EDUCATION / LA GESTION DU TEMPS SCOLAIRE par Lydie PFANDER-MENY

 « Le temps me pétrit peu à peu.

L’enfant ne s’épouvante point de former patiemment un vieillard.

Il est enfant, et il joue à ses jeux d’enfants« 

(A. DE SAINT EXUPERY, Pilote de guerre, Gallimard).

Les rythmes scolaires font partie des sujets à la fois brûlants et récurrents qui suscitent régulièrement un flot de rapports, publications, recommandations… et aussi d’indignations. La France détient le record de la journée de classe la plus longue. C’est sur cette réalité que porte la polémique depuis bientôt 40 ans…

L’utilisation du temps scolaire est mal adapté aux objectifs de la formation que déclare la Loi d’Orientation sur l’Éducation du 10 juillet 1989 ; il s’agit de repenser les activités scolaires dans la journée, dans la semaine, dans l’année, en respectant les besoins de l’enfant et de l’adolescent tout en étant attentif aux intérêts des personnels, des familles, des collectivités locales et de la vie économique. Si la réflexion couvre l’ensemble du système éducatif, les exemples médiatiques qui l’illustrent sont largement ancrés dans l’École Élémentaire dotée à ce sujet d’une plus grande autonomie en matière d’innovation (semaine de 4 jours).

 

LE MALMENAGE SCOLAIRE

 

Dès 1962, le « malmenage scolaire » est dénoncé par Robert DEBRE, fondateur de la pédiatrie moderne, et depuis l’intérêt pour le débat n’a jamais faibli. En 1977, un autre pédiatre, Guy VERMEIL, s’insurge dans La fatigue à l’école (E.S.F.) contre les absurdités du système français qui s’offre simultanément les journées scolaires les plus longues et les vacances les plus courtes. S’en suivent une kyrielle de rapports qui décortiquent les avantages et inconvénients de l’étalement des vacances et de l’aménagement du temps scolaire en tenant compte de l’évolution de la vie familiale, des répercussions sur la vie économique du pays et de l’intérêt pour l’enfant de se concentrer sur des domaines intellectuels le matin, et de réserver le reste du temps à des « activités complémentaires« .

Pour autant, peut-on encore faire les mêmes constats et affirmer que rien n’a changé ? Ce serait excessif.

 

UNE CERTAINE IDÉE DE L’ALTERNANCE

 

Le calendrier scolaire a toujours été l’illustration des rapports de forces politiques, sociaux et économiques qui composent et animent la société à une époque donnée. A l’origine, dès 1882, l’École est fortement marquée par l’objectif républicain d’imposer l’obligation et la permanence scolaire publiques, creuset des valeurs républicaines. Les grandes vacances d’été de six semaines sont celles d’une France encore largement rurale et catholique qui accorde des « congés extraordinaires » pour les grandes fêtes religieuses, patronales et la fête nationale. L’entre-deux-guerre est marquée par la nouvelle conception des vacances amorcée après 1936 et la volonté d’unifier le système. Les dates sont alors fixées nationalement et sont les mêmes pour l’enseignement maternel, primaire et secondaire. Le nombre et la durée des périodes de congé scolaire sont étendus, intégrant le schéma actuel : Toussaint, Noël, Mardi-Gras, Pâques, l’été allant du 15 juillet au 30 septembre. Ce modèle restera en vigueur approximativement jusqu’en 1967, moment où les contraintes économiques et l’émergence de la société de consommation vont s’imposer plus fortement.

Pour répondre à ces évolutions, l’organisation des vacances est progressivement transformée avec la mise en place de deux zones en février 1968 et de trois zones au printemps 1972. C’est à cette même époque que date la libération du samedi après-midi (1969) accordé aux enseignants pour « concertation » et pour permettre « d’adapter les horaires d’enseignement à l’évolution des horaires de travail des parents« . En 1972, afin que l’équilibre de la semaine soit mieux respecté, la traditionnelle journée de congé fixée au jeudi est transférée au mercredi. Enfin, à partir des années 80, commencent à se multiplier les « expériences » d’aménagement du temps de l’enfant qui prennent en compte les rythmes biologiques et chrono-psychologiques des élèves appuyés par les recherches scientifiques des professeurs MONTAGNER et TESTU. A Saint-Fons (Rhône), par exemple, la vie scolaire des élèves s’arrête à 15h30 pour être relayée par des activités sportives ou artistiques. En 1985, J.-P. CHEVENEMENT et A. CALMAT, respectivement ministres de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et des Sports, lancent dans 5000 communes les Contrats d’Aménagement du Temps de l’Enfant (CATE) qui prolongent cette idée d’alternance de « phases d’acquisitions nouvelles, d’apprentissage, de détente, de repos« . L’expérience médiatisée d’Épinal et plus tard les sites Guy DRUT avec « après-midi sans cartable » sont autant de tentatives qui rappellent le souci de pallier aux problèmes d’organisation et de gestion du temps scolaire et la nécessité d’innovation.

 

DES ENJEUX MULTIPLES

 

Mais les enjeux sont multiples et souvent contradictoires. La volonté politique affichée de permettre l’accès au savoir et l’élévation du niveau de formation du plus grand nombre dans le respect des besoins de l’enfant doit composer avec les différents partenaires et usagers concernés. Les intérêts économiques des professionnels du tourisme et des transports partisans de la multiplication des zones de vacances entraînent, de fait, un déséquilibre dans l’alternance préconisée des périodes de travail (7 semaines) et de repos (2 semaines). Les parents dont le lieu de travail ne cesse de s’éloigner de celui du domicile tendent à considérer le week-end comme le moment privilégié des retrouvailles en famille, ce qui accentue la place déjà importante accordée par notre société à la fin de semaine et ce, quel que soit le milieu social d’appartenance. Les enseignants, conscients du déséquilibre instauré, sont, d’après les récentes enquêtes, peu enclins à voir modifié leur rythme de travail avec notamment un redécoupage des vacances. A tous ces éléments, il faudrait encore ajouter la question posée par les Églises concernant l’espace-temps qui se rétrécit, en semaine, pour la formation religieuse des jeunes ; l’inégalité des collectivités locales dans leurs ressources et leurs capacités d’innovation en matière d’Aménagement des Rythmes de Vie des Enfants et des Jeunes (ARVEJ).

Le précédent gouvernement avait émis l’intention de demander aux Français, par voie de référendum, leur avis sur le fonctionnement du système éducatif. Le projet a été abandonné. Il est à prévoir, sans aucun doute, que dans le cadre de la « consultation nationale des lycées« , vaste enquête menée actuellement entreprise par le Ministère de l’Éducation, des éléments vont réactiver cette question. A quelles priorités sera-t-elle soumise ?

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