EDUCATION / FUYONS L’ECOLE ! par Lydie PFANDER-MENY

« Nous acquérons par l’éducation des connaissances éphémères et des répugnances tenaces« 

(J. ROSTAND, Pensées d’un biologiste, Stock).

 

La question du décrochage par son ampleur est en train de prendre le relais de celle de l’échec scolaire apparue dans le contexte de la massification de l’entrée au collège au début des année 80. Le souci du Ministère de l’Éducation Nationale et l’importance des études qui lui sont consacrées en témoignent.

Que recouvre la notion de décrochage scolaire dont les contours, au premier abord, semblent assez flous. Est-elle liée à un contexte particulier issu des transformations récentes de la société ou plus précisément du système éducatif ? Qui sont ces élèves décrocheurs pour qui l’école ne fait plus sens et qui s’en excluent peu à peu ?

Le décrochage scolaire est un nouveau phénomène, en augmentation, bien que difficile à quantifier, d’un public surtout lycéen, d’élèves « non captifs » mais c’est aussi un phénomène paradoxal puisque l’on sait que le nombre de jeunes sortis du système éducatif sans diplôme a diminué de moitié en vingt ans (il est environ de 80 000 par an aujourd’hui pour 200 000 dans les années quatre-vingt). Le terme de décrochage d’emblée peut surprendre. Il appartient d’une part, au langage montagnard et caractérise une chute souvent violente, et d’autre part à celui des toxicomanies et renvoie à la rupture vis-à-vis d’une dépendance et du cortège de souffrances qui l’accompagne. Les jeunes touchés sont donc en situation de rupture ou de « démobilisation scolaire » (Robert BALLION). Cette déscolarisation fait suite à une succession d’échecs répétés qui conduisent les jeunes à une perte d’espoir dans l’utilité de leur formation et un désintérêt par rapport au savoir.

La massification des lycées depuis une décennie et l’allongement des études sont sans conteste à l’origine de ce mouvement. « Il ne suffit sans doute plus d’accueillir les jeunes, mais de savoir comment les garder au lycée pour une scolarité fructueuse » (Dominique GLASSMAN, « Le Décrochage scolaire : une question sociale et institutionnelle », in V.E.I. Enjeux, n°122, septembre 2000). Les situations de décrochage sont hétérogènes et les trajectoires empruntées par les jeunes répondent à des logiques différentes : contraintes sociales, déterminants sexuels, représentations par rapport à certaines filières et aux métiers auxquelles elles conduisent… D’après Patrick RAYOU (« Une génération en attente », in V.E.I. Enjeux, n°122), cette déscolarisation des jeunes est souvent davantage imputable à des facteurs d’ordre psychologique qu’à des éléments extérieurs comme le milieu social. Pour beaucoup, le lycée est le rappel de l’échec, d’une non-réponse aux réalités attendues. Les élèves ne se sentent pas à l’aise dans les cursus qu’ils suivent, ils décryptent une relégation de fait dans certaines orientations et ne se sentent plus intégrés dans la communauté lycéenne. Certains lycéens refusent d’accepter les règles du « métier d’élève » et perçoivent le fonctionnement du lycée comme infantilisant, déplorant l’absence de communication ou de considération à leur égard (cf. la Consultation nationale des lycées). Pour d’autres, décrocher c’est aussi se couper du groupe de pairs avec lequel ils ne trouvent pas leur compte mais c’est aussi refuser « la socialisation verticale » opérée au sein de l’établissement entre adultes et élèves. C’est donc se retrouver dans un interstice qui conduit à la marginalisation. Certains jeunes tentent ainsi d’affirmer un début d’autonomie en rompant avec la loi parentale et souhaitent transformer leur désir en projet.

Cette désaffection se traduit le plus souvent par une déscolarisation réelle du jeune qui quitte le lycée. Elle peut aussi revêtir la forme d’une déscolarisation partielle où l’absentéisme est récurrent. D’autres élèves forment le noyau des décrocheurs de l’intérieur : présents au lycée, ils affichent un comportement soit de réticence à l’égard des contenus de cours soit une quasi absence de réaction, ce sont les « présents-absents ». On note également que ces élèves ont souvent recours à une consommation médicamenteuse importante et perpétuent à leur encontre de nombreuses violences qui vont de l’auto-mutilation aux tentatives de suicide. C’est ce que les chercheurs nomment avec inquiétude le nouveau « mal-être » des adolescents.

Pour ces jeunes en rupture franche, les pratiques de raccrochage restent aujourd’hui très aléatoires car elles doivent s’appuyer sur le cœur du processus qui est la perte de sens globale quant à la nécessité de poursuivre des études et de se confronter à de nouvelles règles. Les dispositifs existants travaillent autant sur la prévention des décrochages que sur la nécessité de réinsérer. Un travail d’intégration dans le tissu social est également tenté afin de lutter contre la marginalisation latente à laquelle conduit cette situation.

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Classé dans COURAGE, FUYONS ?

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