EDUCATION / EN FORME POUR SORTIR DU TUNNEL DU FORMALISME par Raphaël FRANGIONE

C’est un fait. Actuellement, la machine éducative, la didactique au premier rang, est entrée dans un difficile tunnel dont la sortie est longue et pénible, caractérisée par le dilemme suivant : fonder la formation sur les savoirs ou sur les savoir-faire, autrement dit, il s’agit de savoir si l’on préfère les « connaissances déclaratives » aux « connaissances procédurales ».

Cette contribution voudrait détourner le débat pédagogique sur un troisième sujet de discussion, à savoir l’activité enseignante qui, dans ce contexte de transformation-confusion, maintient une fascination inégalée.

Il est juste de focaliser notre attention sur ce thème, vu que cette activité vitale, socialement considérable, va assumer, à l’intérieur du processus dynamique qu’est l’éducation aujourd’hui, une valeur purement instrumentale. Ce qui pose à l’éducateur, fort de certaines compétences bien consolidées et expérimentées sur le terrain, un problème d’identité. D’autant plus qu’il n’est plus considéré en forme ou pis qu’il n’informe pas comme l’on veut. En fait, il est trois fois en contradiction. D’abord avec le chef d’établissement qui ne l’estime plus capable d’obtenir des résultats qui soient satisfaisants, surtout sur le plan des relations avec ses élèves et leurs parents ; ensuite avec les nouvelles technologies de la communication qui, s’appuyant sur la fantaisie et l’activisme, mettent en cause ses façons d’organiser une leçon, de proposer des activités, de gérer l’emploi du temps de la classe ; enfin, avec les élèves qui, ne supportant plus une charge d’activités plutôt lourde en classe comme à la maison, ont la présomption de mettre en forme avec aisance les savoirs scolaires.

Il va de soi que l’activité enseignante n’est pas seulement critiquée mais elle est à tous points de vue disqualifiée. En fait, aux nombreux détracteurs plus ou moins accrédités il faut ajouter une autre composante, les parents d’élèves, qui essaient de se placer, à juste titre, à l’intérieur de l’image triangulaire chère à CHEVALLARD (1985), « enseignant-élève-contenu ».

Or, je tiens à souligner ma personnelle conviction que les parents peuvent contribuer à la bonne réussite de toute intervention élaborée et mise en place par le professeur. Surtout dans la phase d’observation élève-professeur-réalité, ils jouent un rôle essentiel. On pourrait justement parler d' »implicationnisme » du milieu familial dans lequel se produit tout d’abord une subtile mais constante action éducative. Mais, assez récemment, on a constaté que les relations avec les familles ont subi une modification aussi nette que préoccupante. Les parents réclament, d’une tonalité de plus en plus agressive qui débouche quelque part dans la violence verbale, la perfection de la part des enseignants pour tout ce qui touche à l’instruction. On demande à l’enseignant d’être performant mais on n’accepte pas que les enfants soient médiocres. Lorsqu’il s’immisce dans le pédagogique, il est drôle, il parle un langage inapproprié, les équivoques se multiplient et les tensions augmentent ! Attitude maladroite, donc, qui est parfois encouragée par le responsable de l’établissement pris en tenaille entre les parents et l’institution. Situation difficile à gérer dans laquelle l’enseignant apparaît plus faible et plus exposé. D’autre part, l’Éducation à l’autonomie a favorisé l’ingérence d’autres instances éducatives ou prétendues formatives au monde, assimilant, entre autres, le langage du consumérisme. En fait, les parents et les élèves sont considérés des clients à satisfaire, des consommateurs qui réclament leur dû et l’intérêt qu’ils portent à la rentabilité de certains cours est justifiable parce qu’ils partagent une même conception de l’éducation. Mais il est question de culture ! La relation école-famille est une valeur utile et fructueuse pour tous à condition que, en respectant les différents rôles, on fasse comprendre aux élèves qu’il est bon de s’engager pour la poursuite d’un projet éducatif et formatif qui corresponde aux attentes de la communauté éducative. Par ailleurs, jamais la société n’a autant investi dans l’éducation, jamais, comme à présent on ne parle d’école et d’éducation, de pratiques didactiques qui se servent d’Internet, de compétences et de processus d’acquisition. Et, malgré l’impact positif de l’innovation, le malaise persiste. Les réformes se succèdent périodiquement et l’une est le parfait contraire de l’autre. Le risque de voir l’école comme quelque chose de chimérique va être une réalité, une sorte de récipient où l’on peut mettre n’importe quoi. L’objectif n’est plus de faire apprendre la lucidité, « le bon sens » décartien, mais de développer chez l’élève des habilités.

C’est dans cette perspective informe et contradictoire qu’il faut penser ou bien repenser l’enseignant, vrai moteur de l’innovation et de la recherche, aux prises avec une structure de gestion qui se trouve proche de celle de l’industrie, limite son aspiration de rêve et de liberté et le tient dans une sorte de dépendance au lieu de lui ouvrir les voies de l’affranchissement.

C’est cette structure désormais sclérosée qui entraîne le discrédit du rôle que le professeur joue dans l’éducation. Et c’est probablement dans la même direction qu’il faut chercher les raisons du conflit avec les parents d’élèves.

Et alors, comment imaginer ce « nouveau » professeur, obligé d’être en forme pour acquérir une variété de formes de confrontation et de contacts ?

Est-ce qu’il sera proie ou victime des arrogances consommées à l’intérieur du lieu de travail, ou bien apprenti-gladiateur qui va combattre contre tous les formalismes, au nom de la liberté d’enseignement ?

Quoi qu’il en soit, il est indispensable, me semble-t-il, de prévenir tout type de « déflagrations » et faire en sorte que l’École (re)devienne un lieu d’échanges et non de luttes vaines et stériles.

Poster un commentaire

Classé dans EN FORME(S) ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s