HISTOIRE / LA TERREUR OU LA FATALITE DE LA VIOLENCE par Pierre FAYARD

La Terreur dura moins d’une année mais elle domine dramatiquement l’histoire de la Révolution, parce qu’elle entraîne les mesures les plus rigoureuses, bien éloignées de l’idéal hérité du siècle des Lumières, du rêve de liberté, de tolérance religieuse et de pacifisme inscrit dès août 1789 dans les articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

La Constitution établie sur ces bases en 1791 devait éviter le despotisme et l’arbitraire, mais cet équilibre politique et institutionnel était fragile, miné dès l’origine par le manque de confiance entre les pouvoirs, et la monarchie constitutionnelle trouva son lamentable épilogue le 10 août 1792.

La Convention nationale réunie le 21 septembre devait être pour la première fois l’expression du suffrage universel mais, élue dans la peur de l’invasion et l’hystérie incontrôlée des massacres de septembre, elle ne fut en réalité que l’émanation d’une minorité et, dès la proclamation de la République, elle fut déchirée par l’affrontement de factions rivales, Girondins et Montagnards, qu’opposait une haine mortelle dont la première victime fut LOUIS XVI.

La Gironde éliminée avec l’aide des sections parisiennes des Sans-Culottes lors des journées des 31 mai et 2 juin, la Montagne se trouva au seuil de l’été confrontée à une situation inquiétante. La coalition générale, formée après la mort du roi pour endiguer la contagion révolutionnaire, repoussait de toutes parts les armées victorieuses depuis Valmy et Jemmapes. La levée de 300000 hommes décrétée au printemps avait provoqué en Vendée un soulèvement populaire bientôt encadré par la noblesse et le clergé ; dans l’Ouest, le Midi et la vallée du Rhône, les Girondins fédéralistes appelaient à résister à la dictature jacobine et à la domination de Paris ; Lyon était en rébellion, les Anglais occupaient le port de Toulon. Enfin, sur la Montagne planait la menace d’un soulèvement populaire des inquiétants alliés qui avaient aidé à vaincre la Gironde, car dans les villes, à Paris surtout, les denrées étaient de plus en plus rares et les prix flambaient.

C’est dans le but immédiat de juguler le péril populaire que fut promulguée en juillet la plus démocratique des constitutions donnant aux citoyens le droit de s’insurger si le gouvernement devenait tyrannique, mais elle fut prudemment suspendue jusqu’au retour de la paix et, en août, la levée de masse décrétée, la Convention entreprit de faire de la France une nouvelle Lacédémone, une vaste caserne où toute la population devait œuvrer à l’entretien des troupes en campagne. Toute la colère populaire fut détournée contre ces deux ennemis déclarés, les nobles et les prêtres, agents de la contre-Révolution dont la peur unissait paradoxalement Girondins et Montagnards régicides. Alors, la peur opposée à la peur, la violence à la violence, le despotisme s’instaura. La Terreur proclamée en septembre sous l’influence des extrémistes, la vie ne tint plus qu’à un certificat de civisme délivré arbitrairement par le club populaire local dont les membres étaient quelquefois douteux, toujours exaltés. Les « suspects », parents d’émigrés ou citoyens victimes de la délation, furent entassés dans les prisons. Beaucoup comparurent devant un tribunal révolutionnaire, plusieurs gravirent les marches de l’échafaud.

Qu’espérer alors d’une justice expéditive tombée aux mains de terroristes, auteurs des noyades de Nantes, des fusillades de Toulon, des canonnades de Lyon ? Que devenait la tolérance religieuse lorsque l’ensemble du clergé, jureurs et réfractaires confondus, était poursuivi par la haine antireligieuse et que nombre de prêtres, condamnés à la déportation, trouvaient sur les pontons de la Rochelle et de Rochefort une mort misérable « dans le silence de l’Océan » ?

Certes, à la fin de 1793, le Comité de Salut Public semblait maître de la situation mais au prix de la Vendée ravagée et de Lyon menacée d’être rasée comme jadis le fut Carthage. Or, tel un Moloch assoiffé, la Révolution allait se repaître de ceux qui l’avaient servie jusque là : au printemps de 1794, les Hébertistes et les « Enragés », partisans des mesures extrêmes, furent envoyés à la guillotine, suivis de près par les Dantonistes coupables entre autres accusations de « pacifisme ». En juin et juillet, les lois de Prairial An II firent voler les têtes « comme ardoises un jour de tempête » au moment où les armées victorieuses repoussaient l’invasion au Nord et au Midi… Et ce fut le 9 Thermidore (27 juillet) : accusé de tyrannie, ROBESPIERRE devenu l’incarnation du régime fut poussé sous le fatal couperet par BARRAS, TALLIEN et FOUCHE, terroristes eux-mêmes, qui échappaient à une exécution déjà programmée.

La Révolution s’achemina vers son terme, prisonnière de ses peurs et de ses contradictions jusqu’au 18 Brumaire An VII (novembre 1799) où la France se soumit à la volonté du Premier Consul.

 

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