LINGUISTIQUE / HYPERONYMIE & HYPONYMIE par Mounia AOUIDET

Les recherches consacrées au thème élément / ensemble ont connu des développements récents en linguistique. Depuis ces dernières années, les relations partie / tout, membre / collection, individu / groupe… ont fait l’objet de travaux philosophiques et logiques considérables. De nombreux schémas cognitifs sont organisés par des relations qui unissent les éléments entre eux car ces derniers appartiennent à un tout dont ils représentent une partie. Ainsi, dans la relation partie / tout, membre / collection, on observe une relation hiérarchique ; ces relations jouent un grand rôle dans la structuration du lexique. Elles sont souvent comparées à la relation d’hyperonymie. A travers cet article, j’ai donc souhaité revenir sur les notions d’hyperonymie et d’hyponymie que l’on pourrait considérer comme les « catalyseurs » de tous les travaux qui ont été entrepris depuis, en particulier les travaux sur les collectifs.

Avant tout il est nécessaire de revenir sur la définition de ces notions que nous essaierons d’illustrer. L’hyperonymie, c’est le rapport d’un mot à un autre, dont la référence virtuelle est incluse dans celle du premier (« animal » est l’hyperonyme de « chien »). « Où est passé le cocker ? Où est passé cet animal ?« . L’hyponymie, c’est le rapport d’un mot à un autre dont la référence virtuelle inclut celle du premier (« chien » est l’hyponyme de « animal »).

La majorité des mots appartiennent à une classe de référents voire même à plusieurs classes qui peuvent « s’emboîter » les unes dans les autres, chacune d’elles étant de taille plus ou moins importante par rapport aux autres. Illustrons cela en prenant pour exemple le mot « chien ». On peut donner un nom propre à un chien (qui peut être un nom de personne). Appelons-le « Junior » ; « Junior » peut être désigné aussi bien par le mot « chien » ou « animal ». Ces termes sont employés comme des synonymes. On dira aussi bien : « Où est passé Junior ?« , « Où est passé le chien ?« . Le terme « animal » englobe « chien » et « Junior » ; il fait allusion au même référent. Le terme « chien » contient toutes les races de chiens « caniche », « berger allemand »… La classe « animal » est plus générale que la classe « chien » qui elle-même est plus générale que la classe « Junior ». Les classes n’ont pas la même importance. On dira ainsi que « animal » est un hyperonyme de « chien » et que « Junior » est un hyponyme de « chien », qui est lui-même hyponyme d' »animal ». En ce qui concerne nos exemples, il y a moins de « Junior » que de chiens ; il y a plus de chiens que de « Junior ».

L’hyponyme signifie « nom subordonné » et l’hyperonyme « nom super-ordonné ».

Si l’on revient à la classe « animal » on s’aperçoit qu’elle renferme plusieurs classes de référents (celle des « mammifères », celle des « vertébrés »…). Ainsi, la classe « chien » appartient à la classe des « mammifères ». Cependant, on ne pourra pas pour autant parler du chien « Junior » en le qualifiant par le terme « mammifère » : « Où est passé Junior ?« , « Où est passé le chien ?« , « Où est passé le cocker ?« , « Où est passé cet animal ?« , « Où est passé ce mammifère ?« . Dans le dernier exemple, on remarque que la classe employée ne correspond pas à l’animal en question ! Il est possible qu’une personne utilise cette classe pour parler de son chien mais la phrase prendrait dans ce cas une tournure plutôt ironique. « Mammifère » est un terme trop technique, il est surtout utilisé dans des domaines spécialisés tels que la biologie. Ajoutons que ce type de termes est rarement utilisé dans le langage de la vie quotidienne. Le langage courant admet plus facilement les termes « animal » et « chien ».

Il faut remarquer que l’hyperonyme est plus pauvre sémantiquement, mais plus riche que ses hyponymes sur le plan référentiel.

En effet, l’hyperonyme « animal » regroupe tous les animaux mais sémantiquement il n’est pas facile de donner une définition très précise de ce terme. L’hyponyme « chien » n’a qu’un seul référent (« chien ») ; il est moins riche référentiellement mais son sens sera plus riche ; on aura une définition plus précise et plus complète. Ainsi, la définition de « chien » correspondra à : « Quadrupède domestique de la famille des canidés« . La définition est brève et assez précise. Alors que pour « animal » la définition est relativement vague ; toutes les bêtes qui appartiennent à cet ensemble ne peuvent pas être citées dans leur totalité et de manière précise car la liste serait longue !

Pour conclure, nous dirons que plus un sens est riche et complexe, moins il aura de référents. Le sens de « chien » comporte des points précis (mammifère carnassier…) puisqu’il n’a qu’un référent. Autre exemple bref avec le mot : « chaise ». Ce mot commun est l’hyponyme de « siège », qui est à son tour son hyperonyme. Le « siège » est l’hyponyme de « meuble ». Quel serait l’hyperonyme de « meuble » ? On se rend compte qu’aucun référent pouvant être envisagé comme hyperonyme de « meuble » ne nous vient à l’esprit pour la simple cause qu’il n’y en a pas ! Cependant, pour combler cette lacune, il est possible de recourir à une périphrase qui se présenterait comme l’hyperonyme de « meuble ». On aurait ainsi une périphrase telle que : « Tout objet pouvant être déplacé, construit en matériau rigide [bois, métal, …]« .

A travers tous ces exemples, nous constatons que le lexique n’est pas une construction complète du point de vue sémantique comme de celui des formes.

LES NOMS COLLECTIFS (NCOLLS) : LA RELATION MEMBRE / COLLECTION

(Lire Michelle LECOLLE, “ »Noms collectifs et méronymie” », Cahiers de grammaire, n°23, décembre 1998)

Nous décrirons les caractéristiques de la relation membre / collection qui se base sur une relation élément / ensemble ; les éléments étant isolables référentiellement et lexicalement. Les noms que l’on trouve dans les noms collectifs (Ncolls désormais) ont la propriété de « dénoter par un mot singulier une pluralité d’individus« . On peut représenter les relations membre / collection par les formules suivantes :

– « Nmembres fait partie, appartient à Det Ncoll » ;

– « Det Ncoll est formé, composé, constitué de Nmembres« .

Exemples : « La foule des vivants vit et suit sa folie » (V. HUGO) ; « Un homme passe, mais un peuple se renouvelle » (A. DE VIGNY).

Dans les dictionnaires, les noms collectifs sont ainsi définis : « multitude de personnes« , « ensemble d’êtres humains« , « petit groupe de personnes« … Entrent-ils pour cela dans le cadre d’une relation membre / collection ? Définitions : « membre : chacun des éléments composant un ensemble organisé » ; « collection : réunion d’objets de même nature« . Tous les Ncolls ne peuvent pas être décrits en termes de rapport membre / collection. Le Nmembre existe indépendamment de Ncollection. En effet, la « partie » n’est pas, en principe, définie à partir du « tout ».

Quand il est nécessaire de nommer le membre (qui existe dans l’univers extra-linguistique) à un groupe que le Ncollection présente a priori comme indivis, (la foule, le groupe, la profession), des noms génériques (« membre » pour des humains, « éléments », « constituants ») sont utilisés : foule / membre de la foule ; profession / membre de la profession ; groupe / (élément, membre) du groupe… Des dérivations morphologiques prennent comme base le nom du groupe, par exemples : chœur / choriste, jury / juré, académie / académicien.

RAPPORT MEMBRE / COLLECTION EXPRIMÉ À L’AIDE DE PARAPHRASES CANONIQUES

Exemples : « X fait partie de la racaille des politiciens« . « La racaille des politiciens » est constituée de X, Y, Z, de tous les W.

Certains noms collectifs sont essentiellement référentiels :

– ils dénotent le rassemblement d’une pluralité d’objets du monde (« essaim », « bouquet ») ; il y a une correspondance entre réalité extra-linguistique et lexique.

– d’autres désignent des groupes de manière indivise et ont une utilisation catégorisante servant à rassembler conceptuellement des individus disparates dont on veut évoquer une propriété commune, une ressemblance d’un certain point de vue (ressemblance selon une qualité : la « vermine », la « racaille » ; selon la pluralité : la « multitude » ; selon le rassemblement : le « groupe », la « foule », l’ »ensemble »).

Les Ncolls regroupent sous le nom d’une même entité des éléments différents, en effaçant leurs diversités. Les périphrases descriptives ne sont ainsi pas nécessaires. Certains Ncolls ont un rôle quantificateur : un « lot » de chaussettes, une « série » d’images. Le Ncoll (nom de collection) peut avoir des noms de membres différents selon le contexte dans lequel le nom collectif apparaît : troupe / soldat ; troupe / comédien ; troupe / danseur. Et réciproquement : musicien / orchestre ; musicien / ensemble ; musicien / quatuor… Pour les Ncolls, la polysémie est importante, c’est le contexte qui permet de déterminer le référent (nom de membre ou nom de collection) dont il est question.

Prenons d’autres exemples :

– l’association / un membre : « L’association est composée de membres« . On met ici en rapport le groupe avec un des membre(s) quelconque(s).

– l’association / les secrétaires : « L’association est composée de secrétaires« . « L’association a un secrétaire« . On pose maintenant le rapport entre le groupe et un individu saillant. La relation est de la forme « partie fonctionnelle / objet ». Le contexte (et le verbe) met en évidence le rapport logique donné. Dés lors que le membre est présenté avec une saillance particulière, l’intégrité du tout n’est plus préservée.

Dans l’exemple qui suit, c’est le caractère fonctionnel du membre qui suscite ce rapport : le chef d’orchestre / l’orchestre ; le père / la famille.

Passons à d’autres marqueurs de la relation partie / tout : les verbes « de rassemblement ». Une des particularités de ces verbes est de pouvoir faire d’un nom singulier un Ncoll, par exemple : « Toute la rue est rassemblée pour aller manifester« . De la même façon, les verbes « de dispersion » provoqueront un résultat identique : « Toute la rue est dispersée par crainte de représailles« . Nous pouvons aussi faire allusion aux verbes dits « de mouvements » exprimant des mouvements d’ensemble : « La rue se presse autour de la place« .

On notera enfin que tous ces verbes fonctionnent aussi avec des pluriels.

Pour en savoir plus :

A. BORILLO, « Statut et mode d’interprétation des noms collectifs », Co-texte et calcul du sens, Presses Universitaires de Caen, 1997.

G. KLEIBER, Le générique, un massif ?, Langages 94, pp. 73- 113, 1995.

M. LECOLLE, « Noms collectifs et méronymie », Cahiers de grammaire, n°23, décembre 1998.

C. MICHAUX, The collectives in french : a linguistic investigation, Linguisticae Investigationes XVI : 1, pp. 99- 124.

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Classé dans ELEMENTS & ENSEMBLES

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