PROSE POETIQUE par Olivier BRIFFAUT

VENITIAN BLIND

C’était un jour de bruine et de lumière morne.

Le cuir de ses godillots ruisselait.

La lourde porte d’airain de la cour avait claqué derrière lui.

Engoncé dans sa redingote, il marchait, sévère.

Il descendit le trottoir pour laisser passer la vieille au dos courbé.

La flaque boueuse du caniveau tacheta jusqu’à ses genoux.

Elle poursuivit son chemin sous son crin gris.

Il s’arrêta et la suivit des yeux, immobile.

Une de ses poches était lourde et l’autre vide.

La pluie se fit alors plus dense et l’air plus tranchant.

Il repartit par-delà les rues désertes en longeant les murs.

Il connaissait le trajet parfaitement de l’avoir pratiqué maintes fois.

Il glissait d’ombres en halos semés par les réverbères.

A l’approche du mur fissuré depuis sa fenêtre, il pâlit.

Son cœur se mit à battre plus vite et ses doigts se crispèrent dans sa poche.

Il fixa la sonnette éclairée et son regard glissa lentement vers l’absence…

Il se souvint de l’avoir tendrement embrassée et caressée.

Il se souvint de lui avoir susurré des mots doux.

Il se souvint de son souffle chaud.

Il se souvint de l’avoir aimée… et de l’aimer encore.

Sa gorge se noua et ses yeux s’embrumèrent :

Il se souvint d’avoir posé un baiser dans le parfum d’un autre.

La pluie avait cessé depuis quelques minutes quand elle ouvrit la porte.

Il la regardait sans mot dire et ses pensées étaient confuses.

Un frisson parcourut son dos.

Ses joues étaient pourpres.

Il sortit une lame et pointa fermement son bras vers son ventre chaud.

Il s’approcha lentement jusqu’à son corps tremblant.

Elle pleurait.

Il souriait un peu, soulagé.

Il se retira d’un coup sec et la regarda tomber à ses pieds.

Il se retourna et repartit par-delà les rues désertes en sifflotant.

CANAL

Il est des matins d’automne

Où la nuit se meurt,

Quand la brume s’étire

Sur les berges humides,

Vers l’horizon cuivré

Des heures orageuses.

Il est des matins d’automne

Où les cailloux souillés

Des chemins de halage

Ne peuvent oublier les pas

Des sinistres rôdeurs

De la veille.

Il est des matins d’automne

Où les oiseaux de passage

Sont noirs, plus noirs

Que les eaux glauques

Que la pluie

Trouble.

Car trouble est le reflet

D’un corps livide gisant,

Le regard vitreux

Tourné vers les nuages.

Aux abords du canal,

Certains soirs trop gris,

Des gouttes de sang pourpre

S’éventrent sur le tranchant d’une lame.

 

UNE MARQUE BLEUE

Deux fils au plafond

Retiennent une ampoule

Dont la lumière morne

Tremble.

Il s’avance abattu

Jusque dans le halo.

Il s’assoit hagard

Devant la table

Froide.

Il relève la tête

Jusque dans le miroir.

Deux yeux embrumés

Retiennent deux yeux

Embrumés.

Il fixe son visage sombre

Et voit son visage.

Ou croît voir.

Il se retourne soudain.

Elle n’est pas là.

Elle n’est plus là.

Il glisse dans l’anneau la grosse ficelle du rideau.

Il visse le tabouret – vieux – qui grince…

Une corde au plafond

Retient un corps blanc

Dont les membres

Tremblent.

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Classé dans VIOLENCES SOCIALES

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