PROSE POETIQUE

IN TABERNA

par Renaud BUSENHARDT

Un soir de pleine lune où j’errais par les rues,

J’ai croisé du regard une vitrine nue,

Cachant parfaitement de fines réjouissances,

Un brouhaha charmant tout vibrant d’arrogance.

Alors comme un vieux clou attiré par l’aimant,

Je me sentis porté vers le seuil si bruyant.

Passant la porte, enfin, entrant dans la taverne,

J’ai vu que tout tenait dans l’étrange caverne.

Un monde vivait là, en un joyeux désordre :

Des âmes ravinées que plus rien ne peut tordre,

Des esprits raffinés tentant de prendre envol ;

Tout cela enfermé à plaisir dans l’alcool.

Il n’y a d’ivrognerie que lorsque l’on s’avilit,

Mais ici il s’agit bien plus de griserie.

Car la nuit appartient, c’est sûr, au noctambule,

Qui sait voir l’univers partir en mille bulles.

Voyez ! Là, dans un coin, on tue quelque jeunesse,

Ici, c’est tout l’inverse, on blâme la vieillesse,

Un peu plus loin, qu’importe, on est sans désespoir,

On a su s’amuser bien avant d’être noir.

Et là, quelle misère, une femme s’ennuie,

Invite qui veut bien partager son lit,

Si toutefois on veut, avant de tant en faire,

S’assoir à côté d’elle et lui offrir un verre.

Au-delà du comptoir, un vieux couple assoupi,

S’imagine en silence une fugue infinie,

La fuite de celui dont on craint les caresses,

Pensant que l’échappée viendra de leur ivresse.

Et celui-ci, risible, a l’air tout hébété,

De se retrouver seul avec la femme aimée,

Qui les yeux clos chuchote un désir érotique ;

Il est question de corps en étreintes magiques.

Un drame, une empoignade, occupe un coin obscur,

Où les cris, c’est probable, ont débuté murmures ;

Pourtant c’est à côté que les yeux enlacés,

Deux êtres ont décidé une aventure osée.

Et moi je suis tout seul, attendant mon amour,

Celle qui tue mes nuits et possède mes jours,

Elle à qui j’appartiens, elle dont je suis l’homme,

Et qui sera ma femme. Celle que j’aime en somme !

 

ÉTRANGE ÉCRITURE PHONÉTIQUE

par Jean-Michel EVRARD

Sous la vie, les mots…

Les mots pour le dire, les maux pour le pire ;

Mais qu’importent les mots, et qu’importe l’âge,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous les mots, l’habit…

L’habit des rudes, amis de l’habitude ;

Mais qu’importe l’habit, et qu’importe le leurre,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous l’habit, la peau…

La peau de couleur, l’appeau des siffleurs ;

Mais qu’importe la peau, et qu’importe l’appel,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous la peau, les os…

Les eaux de l’abondance, les orages d’enfance ;

Mais qu’importent les zoos, et qu’importe la cage,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sous les os, la terre…

L’atermoiement des uns, l’alternative des autres ;

Mais qu’importe l’éther, et qu’importe l’ego,

Pourvu qu’on sème,

Pourvu qu’on s’aime…

Sur la terre, la vie…

La vie éphémère, la vie de toute manière ;

A mon avis la vie a matière à s’en faire…

A quand la prochaine guerre ?

 

RAI

par Olivier BRIFFAUT

Une ruelle obscure

Aux pavés abîmés

Tolérait la caresse

D’un souffle de vent.

Par une porte étroite

Le vent sifflait alors

Au crépuscule.

Un rai de lumière glissait

En travers de trois marches

De pierre usées.

Des talons claquaient

Sous la bruine.

Souvent, une ombre fine

Venait s’étirer.

Une silhouette sombre

Se figeait – étrangère –

Dans le rai de jour mourant.

Des volutes de fumée

S’envolaient de ses lèvres.

Un chien aboyait

Par-delà les pavés.

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