PARCHEMIN DE TRAVERSE / DES LIENS ENTRE CINEMA ET TEMPS… SELECTION DE CITATIONS par Aurélio SAVINI

« Je crois que la motivation principale d’une personne qui va au cinéma est une recherche du temps : du temps perdu, du temps négligé, du temps à retrouver. Elle y va pour chercher une expérience de vie, parce que le cinéma comme aucun art, élargit, enrichit, concentre l’expérience humaine. Plus qu’enrichie, son expérience est rallongée, rallongée considérablement. Voilà où réside le véritable pouvoir du cinéma et non dans les stars, les aventures ou la distraction. Et c’est aussi pourquoi, au cinéma, le public est davantage un témoin qu’un spectateur.

Quel est alors l’essentiel du travail d’un réalisateur ? De sculpter dans le temps. Tout comme un sculpteur, en effet, s’empare d’un bloc de marbre, et, conscient de sa forme à venir, en extrait tout ce qui ne lui appartiendra pas, de même le cinéaste s’empare d’un « bloc de temps », d’une masse énorme de faits de l’existence, en élimine tout ce dont il n’a pas besoin, et ne conserve que ce qui devra se révéler comme les composants de l’image cinématographique. Une opération de sélection en réalité commune à tous les arts« …

« Je pense qu’un réalisateur qui monte ses films avec facilité et de façons variées est superficiel. On reconnaîtra toujours le montage d’un Bergman, d’un Bresson, d’un Kurosawa ou d’un Antonioni. Il est impossible de les confondre, car la perception que chacun a du temps, et qui s’exprime dans le rythme de ses films, est toujours la même. Quant aux films hollywoodiens, ils ont tous l’air d’avoir été montés par le même individu, tant ils sont indistincts du point de vue de leur montage… »

(Andréï TARKOVSKI, Le Temps Scellé).

« Que nous soyons dans le temps a l’air d’un lieu commun, c’est pourtant le plus haut paradoxe. Le temps n’est pas l’intérieur en nous, c’est juste le contraire, l’intériorité dans laquelle nous sommes, nous nous mouvons, vivons et changeons. Bergson est beaucoup plus proche de Kant qu’il ne le croit lui-même : Kant définissait le temps comme forme d’intériorité, au sens où nous sommes intérieurs au temps. Dans le roman, c’est Proust qui saura dire que le temps ne nous est pas intérieur, mais nous intérieurs au temps qui se dédouble, qui se perd lui-même, et se retrouve en lui-même, qui fait passer le présent et conserver le passé. Dans le cinéma, c’est peut-être trois films qui montreront comment nous habitons le temps, comment nous nous mouvons en lui, dans cette forme qui nous emporte, nous ramasse et nous élargit : Zvenigora de Dovjenko, Vertigo d’Alfred Hitchock, Je t’Aime de Resnais »

(Gilles DELEUZE, L’Image-Temps).

« Avant de beaucoup évoluer, le cinéma américain a composé d’inoubliables et incomparables portraits, avec de grands acteurs jouant un peu les ahuris et représentants nos intérêts de citoyens. Citoyen en tant que c’est quelqu’un à qui on demande à un moment de prendre connaissance d’un dossier. Et s’il est bon citoyen, de prendre parti, de s’engager. En termes de fiction et de narration, c’est un personnage qui a un temps de retard, et ce temps de retard, le film dure pour lui le temps de le combler. C’est assez loin du cinéma français, qui est un cinéma de petits malins, où l’essentiel est que la figure du monstre sacré ait de l’avance et la garde »

(Serge DANEY, Persévérance).

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