HISTOIRE / COURAGE, FUYONS ! LA FUITE DE LOUIS XVI, OU PETITE CHRONOLOGIE D’UNE GRANDE LÂCHETÉ JUGÉE À L’ÉCHELLE DE L’HISTOIRE par Renaud BUSENHARDT

Parmi tous les actes vils, parfois répugnants, souvent funestes, qui jalonnent l’histoire des hommes, il en est peu qui fassent l’unanimité contre leurs auteurs au point du grotesque épisode de la fuite du Roi LOUIS XVI.

Pas un des ses contemporains ne lui a trouvé de circonstances atténuantes. On se sortit de l’affaire en masquant la fuite derrière une tentative d’enlèvement totalement fictive, et qui ne trompa personne. Après cette aventure mal préparée, mal dirigée, et donc vouée à l’échec, le divorce est flagrant entre la nation et le Roi, et plus rien ne sera comme avant en France. La personne royale s’est rendue coupable d’un crime de lèse majesté en endossant une livrée de laquais, et en tentant de prendre la poudre d’escampette, nuitamment, comme on le fait pour échapper à des geôliers. Est-ce à dire que le Roi, plutôt que fuir, voulait s’évader ? L’idée n’est pas saugrenue, si l’on pense que LOUIS XVI avait de bonnes raisons de croire ceux qui voulaient le persuader qu’il n’était plus libre de ses mouvements. La politique du pire, érigé en méthode affirmée de gouvernement par le souverain pour contrer la Révolution avait produit des effets pervers. L’Assemblée crispée prêtait l’oreille aux rumeurs de complots contre la Révolution au sein même des Tuileries. Si bien que des gardes veillaient sur LOUIS XVI, limitant ses déplacements, et renforçant l’impression de captivité qui était la sienne. Déjà, en avril 1791, le Roi avait voulu se rendre à Saint-Cloud pour la messe des Rameaux, et pensait en profiter pour se confesser à un prêtre non-jureur. On appréciera d’emblée l’ineptie du procédé de la part d’un roi qui avait lui même juré fidélité à une constitution que le prêtre en question rejetait… En fait, l’excursion tourna court, et les gardes nationaux s’opposèrent à la voiture du Roi. LOUIS XVI, contraint de rebrousser chemin, aurait lâché à LA FAYETTE : « Au moins vous avouerez à présent que nous ne sommes pas libres« .

Donc, le Roi se sent prisonnier. Après l’épisode de Saint-Cloud, des gardes ont pour mission de passer la nuit dans les couloirs des appartements royaux. La cage est dorée, mais n’en serait pas une si le Roi n’avait pas déjà la tête ailleurs, en l’occurrence à Metz. Son entourage, détournant LOUIS XVI des dernières recommandations de MIRABEAU, mort quelques semaines plus tôt et qui lui avait fortement déconseillé de tenter l’évasion, le persuade que le salut est dans les armées européennes, désireuses d’en finir avec la Révolution. Pour rallier les émigrés, il faut quitter Paris, tourner le dos à la nation, et tenter de rejoindre BOUILLÉ à Metz.

A cette époque, la France est toujours une monarchie, assise sur le roi et la nation. Pour beaucoup, pas de nation sans roi, et pas de roi sans nation. C’est donc un vrai suicide politique que se propose LOUIS XVI, convaincu à tort que la Révolution n’est qu’une avarie sans importance, et dont il sera facile de gommer les effets une fois la monarchie absolue restaurée. En fait, si le roi avait réussi à fuir, sûrement la république eut-elle été proclamée illico, alors qu’en 1791, pas grand monde n’en voulait. Il suffit pour s’en convaincre d’analyser un peu la peur panique qui prit les révolutionnaires au matin du 21 juin 1791. Découvrant le lit royal vide, le valet LEMOINE donne l’alerte, et le tocsin résonne dans tout Paris. Les plus engagés des révolutionnaires réclament la république, alors même que l’Assemblée n’en veut pas, et fait passer une consigne surprenante : le Roi n’a pas fui, mais a été enlevé. Il faut le retrouver pour sauvegarder les institutions. Bien entendu, personne n’est dupe de la supercherie, mais la thèse officielle aura la peau dure. LOUIS XVI aurait pu, en stratège cynique, se réserver cette solution de repli en cas d’échec de sa fuite, et accréditer lui-même l’idée de l’enlèvement, qui aurait (peut-être) sauvegarder un peu de son prestige. Mais il a laissé aux Tuileries une lettre manuscrite sans équivoque, annonçant son projet, et déclarant qu’il revient de facto sur toute l’œuvre libératrice de la Révolution. Un peu comme si un évadé d’une prison donnait l’itinéraire de sa cavale, et la liste de ses prochaines victimes. Il faut posséder une belle dose d’inconscience, ou une solide capacité de mépris et de fanfaronnade pour agir de la sorte. Dans un cas comme dans l’autre, difficile de plaider non coupable quand on est repris…

Bien sûr, l’entreprise aurait pu réussir en ce doux mois de juin 1791. L’histoire est pleine de ces récits d’événements ratés, récits dans lesquels on trouve toujours les petites choses qui ont mal tourné, et qui auraient pu, autrement, jouer en faveur des fugitifs. Ah, se lamentera le monarchiste déçu, « si le roi avait opté, comme c’était prévu, pour deux voitures légères plutôt que pour cette grosse berline qui nécessitait tant de changements de chevaux ! LOUIS XVI n’aurait peut-être pas eu à s’arrêter à Varennes, serait arrivé à l’heure au rendez-vous de l’escorte« …

Car il faut bien admettre que la fuite fut un ratage complet. Les soldats du Duc DE CHOISEUL attendant l’arrivée du Roi, ont fini par alerter la population. Pour se prémunir des soupçons, le détachement s’est retiré plus loin. Il semble même que le roi n’a pas quitté Paris, puisque l’équipage affiche trois bonnes heures de retard (jusque là, la ponctualité n’était-elle pas un apanage royal ?). Pourtant, à ce moment là, le temps presse : l’Assemblée a déjà lancé la poursuite, persuadé toutefois que LOUIS XVI est déjà à l’étranger. A Paris, la situation est insurrectionnelle…

A Sainte-Menehould, il est près de 19 h 30 lorsque pointe l’étrange convoi. DROUET, qui tient le relais de poste, se pose de sérieuses questions sur ces voyageurs incongrus. Toutefois la voiture repart, et ce n’est que vers 21 heures que DROUET a confirmation des ses soupçons lorsque arrive un émissaire de Paris. DROUET se lance à la poursuite du Roi en fuite. Vient ensuite l’épisode tragi-comique de Varennes. Le Roi est reconnu, on s’assure de sa personne, et des émissaires de l’Assemblée arrivent bientôt pour le prendre en charge. La cavale improbable n’a pas duré 24 heures…

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