’en demeure pas moins que c’est un « objet » nouveau, instantanément créé dans le temps quantique, par le seul travail de l’homme, la production étant définie comme la réalisation d’un projet par lequel la matière (et l’énergie) acquier(en)t une forme utile qui n’existait pas auparavant. Le caractère immatériel de la monnaie peut être rigoureusement établi conjointement au rôle des banques et des entreprises dans le cadre des émissions monétaires et du paiement des salaires – les deux faces d’une même réalité permettant d’établir la stricte équivalence du produit et de la monnaie, objets d’un échange absolu, conformément à l’idée keynésienne de mesure du produit national par les unités de salaires(9). L’économie réelle et l’économie monétaire intégrées, le problème de la mesure homogène des biens se trouve résolu. Et le revenu (quantique) peut être défini : il est créé par le paiement des salaires et détruit par leur dépense, ces deux opérations étant les deux aspects complémentaires de la même émission réelle et formant ainsi la même opération de création-destruction(10). L’analyse quantique de la production et de la monnaie (de l’économie monétaire de production), permet l’étude de la nature et de la structure du capital, conformément à la méthode d’analyse prodiguée par MARX, l’étude du capital nécessitant d’abord l’étude de la marchandise (bien ou service économique).

(4) Il convient à ce stade de l’analyse de définir tout d’abord ce qu’est le « capital-temps » : transcription du revenu du temps quantique dans le continuum (l’épargne est un capital) ; nous trouvons ainsi le revenu dans le temps quantique et le capital dans le temps continu. Le revenu, émis grâce au travail humain, n’est donc issu d’aucun capital : c’est le capital qui procède du revenu. Le revenu n’est donc pas – comme le prétend la théorie néo-classique – dérivé du capital, comme un flux d’un stock ; on pourrait définir plutôt corrélativement le capital comme un « stock quantique ». Le capital-temps est la conversion du revenu actuel (détruit) en revenu futur (créé, reconstitué) : le capital est le temps (continu) séparant ces deux mutations de sens contraire, seule la monnaie bancaire (immatérielle) permettant la constitution de ce pont entre le présent et l’avenir. Le capital est donc un droit de créance sur les banques détenu par les titulaires de revenus. C’est l’association de l’épargne monétaire et de l’épargne réelle qui permet l’existence d’un capital net. Ce que nous appelons « capital financier » (c’est redondant ! Il est plutôt monétaire) peut être défini par les droits de propriété détenus par les titulaires de revenus sur le produit (les titres) : il se substitue au revenu monétaire lors de la constitution de l’épargne (le produit étant alors stocké et formant le capital réel), l’opération inverse se produisant quand l’épargne fait place à la consommation. Précisons que la conception quantique de la monnaie impose, d’une part, l’intégration du capital réel et du capital monétaire – conférant au capital-temps, comme au capital fixe, une nature double – et, d’autre part, l’identité de l’offre et de la demande globales comme cadre général d’analyse de la production et du capital. L’identité de SAY(11) est liée à l’instantanéité du circuit de la monnaie qu’impose l’introduction du temps quantique comme « temps propre à l’économie », comme l’écrirait Henri GUITTON(12). La nature du capital fixe – mutation du capital-temps – est également réelle et monétaire simultanément. Tout capital est par nature d’abord un capital-temps. Le capital fixe est ainsi du capital-temps coulé dans les biens instrumentaux, ces derniers formant les moyens (relatifs, sous l’angle fonctionnel, au capital fixe) et objets (relatifs au capital circulant) de la production. Remarquons qu’est là corroboré le rôle central du travail dans le processus productif, puisque seul producteur (l’homme seul étant doué de conception abstraite de quelque produit), comme MARX l’avait pressenti. Le capital n’a d’influence que sur la production des valeurs d’usage. Le capital fixe est défini par la fusion du capital monétaire (le profit) dans le capital instrumental, alors que le capital-temps est défini par la juxtaposition du capital monétaire (les titres de l’épargne restée à la disposition de l’ensemble des titulaires de revenus) et du capital réel (le produit stocké). Alors que le capital-temps est réversible, puisqu’il est finalement détruit en libérant le revenu dont il est l’épargne temporaire, le capital fixe est, lui, irréversible, dans la mesure où le revenu épargné est définitivement fixé par l’investissement dans le capital instrumental. L’étude du caractère « fixe » du capital nécessite d’approfondir ce que sont les émissions et d’en distinguer deux sortes, « initiales » et « induites ». Le capital fixe est produit par l’injection des revenus épargnés dans de nouvelles émissions de salaires. Les produits de ces émissions induites de salaires sont des biens-capitaux, alors que ceux des émissions initiales sont des biens-salaires. Ceux-ci comprennent dans leur totalité les biens de consommation, d’amortissement et d’investissement, ces derniers s’identifiant à l’accumulation, puisqu’ils sont définis par la dépense de profits (comme pour les biens-dividendes, mais ces derniers sont toutefois redistribués aux titulaires de revenus non salariaux, au sein d’une seule période). Les biens-profits – dont la production est imposée par celle des biens d’amortissement, donc produits de façon « duale » – s’identifient, eux, à la sur-accumulation. La production duale serait en quelque sorte une production « dérivée » (de biens-profits) justifiée par le fait que les biens d’amortissement fusionnent par définition avec les biens-capitaux qui sont la propriété des firmes : les titulaires de revenus ne peuvent donc avoir accès à ces biens ni avec leur revenu évidemment, mais ni, non plus, avec un capital monétaire. On constate donc dans une seule période l’émission de salaires dans la production des biens d’amortissement (émission financée grâce au profit formé la période précédente) et une deuxième émission de ces salaires validant l’appropriation des biens d’amortissement par les firmes. La production des biens d’amortissement n’apporte donc ni revenu ni capital aux titulaires de revenus.

(5) Analyser plus profondément encore la nature et la structure du capital implique nécessairement de comprendre ce qu’est l’amortissement d’une part (incorporation ou transmission de valeur dans la théorie marxienne(13)), selon quel mécanisme il se manifeste dans l’économie et comment la théorie peut en déduire la distinction entre capital fixe et capital circulant d’autre part. S’agissant du capital circulant, l’analyse de l’amortissement du capital révèle qu’il diffère du capital fixe au sens strict, dans la mesure où, incorporé aux biens, il apparaît sous une forme matérielle au cours du processus de transformation pour être consommé par les ménages sous une forme différente. En cela, l’amortissement du capital circulant est une création (constitution)-destruction (incorporation), alors que l’amortissement du capital fixe est une destruction (dépréciation)-création. Mais, pour bien saisir la notion d’amortissement, il convient de concevoir son financement, c’est-à-dire l’existence du profit au sein de l’analyse macroéconomique ! Une approche historique succincte de cette question nous montrerait aisément, soit l’impossible conception du profit macroéconomique dans le cadre de l’échange entre équivalents – c’est ce que révèle l’analyse walrasienne de l’amortissement(14) -, soit la compatibilité du profit et de l’analyse macroéconomique – dans le cadre de l’analyse keynésienne de l’amortissement -, mais au prix de la distinction des sphères de la production et de la circulation : KEYNES peut démontrer l’existence d’un revenu de transfert parce que le revenu des services producteurs se forme non sur le marché des produits (dans la sphère de la circulation) mais sur le marché des services producteurs (donc à la production). Le profit-revenu de transfert (keynésien) analytiquement existe, mais la compréhension de sa formation, dans l’une ou l’autre sphère, n’est pas claire.

(6) La raison en est que la définition du profit, dans le cadre de l’analyse macroéconomique quantique du capital, nécessite une conception conjointe de la production et de la circulation(15). En montrant que les profits ne peuvent être formés (si nous considérons séparément production et circulation) ni dans la (seule) sphère de la production – l’exclusivité productive du travail fait obstacle – ni dans la (seule) sphère de la circulation – sous peine de concevoir les profits sous le seul angle physique – nous parvenons là à une conception synthétique de ce qui constituaient jusqu’alors deux branches d’analyse macroéconomique. L’imbrication conceptuelle du marché des services producteurs et du marché des biens et services produits(16) permet une conception du financement du profit dans le cadre strict du rejet de toute dichotomie néo-classique entre économie réelle et économie monétaire ; les relations entre les marchés sont symétriques : le versement des salaires (dont la dépense de profits) sur le marché des services producteurs correspond à la dépense de destruction définitive de revenus (dont la formation de profits) sur le marché des biens.

(7) L’analyse quantique du capital débouche alors sur une explication de la Crise que l’étude de l’investissement du profit (dans la rémunération de services producteurs au sein d’une seconde période de production) – permise par le phénomène d' »imbrication » des marchés – révèle. Non seulement l’explication de la Crise peut être élaborée en rejetant les analyses couramment admises, et notamment celle, keynésienne, fondée sur le métaphysique multiplicateur d’investissement, mais, bien plus, elle affirme l’identité de SAY en soulignant la non-existence de la thésaurisation macroéconomique ; en effet, pour définir l’inflation comme une diminution de la valeur de l’unité monétaire, il faut pouvoir poser l’équivalence de deux sommes de monnaie arithmétiquement inégales, ce que permet seul le postulat d’équivalence entre le produit et la monnaie(17) ! L’inflation est ainsi saisie en tenant compte du processus d’amortissement et du concept de « production duale ». En réitérant l’acte d’investissement, le mécanisme d’amortissement définit au plus profond la Crise (car, rappelons-le, il n’y a aucun apport de revenu ni de capital aux titulaires de revenus). Cela dit, la seule cause du dysfonctionnement de l’amortissement du capital fixe est l’appropriation des moyens de production par les firmes, celle-ci étant due au fait qu’en chaque période le paiement des biens-capitaux est inflationniste (ceux-ci étant payés deux fois). On peut ainsi distinguer le profit « normal » qui, non redistribué, définit le capital fixe, et le profit « d’inflation » finançant la production duale pour permettre l’amortissement du capital fixe. La Crise trouve ainsi une explication dans la distinction établie entre les émissions « pleines » et les émissions « vides » (les biens-profits étant appropriés par les entreprises immédiatement en nature et non d’abord en monnaie comme les biens-salaires), distinction issue de celle de deux secteurs dans l’économie dont MARX avait esquissé les contours et KEYNES parfait l’analyse.

(8) Soulignons enfin que l’analyse de la Crise développée par MARX et par KEYNES, fondée sur la partition de l’économie en deux secteurs, peut être corroborée dans le cadre de l’analyse quantique de l’économie monétaire de production. Nous pouvons démontrer ainsi, d’une part, que l’inflation trouve sa source dans le second secteur (production de biens-profits) – la « couronne » – alors qu’elle inflige sa conséquence dans le premier (production de biens-salaires) – le « noyau » – et, d’autre part, que le chômage peut être expliqué, dans le strict et parfait respect de l’identité de SAY (valide dans le premier comme dans le second secteur), en ayant recours à la loi de la baisse tendancielle du taux de profit(18). L’analyse macroéconomique quantique permet de concilier l’équivalence de l’offre et de la demande globales avec l’existence d’écarts non nuls constatés concrètement entre ces deux grandeurs, en distinguant finalement la mesure de l’offre en unités de monnaie constantes (identique à la demande mesurée également en unités de monnaie constantes) et la mesure de la demande en unités de monnaie courantes, c’est-à-dire en unités affectées par la pathologie (unités de monnaie privées de pouvoir d’achat)(19). Insuffisamment rémunératrice, la production du second secteur est soit réduite, soit destinée au marché financier ; rien n’empêche, en effet, les entreprises de produire des biens-profits destinés à être vendus – dans la sphère de la circulation – aux titulaires de revenus salariaux et non-salariaux – sous la forme, donc, de biens-salaires du secteur dual -, au lieu de les maintenir dans la sphère de la production : le problème réside dans l’écoulement définitif de ces biens, qui ne peut être assuré que s’ils sont achetés deux fois ! L’explication quantique de la Crise (inflation et chômage, les deux phénomènes formant les deux conséquences inséparables de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit dans l’explication macroéconomique quantique ici avancée) stipule l’existence d’une confrontation entre le profit et l’intérêt conçu comme un référentiel. L’analyse du capital pourrait ainsi être approfondie par l’étude de la notion de « rendement » qui lui est attachée, et donc de la façon dont est déterminé l’intérêt(20). Nous pourrions dès lors montrer que – coût macroéconomique de production – il n’est ni le « prix » du temps(21), ni n’est lié à une quelconque « productivité » du capital, celui-ci n’étant pas productif, au sens strict(22). Les deux notions de « travail » et de « capital » se situent donc bien sur deux plans analytiques que l’on se doit de distinguer sans ambiguïté aucune. L’intérêt(-revenu) – formé au sein du « mouvement productif d’espace », prélevé sur le profit (dont le taux est décroissant) formé à l’intérieur du « noyau » – est la transposition périodique du capital du temps continu au temps quantique ; intérêt et capital ne sont donc pas complémentaires mais, au contraire, substituables.

La compréhension de l’économie monétaire de production ne se trouve-t-elle pas ainsi quelque peu éclairée par l’analyse parallèle des deux concepts fondamentaux que sont le travail et le capital ? Celle-ci constitue un cadre théorique incluant d’autres sous-cadres théoriques… ! Dès lors, l’étude d’une solution bancaire à la Crise (comme celle proposée par Bernard SCHMITT), dans la mesure où tous les éléments de structure du capital sont superposés, imbriqués, et ne peuvent être visibles qu’au sein des comptes bancaires, la monnaie constituant le moule du produit… peut apparaître comme une solution logique inhérente cependant au caractère « automatique » du mécanisme d’amortissement du capital. Et là, force est de constater l’inévitable recours à des travaux de recherche issus d’autres disciplines (analyses historiques et théoriques de gestionnaires…). Toujours plus loin dans les méandres du savoir…

 

Notes :

(1) Cf. David RICARDO, Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Champs/Flammarion, Paris, 1977, notamment p. 25.

(2) Cf. Karl MARX, Le Capital, Livre I, Éditions Sociales, Paris, 1976, notamment p. 98.

(3) Cf. Robert BOYER, La théorie de la régulation, La Découverte, Paris, 1986, notamment p. 44.

(4) Cf. par exemple Thomas Robert MALTHUS, Principes d’économie politique, considérés sous le rapport de leur application pratique, « Perspectives Économiques », « Les Fondateurs », Calmann-Lévy, 1820-1969, notamment pp. 242 à 248.

(5) Cf. Irving FISHER, The Nature of Capital and Income, Mc Millan, London, 1902, notamment p. 3.

(6) Cf. Bernard SCHMITT, Inflation, chômage et malformations du capital, Economica, Castella, Albeuve, Suisse, 1984, notamment pp. 49 à 54.

(7) Cf. Jean-Pierre DUPUY, « De l’omniscience divine aux anticipations rationnelles », pp. 123-164, In René HEYER (Sous la Direction de), Économie et symbolique, Presses Universitaires de Strasbourg, 1994.

(8) En révisant la théorie néo-classique de l’équilibre général, les théoriciens « du déséquilibre » insistent sur le rejet de toute conception de la monnaie visant à la considérer comme un bien… sans toutefois parvenir à définir une véritable économie monétaire, la monnaie n’étant introduite qu’au niveau de l’échange : cf. Alain BARRÈRE, Déséquilibres économiques et contre-révolution keynésienne, Economica, Paris, 1983, notamment pp. 64-66.

(9) Cf. John Maynard KEYNES, A Treatise on Money, Volume I, The Pure Theory of Money, In « The Collected Writings of J.M. Keynes », London, Mac Millan, 1971, notamment pp. 40-41 ; cf. également la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Petite Bibliothèque Payot, Paris, notamment p. 65.

(10) Cf. Jean-Luc BAILLY, Le revenu – élaboration historique d’un concept, Thèse de Doctorat ès Sciences Économiques, Université de Bourgogne, Dijon, 1990.

(11) Cf. Jean-Baptiste SAY, Traité d’économie politique, Calmann-Lévy, Paris, 1972 ; cf. également P.-L. REYNAUD, Jean-Baptiste Say, textes choisis, « Les Grands Économistes », Dalloz, 1953, notamment pp. 211-212.

(12) Cf. Henri GUITTON, A la recherche du temps économique, Fayard, Paris, 1970 ; cf. également Daniel VITRY, « Le temps dans la pensée d’Henri Guitton », In Mélanges offerts à Henri Guitton, le temps en économie, Dalloz-Sirey, 1976, notamment p. 111.

(13) Cf. Alvaro CENCINI & Bernard SCHMITT, La pensée de Karl Marx, critique et synthèse, Volume I, La valeur, Castella, Albeuve, Suisse, 1976.

(14) Cf. Léon WALRAS, Éléments d’économie politique pure, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, Paris, 1976.

(15) Cf. Amit BHADURI, « La signification des controverses récentes sur la théorie du Capital – Un point de vue marxiste », In Nouvelle critique de l’économie politique, sous la direction de Gérard GRELLET, « Perspectives de l’économique », « Critique », Calmann-Lévy, 1976, notamment p. 125.

(16) Cf. Alvaro CENCINI & Bernard SCHMITT, Wages and Profits in a Theory of Emissions, In Advances in Economic Theory, Edited by M. Baranzini, notamment p. 138.

(17) Cf. Bernard SCHMITT, Théorie unitaire de la monnaie nationale et internationale, Castella, Albeuve, Suisse, 1975, notamment p. 68, où l’auteur explique que la loi de SAY est la condition permissive de l’inflation.

(18) On peut montrer, sur la base d’une analyse historique synoptique des deux lois, que la baisse tendancielle des taux de profits et l’identité de SAY ne sont pas incompatibles : cf. Thomas SOWELL, Say’s Low : An Historical Analysis, Princeton University Press, Princeton, 1972.

(19) Cf. Claude GNOS & Bernard SCHMITT, « Le circuit, réalité exhaustive », « Développements récents de la théorie keynésienne », Économies et Sociétés, n°2, 1990, notamment pp. 68-69.

(20) Cf. Eugène VON BÖHM-BAWERK, Histoire critique des théories de l’intérêt du capital, Giard, Paris, notamment Tome II, p. 55.

(21) Cf. Ramon TORTAJADA, « La monnaie et son taux d’intérêt chez J.M. Keynes », In Ghislain DELEPLACE et Patrick MAURISSON, « L’hétérodoxie dans la pensée économique », Cahiers d’Économie Politique, n°10 et n°11, Anthropos, 1985, notamment pp. 134-135.

(22) Cf. Jean-Luc BAILLY, « Monnaie, « finance » et intérêt », In Économie Appliquée, Tome XLVI, 1994, n°1, notamment p. 164.

 

Cet article a été adressé quelque peu modifié en tant que projet de recherche à PEKEA :

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