EDUCATION / INEGALITE SEXUELLE EN MILIEU SCOLAIRE : UNE VOLONTE DES FEMMES ? par Olivier BRIFFAUT

Où l’on fait le point brièvement de la situation des parcours scolaires, différenciés sexuellement, sur la base d’études statistiques récentes. Où l’on se rend compte que mixité ne rime pas avec égalité…

La quasi-totalité des dirigeants des mondes économique et politique est issue des grandes écoles – une exclusivité française (cf. Pierre BOURDIEU, La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, 1970) – et plus particulièrement de l’école Polytechnique ou de celle des Mines. Or, les jeunes femmes ne représentent qu’une partie réduite des étudiants aspirant à constituer l’élite du pays : moins du quart des étudiants dans les écoles d’ingénieurs, moins de 40 % des jeunes admis en classes préparatoires aux grandes écoles… alors qu’elles représentent les trois quarts des étudiants en lettres à l’Université et la majorité des étudiants de B.T.S. ! Est-ce dès lors étonnant de constater le caractère masculin du milieu « dirigeant » ? (Cf. L’egalité professionnelle entre les hommes et les femmes, Ministère de l’emploi et de la solidarité, La Documentation française).

Dans la mesure où différentes analyses aboutissent à des résultats convergents, permettons-nous de nous interroger sur le clivage intervenant à la fin des études secondaires entre hommes et femmes, ces dernières ne poursuivant pas leur parcours scolaire – comme les hommes – avec leur baccalauréat en poche (la moitié des lycéens scientifiques sont des lycéennes) dans la voie dite « de l’excellence » que dessinent les sciences et les mathématiques (moins de 40 % de filles inscrites en sciences à l’Université, à peine 30 % d’entre elles occupent des postes de chercheurs). La Commission française pour l’Unesco, qu’il paraîtrait farfelu de taxer de féminisme, avance comme explication que « Ces acteurs de l’éducation que sont la famille, les enseignants, les conseillers d’orientation, soutiennent plus facilement les efforts des garçons pour lesquels ils nourrissent des ambitions plus grandes que pour les filles, même douées en maths » (Femmes et sciences, Conférence mondiale pour la science, 26 juin au 1er juillet 1999 à Budapest (Hongrie), cité par Le Monde de l’éducation, de la culture et de la formation, n°271, p.44). Alors, faut-il parler de discrimination sexiste à l’école, dont la responsabilité dans les choix d’études des filles est avéré ? Admettons. C’est ce que souligne Nicole MOSCONI (Professeur en Sciences de l’éducation à Paris-X-Nanterre. Cf. Femmes et savoir. La société, l’école et la division sexuelle des savoirs, Paris, L’Harmattan, 1994, et Égalité des sexes en éducation et formation, Paris, PUF, 1998) : « Les enseignants gratifient les garçons de plus de contacts strictement pédagogiques et de beaucoup plus d’encouragements… » : il s’agirait d’une véritable relation différenciée des enseignants à leurs élèves en fonction de leur sexe. Dès lors, osons parler d’une « illusion d’égalité », que soulignent les Cahiers pédagogiques de mars 1999 (n°372, « Filles et femmes à l’école ») et que relève Le Monde de l’éducation, de la culture et de la formation de mai 1999 (n°270, p.82) : « Illusion dans la profession enseignante : les femmes ont massivement investi le primaire mais restent tenues à l’écart des chaires universitaires. Illusion dans les manuels scolaires : maintien des stéréotypes de sexe dans les livres de lecture, grandes figures féminines quasi absentes des livres d’histoire » (Cf. le rapport remis en avril 1997 à Alain Juppé : Le destin des femmes et l’école. Manuels d’histoire et société, Denise GUILLAUME, L’Harmattan. Notons que l’Unicef insiste depuis nombre d’années sur la nécessité d’expurger le matériel éducatif des clichés sexistes… y compris dans les pays industrialisés, lesquels respectent seuls, par ailleurs, il est vrai, la parité totale filles-garçons en matière de scolarisation…).

Mais soulignons le caractère involontaire de comportements soumis au poids de schémas préétablis qui, pour être bien connus, n’en sont pas pour autant maîtrisés face aux jeunes. D’autant plus qu’ils sont bien souvent partagés par les élèves eux-mêmes, les filles s’appliquant en matière d’orientation une auto-censure reproduisant le modèle familial (de la femme au foyer). Même quand elles réussissent à briser le carcan du rôle des femmes dans la société, leur ascension semble pouvoir s’expliquer par le contexte familial ; Catherine MARRY (sociologue au CNRS) souligne à ce propos que « Ce n’est pas tant l’excellence scolaire qui prévaut dans le choix de la filière que les attentes spécifiques du milieu familial. En effet, les jeunes filles réalisent souvent un projet parental de mobilité socio-professionnel en lieu et place d’un frère « manquant » ou défaillant. Le père reporte sur sa fille des ambitions qu’il n’a pas pu réaliser« …

Et la mère – celle ayant vécu de façon humiliante son statut de femme dans la société – obtiendrait ainsi une revanche… Quant au sommet de la pyramide scolaire, des études montrent que les Polytechniciennes et les Normaliennes sont plus des « héritières » bénéficiant d’une tradition scientifique familiale que des « transfuges » traduisant une ascension sociale. Pour preuve, est avancée l’exiguïté de l’univers social (très favorisé pour, en moyenne, les quatre cinquièmes d’entre elles) dont elles sont issues.

A moins que ces choix ne relèvent d’une volonté délibérée d’investissement dans des domaines nécessitant de grandes qualités humaines (écoute, intuition, esprit de coopération, etc.)… dont seraient mieux dotées les femmes… Nous préférons de notre côté souligner le rôle prépondérant de la stratégie parentale en matière d’éducation, qui se doit d’être non sexuée pour favoriser la réussite scolaire des filles. On connaît ainsi toute l’importance d’une attention égale et soutenue portée à la réussite scolaire des filles comme des garçons, assortie de méthodes pédagogiques fondées sur une approche compréhensive, le suivi et l’écoute, plutôt que la contrainte et le contrôle… Cela exige des parents – et des professionnels de l’Éducation Nationale – des qualités couramment attribuées… aux femmes (Cf. Jean-Michel GAILLARD, « La féminisation de l’enseignement », Le Monde de l’éducation n°274, oct. 99, pp.74-75). CQFD ?!

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