HISTOIRE Culturelle / DU DESIR OUBLIE AU PLAISIR AFFIRME. ESQUISSE D’UN PANORAMA CULTUREL EN ESPAGNE (1936-1996) par Nicolas BALUTET

« Supprimer le plan des seins nus de Teresa. Le thème ne favorise pas la condition ecclésiastique. C’est une attaque à l’Espagne d’après-guerre« 

(Extraits d’Actes de Censure).

Partant des événements historiques qui ponctuèrent la vie espagnole de 1936 à 1996, est esquissé ici un panorama des manifestations culturelles dont l’évolution peut se synthétiser sous la formule d’une longue et douloureuse quête pour la récupération puis pour l’affirmation d’une liberté artistique et éducative.

En juillet 1936, un groupe de militaires et de politiciens rétrogrades tente un coup d’État en Espagne pour mettre fin à ce qu’ils appellent l’agitation « révolutionnaire » et aux altérations de l’ordre public.

 

LA CULTURE DURANT LA GUERRE CIVILE (1936-1939)

 

Les autorités et la grande partie du peuple espagnol opposent une vive résistance et le coup d’État se transforme en une véritable guerre civile. Le peuple qui reste fidèle à la République prend les armes mais la désorganisation ne favorise pas les initiatives. De même, l’armée est complètement désorganisée à cause de la rébellion de beaucoup d’officiers qui viennent augmenter les rangs des Nationalistes. Les débuts de la guerre civile sont marqués par une confusion totale. L’intervention étrangère sera décisive. HITLER et MUSSOLINI soutiennent les Nationalistes en envoyant du matériel et des hommes. En revanche, les démocraties européennes comme la France ou le Royaume-Uni restent en dehors du conflit. Seule l’Union Soviétique intervient aux côtés des Républicains. En plus de l’appui des États nazi et fasciste, les Nationalistes bénéficient de la division des Républicains entre Socialistes, Communistes et Anarchistes. En octobre 1936, le général Francisco FRANCO prend le commandement des opérations nationalistes et le 1er avril 1939 il entre victorieux à Madrid.

La culture va subir un effroyable traumatisme. C’est la fin de l’activité créatrice de ceux qui voulaient « sauver » l’Espagne. Cela ne veut pas dire que cesse toute production intellectuelle mais seulement que les circonstances ont changé. Des personnes qui ont travaillé ensemble auparavant s’inscrivent désormais dans des camps différents et leur principale préoccupation se tourne vers la guerre et les problèmes qui en découlent. Durant cette période se perd aussi cet esprit d’entraide, de convivialité, d’amitié qui animait les générations précédentes. Maintenant, le sentiment dominant est l’angoisse et la peur. Plus grave, se produit l’exil de toute une Espagne peregrina constituée notamment par de nombreux intellectuels, marquant une grande perte pour la culture espagnole.

 

LE FRANQUISME (1939-1975)

FRANQUISME ET LITTÉRATURE

 

L’Espagne sort à peine d’une guerre que le monde se retrouve plongé dans une autre. Le pays se déclare officiellement neutre dans le conflit de la deuxième guerre mondiale mais cela n’empêche pas FRANCO d’appuyer les forces de l’Axe en envoyant des hommes, la División Azul, combattre au front russe. La deuxième guerre mondiale achevée, l’Europe ressent le désir d’implanter des régimes démocratiques ou socialistes. Dans cette perspective, l’Espagne se trouve dans une situation délicate. Tous vont condamner le Franquisme. Le 1er mars 1946, la France ferme ses frontières avec l’Espagne et les démocraties européennes rappellent leurs ambassadeurs. Le 4 avril 1946, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis signent une déclaration tripartite contre le régime franquiste dans laquelle ils dénoncent l’absence de liberté et la répression en Espagne. Enfin, en décembre 1946, l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) décide de refuser l’entrée de l’Espagne dans tous les organismes dont elle a la charge. Les années d’après-guerre (1939-1950) sont très difficiles pour le pays qui se retrouve complètement isolé au sein de l’Europe. Dans ce contexte, de nouvelles préoccupations littéraires, artistiques et intellectuelles voient le jour.

Deux tendances poétiques se manifestent dans l’Espagne de l’après-guerre : une poésie « enracinée » et une poésie « déracinée ». La poésie « enracinée » montre une vision du monde claire et optimiste à laquelle se mêle un fort sentiment religieux et des thèmes traditionnels comme l’amour et les paysages. La poésie « déracinée », au contraire, témoigne d’une certaine angoisse vis-à-vis du monde qui apparaît douloureux et chaotique. S’inscrivent dans cette ligne de pensée les premières œuvres de Gabriel CELAYA et de Blas DE OTERO.

Le roman de l’après-guerre s’inscrit dans une étape de recherche de nouvelles formes narratives. Deux romans constituent un nouveau départ pour le genre narratif. Il s’agit de La familia de Pascual Duarte de Camilo José CELA et de Nada de Carmen LAFORET. Le réalisme sordide donne au lecteur une impression d’agonie.

La guerre civile a aussi bouleversé le théâtre espagnol. A côté d’un théâtre comique, se développe un théâtre grave, préoccupé par les problèmes humains. En 1949, Historia de una escalera de Antonio Buero VALLEJO est représentée pour la première fois. Cette œuvre marque l’apparition de ce nouveau théâtre.

Durant la décennie des années 50, l’Espagne connaît un processus de reconnaissance à l’extérieur et de remise en question à l’intérieur. Ce qui va sauver FRANCO de son isolement, c’est le début de la Guerre Froide. En effet, le dirigeant espagnol s’est toujours posé en fervent opposant au Communisme. Sa position lui vaut d’être intégré dans certains organismes de l’O.N.U. comme la F.A.O. en 1950. Cette « amélioration » toute relative de la situation dans le pays conduit les écrivains à se préoccuper des inquiétudes sociales, laissant de côté les angoisses de l’après-guerre. Commence la période du réalisme social.

Deux oeuvres constituent les références de la poésie sociale. Il s’agit de Pido la paz y la palabra de Blas DE OTERO et de Cantos íberos de CELAYA. Cette poésie s’intéresse aux problèmes humains d’un point de vue social (injustice sociale, le monde du travail, le désir de liberté, etc.) et emploie un langage clair, susceptible d’être compris par le plus grand nombre.

Le roman qui annonce le réalisme social est sans nul doute La colmena de CELA publié en 1951, qui présente une vision impitoyable de la société madrilène de l’époque. Mais c’est vraiment à partir de 1954 que le réalisme social prend toute son ampleur dans le roman, avec l’apparition de nombreux écrivains comme Juan GOYTISOLO, Ignacio ALDECOA et Carmen Martín GAITE. Les thèmes développés par ces écrivains sont la dure vie de la campagne, le monde du travail, l’évocation de la guerre civile ainsi que la vie dans les villes. En ce qui concerne le style, il est simple et direct, ce qui ne signifie pas qu’il soit pauvre dans le langage et la syntaxe. Derrière la simplicité apparente, se cache un véritable effort de construction.

Le théâtre social comme les autres genres littéraires s’oriente vers le réalisme social. Alfonso SASTRE et Antonio Buero VALLEJO en sont les pionniers. Le théâtre social aborde des problèmes très concrets comme la déshumanisation du travail et des ouvriers et se préoccupe de l’injustice sociale et de l’aliénation des travailleurs. C’est un théâtre engagé dans la dénonciation des problèmes de l’Espagne.

La décennie des années 60 est celle du développement économique. FRANCO veut sortir l’Espagne de l’autarcie et du sous-développement que connaît le pays depuis des années. Se produisent de nombreuses transformations à tel point que l’on n’hésite pas à parler de miracle économique. Le pays connaît une rénovation de ses structures et de sa technologie et s’ouvre sur l’extérieur avec le tourisme qui se développe. Tous ces changements ont de profondes répercussions sociales. Les ouvriers qui deviennent de plus en plus nombreux ainsi que la classe moyenne affirment davantage leur désir d’un changement. En littérature se manifeste aussi une tendance au changement. On abandonne peu à peu le réalisme social pour s’intéresser à de nouvelles formes d’expression.

La poésie de cette période continue à se préoccuper du thème fondamental de l’Homme mais on assiste maintenant à un certain scepticisme qui éloigne cette poésie de la précédente. De plus, il y a un retour à ce qui est intime comme l’enfance, la famille, l’amour et l’amitié. Avec cette poésie, renaît l’intérêt pour les valeurs esthétiques et les possibilités qu’offre le langage.

Laissant de côté le réalisme social, les écrivains s’intéressent désormais aux grandes œuvres étrangères et aussi au roman hispano-américain qui fait son « boom ». Le roman acquiert plus de richesse dans le traitement des thèmes, dans la structure, dans les formes de narration et de description. Le style est plus varié et audacieux. Parmi les œuvres les plus remarquables, on retiendra Cinco horas con Mario de Miguel DELIBES, La saga/fuga de J.B. de Gonzalo Torrente BALLESTER et Señas de identidad de Juan GOYTISOLO.

On assiste aussi à une recherche de nouvelles formes d’expression dramatique. Les symboles et les paraboles formelles sont de plus en plus utilisés et le théâtre s’inspire de la comédie musicale et du cirque pour accompagner les ressources verbales. La thématique reste axée cependant sur la dictature et le manque de liberté ainsi que sur la déshumanisation.

 

LA MAINMISE DE FRANCO

 

Non seulement la censure, c’est-à-dire le contrôle que fait le Régime des divers moyens d’expression en vue d’accorder ou de refuser leur présentation au public, va être utilisée volontiers par FRANCO, mais la victoire des Franquistes entraîne un retour en arrière spectaculaire dans le domaine de l’Éducation qui est contrôlée par l’État et l’Église. Toutes les avancées pédagogiques et éducatives disparaissent. Tout doit être repris à zéro mais avec une orientation différente. Les programmes sont ainsi modifiés et expurgés. La Junta para Ampliación de Estudios e Investigaciones Científicas disparaît et est remplacée, en 1939, par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas (C.S.I.C.). Le C.S.I.C. se veut être une version « catholique » de la Junta. Sa mission est de « rechristianiser » la culture. En 1942, sont créés les Colegios Mayores, sorte de résidences universitaires et de centres d’études pour former les futurs intellectuels du régime franquiste.

Dans les années 50, les étudiants commencent à connaître les mouvements intellectuels européens qui différent de la réalité espagnole. La jeunesse sollicite alors de plus amples libertés. D’autre part, les plans d’études se modernisent et des personnes plus libérales occupent des postes importants au sein de l’Éducation. Cette situation contribue à favoriser un mouvement estudiantin qui s’organise au début de 1956. Cependant, ce mouvement se heurte aux groupes les plus traditionnels et réactionnaires de la société. Plusieurs personnes sont arrêtées et le Régime s’endurcit. A partir des événements de 56, l’Université connaît d’incessants troubles qui témoignent d’une inquiétude et d’un profond malaise. Le monde universitaire se rend compte que cela ne peut plus durer ainsi. En 1965, la crise éclate et de nombreux professeurs sont destitués de leur chaire. Pour résoudre les problèmes, est promulguée en 1970 une Loi Générale d’Éducation. Mais comme les problèmes de fond ne sont pas envisagés par le Régime, cette loi n’apporte, de fait, rien de nouveau. Les problèmes restent en suspens jusqu’à la mort de FRANCO en 1975.

 

LA PÉRIODE ACTUELLE

LA TRANSITION DÉMOCRATIQUE (1975-1982)

 

Après la mort de FRANCO, le jeune roi Juan CARLOS 1er prend le pouvoir. Dans une première phase, on assiste à une certaine continuité du Régime précédent car le chef du gouvernement est le franquiste Carlos Arias NAVARRO. Mais, bien vite, en juillet 1976, le roi désigne Adolfo SUÁREZ pour remplacer NAVARRO. Le nouveau chef du gouvernement va proposer une politique de consensus pour éviter une rupture trop brutale. De nombreuses mesures sont ainsi appliquées pour donner à la culture espagnole un souffle nouveau. Après avoir légalisé tous les partis politiques interdits depuis la victoire des Nationalistes, Adolfo SUÁREZ publie le 1er avril 1977 un décret-loi qui explique les nouvelles conditions de la liberté d’expression. Il reconnaît le droit à la liberté d’expression et à la diffusion de l’information. On assiste donc à un démantèlement de la censure. Sous FRANCO, il existait un Ministère de l’Information et du Tourisme (M.I.T.). Celui-ci se transforme en 1977 en Ministère de la Culture et du Bien-être. Le nouveau ministère possède à peu près les mêmes attributions que le M.I.T. mais n’exerce plus de contrôle d’opinion. Il doit défendre les initiatives publiques et privées dans le domaine de la culture et favoriser l’accession de tous à celle-ci. Il faut noter que la Constitution de 1978 donne de nombreux pouvoirs aux gouvernements autonomes qui vont désormais mener leur propre politique culturelle.

La mort de FRANCO et l’arrivée de la démocratie ouvrent de nouvelles perspectives et suscitent de nombreuses espérances. Dans le domaine littéraire, le fait le plus marquant est le démantèlement de la censure qui va permettre aux écrivains d’exprimer leurs idées en toute liberté.

Les poètes de cette période sont nés pour la plupart après la guerre civile, ils ont donc toujours connu le Franquisme. Face à la société, ils adoptent une attitude ironique voire incisive mais le plus intéressant est leur style qui recherche un nouveau langage. De plus, ils prêtent attention aux auteurs classiques et modernes, espagnols ou étrangers, ainsi qu’au cinéma et à la musique.

Le roman qui symbolise le mieux le genre narratif de l’après-Franquisme est sans nul doute La verdad sobre el caso Savolta (1975) d’Eduardo MENDOZA. On revient à l’argument mais sans laisser de côté les préoccupations structurelles. Le roman de cette période se manifeste par l’absence de références explicites à la réalité quotidienne, par la revalorisation de l’argument et la multiplicité des sources d’inspiration (thriller, roman policier, événements historiques, cinéma, musique, etc.). Le ton devient satirique. En témoignent les aventures du détective fou dans El misterio de la cripta embrujada (1978) et El laberinto de las aceitunas (1982) d’Eduardo MENDOZA. Le détective Pepe Carvalho qui est le protagoniste d’une série de romans de Manuel Vázquez MONTALBÁN adopte aussi un ton ironique. Enfin, on observe un retour à ce qui est intime et aux sentiments.

L’implantation de la démocratie ouvre de nouveaux horizons pour le théâtre mais se font attendre les nouveaux auteurs et les grandes oeuvres. On peut citer cependant la magnifique pièce de théâtre de Fernando FERNÁN-GÓMEZ, Las bicicletas son para el verano (1982).

 

LA CULTURE AUJOURD’HUI

 

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol gagne les élections législatives de 1982. Le leader du P.S.O.E. est un avocat andalou, Felipe GONZÁLEZ. Va se produire une véritable rupture par rapport aux gouvernements précédents car les nouveaux dirigeants sont tous des hommes (et des femmes !) qui n’ont jamais eu de responsabilités politiques sous le Franquisme. De profonds changements voient le jour : école obligatoire jusqu’à 16 ans, loi sur l’avortement, législation sur la consommation de drogues douces, etc… La croissance économique augmente tandis que le taux de chômage baisse. En 1985 cependant, le climat social commence à se détériorer car les travailleurs estiment qu’ils bénéficient peu de la nouvelle croissance, mais cela ne se traduit pas par des sanctions électorales car le P.S.O.E. reste au pouvoir jusqu’en 1996. En mars de cette même année, les élections législatives sont remportées par le parti de centre-droite, le Partido Popular, dirigé par José María AZNAR. Après la victoire des socialistes et l’instauration d’une véritable démocratie, se produit dans le domaine culturel une plus grande liberté qui se manifeste par des initiatives comme la création de l’Institut Cervantes ou des mouvements tels que la Movida.

Durant le Franquisme et même pendant la transition, l’Espagne se trouve isolée dans le domaine de la culture. Les intellectuels, les artistes et les hommes politiques se lamentent car l’Espagne est le seul grand pays européen qui ne dispose pas d’un organisme chargé de représenter et de diffuser sa culture dans le monde. Pour pallier à ce manque, est créé en 1991 l’Institut Cervantes. En quelques années, sont implantés soixante-treize centres dans quarante et un pays dont beaucoup en Europe. Pour la première fois de son existence, l’État espagnol dispose d’un véritable organisme à l’échelle mondiale, chargé de la diffusion de sa langue et de sa culture.

Après le sommeil « imposé » sous le Franquisme, le cinéma espagnol renaît dans les années 80. Vers 1981-1983, il rentre dans une phase importante qui est saluée par la critique internationale. En témoignent les trois œuvres de Carlos SAURA : Carmen, Bodas de Sangre et El amor brujo. De plus, La colmena de Mario CAMUS reçoit l’Ours d’Or au festival de Berlin. Il s’agit d’une adaptation du célèbre roman de Camilo José CELA qui met en scène l' »élite » du cinéma espagnol (Ana BELÉN, Francisco RABAL, Victoria ABRIL, etc.). Enfin, Gutiérrez ARAGÓN triomphe en 1982 avec Demonios en el jardín. Mais le nouveau cinéma espagnol est marqué par la personnalité du galicien Pedro ALMODÓVAR qui innove avec des films inspirés de la Movida, courant de création multiforme associé à la vie nocturne madrilène, qui laisse libre cours à toutes les manifestations du plaisir. On retiendra Laberinto de las pasiones (1982), Entre tinieblas (1983), ¿Qué he hecho yo para merecer esto? (1984), Mujeres al borde de un ataque de nervios (1987), Atame (1989) ou bien Tacones lejanos (1991). Naturellement ALMODÓVAR n’est pas le seul à briller dans le domaine du cinéma. De nouveaux metteurs en scène comme Fernando TRUEBA, Bigas LUNA ou Imanol URIBE représentent des noms importants pour le cinéma actuel. Enfin, pour témoigner de la vigueur du septième art espagnol, on peut citer le festival de Saint-Sébastien qui attribue chaque année la Concha de Oro.

Poster un commentaire

Classé dans DU DESIR AU PLAISIR...

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s